Les Pays-Bas, l’Allemagne et le Danemark agissent contre les options binaires
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Les Pays-Bas, l’Allemagne et le Danemark agissent contre les options binaires

Les Pays-Bas annoncent une interdiction de la publicité pour les produits “toxiques”, Berlin l’envisage, et Copenhague demande à ses citoyens de “rester éloignés”

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Maastricht, aux Pays-Bas. Illustration. (Crédit : Euku/CC BY SA/WikiCommons)
Maastricht, aux Pays-Bas. Illustration. (Crédit : Euku/CC BY SA/WikiCommons)

Les Pays-Bas vont délivrer une interdiction de publicité aux options binaires et aux « autres produits d’investissements toxiques », a annoncé l’Autorité des marchés financiers des Pays-Bas (AFM).

Le régulateur hollandais a déclaré qu’il travaillait avec le ministre des Finances des Pays-Bas, Jeroen Dijsselbloem, pour mettre en place une interdiction qui empêcherait toute publicité par des entreprises étrangères proposant des options binaires aux consommateurs hollandais et peut-être la publicité pour d’autres produits, comme les contrats de différences (CFD) à fort levier.

« Faire de la publicité pour ces investissements attirent les consommateurs avec des perspectives d’argent facile et rapide, mais c’est en fait une entreprise où vous perdez tout l’argent que vous avez placé », a déclaré Merel van Vroonhoven, présidente du bureau exécutif de l’AFM, dans un communiqué de presse publié le mois dernier.

Le Times of Israël a détaillé ces derniers mois la fraude massive des entreprises d’options binaires israéliennes, en commençant en mars par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv ». Les firmes frauduleuses prétendent guider leurs clients pour des investissements à court terme lucratifs, mais utilisent en fait différentes ruses, dont de fausses informations, des manipulations présumées de plateformes de transactions truquées et des refus directs de rendre les dépôts, pour voler l’argent de leurs clients.

La rue Jabotinsky de Ramat Gan accueille de nombreuses entreprises d'options binaires. Illustration. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)
La rue Jabotinsky de Ramat Gan accueille de nombreuses entreprises d’options binaires. Illustration. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)

L’Autorité des titres israélienne a à présent interdit à toutes les entreprises d’options binaires d’Israël de cibler les Israéliens, mais elles sont toujours libres de chercher des clients à l’étranger. Les Etats-Unis ont interdit aux entreprises d’options binaires étrangères de cibler leurs citoyens, et de nombreux pays, dont les Etats-Unis, le Canada et la France, enquêtent sur les fraudes des entreprises d’options binaires israéliennes au nom de leurs citoyens qui ont été trompés.

En août, la Belgique est devenue le premier pays européen à interdire l’industrie.

Le logo de l'AFM, l'autorité de régulation des marchés financiers des Pays-Bas. (Crédit : autorisation)
Le logo de l’AFM, l’autorité de régulation des marchés financiers des Pays-Bas. (Crédit : autorisation)

Nicole Reijnen, porte-parole de l’AFM hollandaise, a déclaré au Times of Israël que les options binaires étaient un problème croissant aux Pays-Bas, et que le régulateur avait reçu 50 plaintes l’année dernière de consommateurs arnaqués.

Reijnen a déclaré qu’elle n’était pas autorisée à donner les noms des entreprises qui auraient arnaqué les clients hollandais, ni à dire si elles agissaient depuis Israël. Elle a déclaré que l’AFP était en pleine bataille juridique pour retirer la régulation d’une entreprise nommée Optieclub. Les tribunaux hollandais avaient obligé l’AFM il y a un an à autoriser cette entreprise. « C’est la seule entreprise aux Pays-Bas qui possède notre autorisation. Mais nous pensons que les options binaires ressemblent à du pari. Nous attendons la conclusion de la cour mardi. »

Reijnen a déclaré qu’elle voit l’interdiction de publicité bientôt mise en place comme la première étape vers une possible interdiction de toutes les options binaires aux Pays-Bas.

« Avec l’interdiction de publicité, nous espérons que certains des fournisseurs étrangers ne pourront plus commercer, mais c’est juste une première étape pour les options binaires. Il y a une nouvelle régulation européenne [sur les instruments financiers] qui est attendue en 2018, MIFID II, et quand cela sera en place, nous n’aurons plus d’autre choix que d’interdire les produits. »

Parallèlement, un régulateur allemand cité dans le quotidien Die Welt a déclaré que BaFin (Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht, l’Autorité de supervision financière fédérale) envisage d’interdire les options binaires ainsi que d’autres produits financiers pour protéger les consommateurs.

Contactée par le Times of Israel, Anja Schuchhardt, attachée de presse de BaFin, a refusé de commenter sur l’interdiction, mais a déclaré que BaFin envisageait d’éventuelles mesures.

« Depuis que la loi sur la protection des petits investisseurs allemands [Kleinanlegerschutzgesetz] est entrée en vigueur, l’intervention de produits (section 4b du WpHG) a été l’un des outils disponibles pour BaFin, mais est toujours vu comme un dernier recours, a-t-elle déclaré. Dans le futur, BaFin continuera par conséquent à envisager attentivement et en prêtant attention aux proportions quelles mesures particulières sont nécessaires, d’abord en se concentrant sur les consommateurs, qui doivent être protégés efficacement, et ensuite sur les interventions liées sur le marché qui devraient être maintenues au minimum absolu nécessaire. »

Le Danemark publie un avertissement

Le Danemark a pour sa part publié son premier avertissement officiel contre les options binaires.

L’Autorité des services financiers danois (FSA) a prévenu le 21 septembre les consommateurs contre les investissements dans les soi-disant options binaires proposées sur Internet.

« A la fois au Danemark et dans le reste de l’Union européenne, il y a de nombreux exemples de consommateurs qui ont perdu beaucoup d’argent », peut-on lire dans l’avertissement.

Vue de Copenhague, Danemark (Crédit : Paul Burani/Wikimédia Commons)
Vue de Copenhague, Danemark (Crédit : Paul Burani/Wikimédia Commons)

« Les options binaires sont un produit très spéculatif qui a bien plus en commun avec la loterie qu’avec l’investissement », a déclaré Ulla Brøns Petersen, directrice de la FSA. « Il a également été montré que nombre de fournisseurs violent les règles basiques de consommation. Par conséquent, nous appelons les consommateurs à en rester éloignés. »

Elle a ajouté que malgré le fait que certaines entreprises d’options binaires soient régulées à Chypre, obtenant ainsi le droit d’opérer dans l’Union européenne, elles sont engagées dans des pratiques commerciales douteuses.

« Nous apprenons des clients que les entreprises les trompent souvent avec un bonus de départ que vous ne pouvez cependant obtenir que si vous faites un dépôt. Il y a également des problèmes avec le retrait d’argent. Enfin, les vendeurs de ces entreprises utilisent des techniques de vente agressives, et ne suivent pas du tout les règles du conseil responsable », selon Petersen.

Petersen a ajouté que les clients danois qui ont perdu de l’argent dans les options binaires ont pu le récupérer par des canaux gouvernementaux. « Vous pouvez vous plaindre au médiateur financier de Chypre, mais malheureusement nous n’avons pas d’exemple pour savoir si cela a entraîné le remboursement des clients », a-t-elle déclaré.

L’interdiction des Pays-Bas et les déclarations des autres régulateurs interviennent en pleine vague de mauvaise presse internationale pour l’industrie des options binaires, dont la majorité est gérée depuis Israël ou est possédée par des Israéliens.

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