Pour un médecin gazaoui qui a perdu 3 filles dans une frappe israélienne, le conflit est une maladie qui nous détruira tous
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Pour un médecin gazaoui qui a perdu 3 filles dans une frappe israélienne, le conflit est une maladie qui nous détruira tous

Izzeldin Abuelaish dit à Rivlin que “le temps est compté. Dieu nous a créés pour vivre. Nous avons une responsabilité envers nos enfants”

Le Dr Izzeldin Abuelaish (Crédit : autorisation d'Izzeldin Abuelaish)
Le Dr Izzeldin Abuelaish (Crédit : autorisation d'Izzeldin Abuelaish)

Un médecin palestinien de Gaza, qui a perdu trois filles en raison d’une frappe israélienne en 2009, a rencontré mercredi le président Reuven Rivlin à Jérusalem, et a prêché en faveur de la coexistence. Il a comparé le conflit à une maladie qui détruisait toutes les parties impliquées.

« Israéliens et Palestiniens sont des frères siamois », a déclaré le Dr Izzeldin Abuelaish, selon un article paru dans le site d’informations Ynet.

« Il a été décrété que nous devions vivre ensemble. Notre futur est entrelacé, l’un avec l’autre… Nous devons construire des ponts entre les personnes, pas mettre des blocus. »

Trois des filles d’Abuelaish et sa nièce ont été tuées quand un obus tiré par un char israélien a frappé sa maison dans les derniers jours de l’opération Plomb durci en janvier 2009.

Peu après l’incident, Abuelaish a émigré au Canada avec le reste de sa famille. Il a dévoué sa vie à promouvoir la coexistence et a mis en place une fondation en mémoire de ses filles, nommée Fondation Daughters for Life.

Mercredi, il a rendu visite à Rivlin. Il faisait partie de la délégation qui accompagnait le gouverneur général du Canada, David Johnston.

« La maladie détruit les patients », a-t-il déclaré en parlant du conflit vieux de plusieurs décennies.

« Les Israéliens sont malades de la peur en raison de leur histoire et de leur narratif. Les Palestiniens sont malades de l’occupation. Comment pouvons-nous devenir plus forts, afin de vivre fièrement les uns à côtés des autres ? C’est ce qui m’inquiète : qu’au lieu de nous rapprocher, nous nous écartions. »

En filant sa métaphore médicale, Abuelaish a noté que pour arriver à la paix, les dirigeants pourraient devoir ne pas tenir compte de l’opinion publique. « En général, les patients sont réticents à subir une chirurgie. Mais après, ils sont guéris. Pourquoi ne le ferions-nous pas aujourd’hui pour épargner plus de vie ? », a-t-il demandé.

« Le coût est élevé. Chacun de nous souffre de ce [conflit] et le temps est compté, la vie est courte. Dieu nous a créés pour vivre. Nous avons une responsabilité envers nos enfants. »

Abuelaish a déclaré que cela lui faisait de la peine de venir en Israël sans pouvoir visiter les tombes de ses filles, « parce qu’il n’y a pas le temps, parce que j’ai besoin de permis et parce qu’il y a des barrières là-bas. »

Le président Reuven Rivlin salue le gouverneur général du Canada, David Johnston, à Jérusalem le 2 novembre 2016 (Crédit : Mark Neiman / GPO)
Le président Reuven Rivlin salue le gouverneur général du Canada, David Johnston, à Jérusalem le 2 novembre 2016 (Crédit : Mark Neiman / GPO)

Il a dit au président qu’il était fier d’avoir été invité à rejoindre la délégation en tant que Palestinien-Canadien. Abuelaish a accompagné le groupe en Jordanie, et se rendra avec lui à Ramallah à la fin de la semaine pour visiter l’Autorité palestinienne (AP).

Le médecin a rendu hommage à Rivlin, déclarant que le président « travaille pour rapprocher les différents groupes de la société israélienne. Nous devons combler les fossés, trouver un moyen de vivre ensemble en tant qu’arabes, juifs, religieux et laïcs. »

L’armée israélienne avait assumé la responsabilité de la mort de la famille d’Abuelaish, reconnaissant le 4 février 2009 qu’une unité d’infanterie Golani, sous les balles et pensant avoir vu des « guetteurs » du Hamas près de la maison d’Abuelaish, avait envoyé par radio une demande pour un tir de tank.

L’armée israélienne, d’après le rapport, avait été « attristée par le mal causé » à la famille, mais a soutenu que « l’action des forces et la décision de tirer vers le bâtiment étaient raisonnables. »

Pour les Israéliens, les morts de Bessan, 21 ans, Mayar, 15 ans, et Aya, 14 ans, ainsi que de leur cousine Noor, ont mis un visage sur la souffrance palestinienne pendant l’opération Plomb durci.

Aujourd’hui, Abuelaish est professeur associé à l’école Dalla Lana de santé publique de l’université de Toronto. Ses deux enfants survivants les plus âgées, Shatha, qui avait été gravement blessée dans l’attaque, et Dalal, étudient l’ingénierie à l’université. Les autres, Muhammad, Raffah et Abdullah, sont au lycée et à l’école primaire.

Abuelaish est gynécologue obstétricien. Il possède un master en santé publique et a été le premier médecin palestinien à travailler dans des hôpitaux israéliens.

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