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Les survivants du mouvement de foule à Gaza disent avoir été pris pour cible par les soldats, une accusation niée par Israël

Les Gazaouis blessés déclarent que les forces israéliennes ont ouvert le feu dans le cadre de l'incident meurtrier qui aurait fait 115 morts, selon le Hamas ; Israël dément

Des Palestiniens se regroupent dans la rue alors que de l'aide humanitaire est parachutée sur Gaza City, le 1er mars 2024. (Crédit : AFP)
Des Palestiniens se regroupent dans la rue alors que de l'aide humanitaire est parachutée sur Gaza City, le 1er mars 2024. (Crédit : AFP)

Certains Palestiniens qui ont été blessés jeudi dans le cadre de l’acheminement d’aide humanitaire à Gaza ont indiqué, vendredi, que les forces israéliennes avaient ouvert le feu dans leur direction alors qu’ils se précipitaient pour obtenir de quoi manger pour leurs familles, décrivant une scène de terreur et de chaos.

Les autorités de la Santé dirigées par le Hamas, à Gaza, ont affirmé que 115 personnes avaient été tuées dans cet incident survenu jeudi matin à Gaza City. Elle ont ajouté que les victimes étaient mortes suite à des tirs israéliens, évoquant un « massacre ».

Ces chiffres sont contestés par l’État juif qui parle plutôt de dizaines de morts, et qui déclare que la majorité des défunts ont été piétinés ou écrasés dans une bousculade alors qu’une foule tentait de prendre d’assaut des camions chargés d’aide humanitaire.

Tsahal a précisé ne pas avoir ouvert le feu sur la foule dans ce contexte.

Les militaires ont reconnu qu’il y avait eu des coups de semonce et que les soldats avaient tiré en direction de plusieurs Gazaouis qui s’approchaient des troupes et d’un char stationnés à un check-point, mettant en péril la sécurité des forces présentes.

Un responsable israélien a aussi déclaré qu’il y avait eu « des coups de feu limités ».

Image aérienne montrant des foules en train d’affluer vers des camions de livraison d’aide humanitaire dans le nord de Gaza, publiée le 29 février 2024. (Crédit : Armée israélienne)

L’incident a souligné l’effondrement de la distribution de l’assistance dans les secteurs de Gaza largement placés sous le contrôle de Tsahal, en l’absence d’une administration en place et à un moment où la principale agence de l’ONU, l’UNRWA, fait l’objet d’une enquête, accusée d’entretenir de forts liens avec le Hamas.

Quatre témoins oculaires, qui ont pris la parole depuis l’hôpital Al-Shifa de Gaza City dans une vidéo obtenue par Reuters, ont dit avoir été pris pour cible par les tirs des soldats israéliens. Certains ont déclaré que des chars et des drones armés avaient été également impliqués.

Mahmoud Ahmad a expliqué avoir commencé à attendre le convoi dans la soirée de mercredi – les aides sont finalement arrivées jeudi en tout début de matinée – notant que la faim l’avait déterminé à prendre le risque de se rendre sur la route empruntée par les camions de livraison. Il espérait, dit-il, pouvoir obtenir de la farine pour ses enfants.

Alors que les poids-lourds arrivaient dans le nord de Gaza, il s’était dirigé vers eux mais, déclare-t-il, un char et un drone « quadricoptère » sont entrés en action. « J’ai été blessé au dos. J’ai saigné pendant une heure avant qu’un de mes proches n’arrive pour m’emmener à l’hôpital », raconte-t-il.

« Quand l’assistance humanitaire est arrivée, le tank et le quadricoptère ont commencé à tirer vers les gens qui étaient rassemblés là, les gens qui étaient venus chercher de quoi manger pour eux et pour leurs enfants. Ils ont commencé à tirer », poursuit-il.

Jihad Mohammed indique, pour sa part, qu’il attendait au rond-point de Nabulsi, sur la route côtière Al-Rashid qui est le principal itinéraire utilisé par les camions qui se rendent du nord au sud de Gaza.

« On est allés attendre les camions et il y a eu des tirs qui visaient tout le monde et là, j’ai été blessé », dit-il.

Alors qu’il lui ait été demandé s’il pensait que les forces israéliennes avaient ouvert le feu délibérément, il répond : « Oui, absolument. Ils ont utilisé des chars, les soldats, des avions… Tous nous tiraient dessus. »

Après un incident mortel au cours duquel des résidents se sont précipités vers des camions d’aide dans la ville de Gaza, le 29 février 2024. (Crédit : AFP)

Sami Mohammed se trouvait au bord de la route Al-Rashid avec son fils, attendant l’arrivée du convoi. « Mon fils a couru jusqu’à la plage et ils ont tiré sur lui à deux reprises… Une balle lui a frôlé la tête et une autre l’a touché à la poitrine », raconte-t-il. Il y aurait eu des tirs à balle réelle et d’obus de char.

Le jeune garçon est actuellement à l’hôpital, son torse et son bras disparaissant sous des bandages, avec aussi une coupure au visage.

Abdallah Juha explique être allé essayer de prendre un sac de farine pour ses parents. « On est affamé. Nous n’avons plus rien à manger, rien. Ils nous ont tiré dessus… Ils nous ont écrasés », déclare-t-il, ajoutant que ces tirs provenaient des chars.

Juha, qui a un bandage sur le visage, a été blessé à la tête par une balle. « Mon petit frère pleure parce qu’il veut manger. Mais où aller chercher de quoi manger pour lui ? », interroge-t-il.

Le New York Times, pour sa part, a cité les propos de témoins oculaires qui ont affirmé que les chars israéliens et les soldats avaient tiré sur les Gazaouis qui tentaient de se saisir de produits alimentaires dans les camions. Le porte-parole de Tsahal, Daniel Hagari, a affirmé jeudi que l’armée « n’avait pas ouvert le feu sur ceux qui cherchaient des aides, même si elle est accusée de l’avoir fait ».

Une équipe de l’OCHA, une agence humanitaire des Nations unies, s’est rendue vendredi à l’hôpital Al-Shifa de Gaza City pour livrer des équipements médicaux et a rencontré des personnes blessées lors de l’incident.

« Au moment de la visite effectuée par l’équipe, l’hôpital avait également reçu les corps sans vie de plus de 70 personnes qui avaient été tuées », a-t-elle annoncé.

L’équipe de l’ONU a aussi signalé « un grand nombre de blessés par arme à feu », selon un porte-parole qui a ajouté qu’il ignorait si les représentants des Nations unies avaient été en mesure d’examiner les dépouilles des victimes.

Vendredi également, le directeur d’un hôpital de Gaza où certains blessés de la bousculade meurtrière ont été pris en charge a fait savoir que plus de 80 % d’entre eux étaient soignés pour des blessures causées par des armes à feu. Les autres patients – 34 sur 176 – ont été blessés lors du mouvement de foule entraîné par les tirs, a expliqué le docteur Mohammed Salha, à la tête de l’hôpital Al-Awda.

En plus des 115 morts qui ont été enregistrées, les autorités du Hamas ont fait remarquer que 750 personnes avaient été blessées durant l’incident.

Des récits divergents

Un officiel israélien a de son côté indiqué jeudi qu’il y avait eu deux incidents qui s’étaient déroulés à quelques centaines de mètres de distance. Dans le premier, des dizaines de personnes auraient été tuées ou blessées alors qu’elles tentaient de se saisir de l’assistance qui se trouvait à bord des camions. Elles auraient été piétinées ou renversées par les poids-lourds.

Il a ajouté qu’il y avait eu un autre incident au moment où les camions étaient partis. Certaines personnes, dans la foule, se sont approchées des soldats qui se sont sentis menacés et qui ont ouvert le feu, tuant un nombre indéterminé d’individus dans le cadre d’une « réponse limitée », a-t-il poursuivi.

Il a nié le nombre de morts avancé par les autorités du Hamas mais il n’a pas été en mesure de donner lui-même un chiffre.

Image aérienne montrant des foules en train d’affluer vers des camions de livraison d’aide humanitaire dans le nord de Gaza, publiée le 29 février 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Lors d’un point-presse, dans la journée de jeudi, le porte-parole de Tsahal, Daniel Hagari, a aussi dit que des dizaines de personnes avaient été mortellement piétinées ou blessés alors qu’elles tentaient de se saisir de l’aide alimentaire qui se trouvait dans les camions.

Il a déclaré que les chars avaient tiré des coups de semonce pour disperser la foule et qu’ils s’étaient retirés quand la situation avait dégénéré.

« Aucune frappe israélienne n’a pris pour cible le convoi d’assistance humanitaire », a-t-il assuré.

S’exprimant en anglais, Hagari a expliqué que les soldats avaient tiré des coups de semonce pour tenter de disperser les attroupements.

« Ce matin, Tsahal a coordonné un convoi de 38 camions venus apporter une aide humanitaire supplémentaire aux résidents du nord de Gaza. Cette aide venait d’Égypte : elle a été inspectée pour des raisons de sécurité au poste-frontière de Kerem Shalom, en Israël, puis elle est entrée à Gaza pour être distribuée », a dit Hagari.

« Au moment où cette assistance vitale était acheminée jusqu’aux Gazaouis dans le besoin, des milliers de personnes se sont rués sur les camions, certains poussant violemment et piétinant mortellement d’autres civils et pillant les aides humanitaires ».

« Voici les faits : A 4h40 du matin, le premier camion du convoi a commencé à circuler dans le couloir humanitaire que nous sécurisions alors », a continué Hagari. « Nos chars étaient là pour assurer la sécurité du convoi. Nos drones étaient là pour offrir à nos forces une image claire depuis le ciel. »

Le porte-parole de l’armée israélienne, le contre-amiral Daniel Hagari, s’adressant aux médias, à Tel Aviv, le 16 octobre 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« A 4h45 du matin, une foule a lancé une embuscade sur les camions, obligeant le convoi à s’arrêter », a-t-il continué, montrant de nouvelles images de l’incident.

« Sur cette vidéo, les chars qui étaient là pour sécuriser le convoi ont vu des Gazaouis qui étaient piétinés et ils ont tenté avec prudence de disperser la foule en procédant à des coups de semonce », a-t-il continué. « Quand les centaines de personnes se sont transformées en milliers de personnes et que les choses ont dégénéré, le commandant du char a décidé de battre en retraite pour éviter de porter atteinte aux milliers de Gazaouis qui étaient présents. »

« Vous pouvez voir la prudence dont les soldats font preuve quand ils soutiennent les camions. Ils les soutiennent de manière sûre, ils risquent leurs vies, ils ne tirent pas sur la foule », a-t-il poursuivi, insistant sur le fait que l’armée « opère conformément aux règles d’engagement et en respectant le droit international ».

« Aucune frappe israélienne n’a visé le convoi d’aides humanitaires », a affirmé Hagari. « Au contraire, l’armée était là pour une opération d’assistance humanitaire, pour sécuriser le couloir humanitaire et pour permettre au convoi de rejoindre le lieu de distribution de façon à ce que l’aide puisse arriver jusqu’aux civils du nord de Gaza qui sont dans le besoin ».

L’armée américaine a annoncé, vendredi, son intention de procéder à son tout premier parachutage d’aide humanitaire dans la bande suite à cet incident.

Des Palestiniens courent le long d’une rue lors du largage par voie aérienne d’aides humanitaires sur Gaza City, le 1er mars 2024. (Crédit : AFP)

Cet incident survient dans un contexte d’inquiétudes croissantes à l’international face à la situation humanitaire au sein de l’enclave côtière et face aux difficultés rencontrées dans l’acheminement d’une assistance indispensable aux plus de deux millions de civils piégés dans la guerre – une guerre déclenchée par l’assaut meurtrier commis par le Hamas, le 7 octobre, qui a fait 1 200 morts sur le sol israélien, des civils en majorité. Les terroristes ont aussi enlevé 253 personnes, prises en otage dans la bande de Gaza.

Gaza City et le nord de la bande ont été les premières cibles de l’offensive terrestre, maritime et aérienne lancée par Israël. Le secteur a été dévasté et il est largement isolé du reste du territoire depuis des mois, avec peu d’assistance qui entre et alors que la plus grande partie de la population a évacué vers le sud.

Les groupes d’aide déclarent qu’il est devenu presque impossible de délivrer l’aide humanitaire dans la plus grande partie de l’enclave côtière en raison des hostilités et de l’effondrement de l’ordre public. Selon les Nations unies, un quart des 2,3 millions de Palestiniens de Gaza risquent la famine et environ 80 % ont fui leurs habitations.

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