L’UNRWA s’excuse d’avoir dit que les frappes israéliennes étaient « précises »
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L’UNRWA s’excuse d’avoir dit que les frappes israéliennes étaient « précises »

Matthias Schmale a présenté ses excuses pour avoir évoqué des attaques "sophistiquées" et "précises", des paroles dénoncées par le Hamas et les groupes palestiniens

Matthias Schmale, directeur de l'UNRWA, pendant une conférence de presse au siège de l'UNRWA à Gaza City, le 19 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)
Matthias Schmale, directeur de l'UNRWA, pendant une conférence de presse au siège de l'UNRWA à Gaza City, le 19 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)

Le dirigeant de l’agence des Nations unies des réfugiés palestiniens à Gaza a présenté ses excuses, mardi, pour des propos tenus à la télévision israélienne. Il avait déclaré que les frappes de Tsahal dans la bande semblaient être « précises » et « sophistiquées ».

L’interview accordée par Matthias Schmale, à la tête de l’UNRWA, à la Douzième chaîne avait suscité la colère du groupe terroriste du Hamas, qui est à la tête de la bande de Gaza, et d’autres organisations palestiniennes qui l’avaient accusé d’exonérer l’État juif pour la mort de civils au cours de onze jours de combats qui se sont achevés par un cessez-le-feu, vendredi.

Pendant l’entretien, Shmale avait été interrogé sur l’affirmation faite par les militaires israéliens qui avaient noté la grande précision de leurs frappes, répondant : « Je ne suis pas un expert militaire mais je ne vais pas contredire cela. J’ai, moi aussi, l’impression que les frappes de l’armée israélienne ont été d’une très grande sophistication au cours des derniers jours ».

Il a aussi dit qu’il n’y avait pas, pour le moment, de pénurie d’eau ou de manque de produits alimentaires ou de médicaments à Gaza avec la réouverture des postes-frontières par l’État juif.

Au cours de l’interview, Shmale a estimé que malgré leur précision, les frappes qui ont marqué le récent conflit ont été bien plus « brutales » que pendant la guerre de 2014.

« Alors oui, les Israéliens n’ont pas visé – avec quelques exceptions – des cibles civiles mais la brutalité et la férocité des raids ont été lourdement ressenties », a-t-il déclaré, ajoutant que plus de 60 mineurs avaient été tués et notamment 19 élèves des écoles de l’UNRWA.

« La précision était bien là mais il y a eu un bilan meurtrier inacceptable et insupportable du côté des civils », a-t-il continué.

Le Hamas a fait savoir dans un communiqué que « ces propos sont une distorsion totale en faveur des sionistes, et notamment une tentative visant à exonérer l’occupation de la responsabilité du meurtre de 254 Palestiniens – parmi lesquels plus de 40 % d’enfants, de femmes et de personnes âgées. »

L’organisation a appelé l’UNRWA à ouvrir une enquête et à présenter ses excuses.

Le ministère de la Santé, à Gaza, a indiqué qu’au moins 243 civils palestiniens avaient été tués, dont 66 enfants et adolescents, et que 1910 personnes avaient été blessées. Le Hamas ne fait pas la différence, dans ce décompte, entre les civils et les membres des groupes terroristes blessés.

L’armée israélienne, de son côté, a affirmé avoir tué environ 225 terroristes et que le bilan des morts était, dans les faits, considérablement plus élevé que les chiffres annoncés, précisant que certains civils avaient été tués par des roquettes égarées qui étaient retombées au sein de l’enclave côtière, échouant à franchir la frontière avec Israël.

Des Palestiniens passent devant l’immeuble Al-Shuruq qui a été détruit par une frappe israélienne à Gaza City, le 21 mai 2021. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

Treize personnes ont été tuées au sein de l’État juif, dont douze civils – parmi lesquels un petit garçon de cinq ans et une adolescente de 16 ans. Environ 357 Israéliens ont été blessés. Les groupes terroristes de la bande de Gaza ont tiré plus de 4 300 roquettes pendant les combats.

D’autres groupes palestiniens ont aussi dénoncé les propos de Schmale.

Dans un communiqué conjoint, mardi, plusieurs groupes de défense des droits de l’Homme palestiniens ont estimé que les paroles tenues par le chef de l’UNRWA « passent complètement sous silence les crimes commis durant la dernière offensive israélienne contre des civils dans la bande de Gaza ».

Ils ont accusé Schmale de « saluer indirectement la précision et la sophistication de l’armée israélienne quand Israël, dans les faits, commet constamment des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité à l’encontre de la population palestinienne », selon eux.

Mardi dans la soirée, Schmale a présenté ses excuses.

« Les récents propos que j’ai pu tenir à la télévision israélienne ont offensé et blessé ceux dont des membres de la famille et des amis ont été tués pendant la guerre qui vient de se terminer. Je regrette véritablement de les avoir blessés et je répète les points suivants que j’ai déjà soulevés dans d’innombrables tweets et interviews », a-t-il écrit sur Twitter.

« Rien ne peut jamais justifier de tuer des civils. Tout civil tué est toujours de trop. Il est tout simplement insupportable qu’un si grand nombre d’innocents aient payé de leur vie », a-t-il ajouté, poursuivant en notant que « la précision et la sophistication militaires ne justifient jamais la guerre ».

« De nombreuses personnes ont été tuées ou grièvement blessées lors de frappes directes ou sont des victimes collatérales des attaques. Dans un endroit aussi densément peuplé que Gaza, chaque frappe entraîne des effets immensément dommageables pour les personnes et pour les constructions », a-t-il continué.

Les responsables militaires israéliens reconnaissent que de nombreuses victimes civiles ont été entraînées – directement ou indirectement – par les bombes israéliennes. Dans un cas où au moins dix personnes – dont huit enfants – ont perdu la vie dans le camp de réfugiés de Shati, l’armée israélienne estime qu’une frappe au missile, réalisée depuis un bunker souterrain situé au sein de l’enclave côtière, a fait céder le sol, faisant s’effondrer les habitations d’au moins deux familles.

L’armée rappelle que ces victimes civiles sont le résultat malheureux de la stratégie du Hamas, qui mène délibérément ses opérations terroristes depuis des zones densément peuplées pour utiliser les résidents comme boucliers humains.

Les groupes de défense des droits de l’Homme, de leur côté, accusent régulièrement l’État juif d’usage disproportionné de la force dans de telles situations.

Un enfant fait le V de la victoire près des agents du mouvement terroriste palestinien du Hamas, le 22 mai 2021, à Gaza City (Crédit : AFP)

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