Nayla Abou Jubbah, première femme chauffeur de taxi à Gaza pour femmes
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Nayla Abou Jubbah, première femme chauffeur de taxi à Gaza pour femmes

A Gaza, les femmes ont le droit de conduire, mais la profession de chauffeur de taxi reste de facto masculine dans ce territoire soumis à la charia

Nayla Abou Jubbah, première femme chauffeur de taxi à Gaza, dans son véhicule, le 17 novembre 2020. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)
Nayla Abou Jubbah, première femme chauffeur de taxi à Gaza, dans son véhicule, le 17 novembre 2020. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

Les mains vissées sur le volant de sa voiture blanche, Nayla Abou Jubbah a lancé cette semaine une petite révolution en devenant la première femme chauffeur de taxi de la bande de Gaza.

Après avoir bu un thé fumant chez elle, cette femme de 39 ans au visage ceint d’un foulard enfile un masque sanitaire, se dirige vers sa voiture garée à l’extérieur, ouvre la portière, cale son smartphone sur un support collé au pare-brise et démarre le moteur.

Un petit coup de klaxon pour la forme… et hop c’est parti !

Son véhicule se lance sur le bitume tantôt lustré, tantôt écorché, de la bande de Gaza, enclave palestinienne de deux millions d’habitants contrôlée depuis plus de 13 ans par le groupe terroriste islamiste du Hamas.

A Gaza, les femmes ont le droit, comme les hommes, de conduire un véhicule, mais la profession de chauffeur de taxi reste de facto masculine.

Nayla Abou Jubbah, première femme chauffeur de taxi à Gaza, dans son véhicule, le 17 novembre 2020. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

« Un jour je parlais avec une amie qui travaille comme coiffeuse et je lui ai dit ‘Qu’est-ce que tu dirais si nous lancions un service de taxi pour les femmes ?’. Elle a répondu que c’était une idée folle », raconte à l’AFP Nayla Abou Jubbah, diplômée en travail social.

Une idée folle ? Ou plutôt ingénieuse ?

Plutôt que de passer ses journées à rouler au ralenti derrière les piétons pour les alpaguer, cette mère de cinq enfants a opté pour un service personnalisé.

« Plus libre »

« Je n’erre pas dans les rues. Je pars de chez moi et je vais cueillir mes clientes, pour les amener par exemple du salon de coiffure à un mariage », explique-t-elle.

A la mort de son père, elle a utilisé l’héritage pour s’acheter une voiture.

« Je me suis dit un jour qu’il fallait tirer profit de ce véhicule, faire travailler la voiture, d’où le projet d’un service de taxi entièrement pour les femmes, pour qu’elles soient à l’aise », ajoute-t-elle.

Nayla Abou Jubbah navigue dans les rues de Gaza, principale ville de ce territoire soumis à des restrictions israéliennes et égyptiennes et déjà ravagé par le chômage (50 %) avant le début de la pandémie de Covid-19, pour se rendre chez Aya Saleem, une cliente de 27 ans, qui va faire des courses.

Une cliente entre dans le véhicule de Nayla Abou Jubbah, première femme chauffeur de taxi à Gaza, le 17 novembre 2020. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

« Nous vivons dans une société conservatrice. Alors quand j’ai vu qu’il y avait une compagnie de taxi spécialement pour les femmes (…) j’ai ressenti une sorte de liberté », lance Aya Saleem, longue tunique marron, foulard beige, masque sanitaire bleu pâle et sac à main coquet.

« Quand je suis avec une femme, je me sens à l’aise (…) je me sens plus libre et puis nous pouvons parler », dit-elle, affirmant que les services de taxi pour femmes sont en phase avec la charia, la loi islamique, que le Hamas impose dans la bande de Gaza, contrairement à l’Autorité palestinienne, laïque, qui siège en Cisjordanie.

Ravie, Aya Saleem espère voir bientôt d’autres taxis pour femmes sur les routes de Gaza.

Nayla Abou Jubbah, elle, assure vouloir faire croître sa flotte : « Une femme m’a appelée récemment pour me dire qu’elle voulait travailler comme chauffeuse de taxi à mes côtés. Je lui ai dit qu’on se reparlerait mais j’ai déjà le sentiment que le projet va prendre de l’ampleur ».

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