Israël en guerre - Jour 198

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Opinion

Pourquoi l’État d’Israël est-il blâmé pour les massacres du Hamas ?

Effacer la légitimité du narratif israélien fait essentiellement renaître un trope antisémite pernicieux - celui que les Juifs méritent le sort qui leur est réservé

Image d'une caméra corporelle du Hamas montrant des terroristes s'approchant d'un véhicule israélien lors de l'attaque menée par le groupe terroriste palestinien, dans le sud d'Israël, le 7 octobre 2023. (Crédit : Capture d'écran de l'agence de presse de l’armée et du gouvernement israéliens)
Image d'une caméra corporelle du Hamas montrant des terroristes s'approchant d'un véhicule israélien lors de l'attaque menée par le groupe terroriste palestinien, dans le sud d'Israël, le 7 octobre 2023. (Crédit : Capture d'écran de l'agence de presse de l’armée et du gouvernement israéliens)

Comment est-il possible que dans une grande partie de la communauté internationale, il y ait une « compréhension » des atrocités qui ont été commises sur le sol israélien, le 7 octobre ? Que, dans une partie de la gauche, l’indignation soit plus forte face à la réponse israélienne à l’assaut barbare perpétré par le Hamas que face au carnage lui-même ? Comment est-il possible que ceux qui ressentent dorénavant le plus de vulnérabilité sur les campus libéraux américains, ce ne sont pas les partisans du Hamas mais les étudiants et enseignants juifs ? Comment est-il possible que les antisémites qui appellent à ce que les Israéliens redeviennent une minorité sans défense diluée dans « Une grande Palestine » s’étendant « du fleuve jusqu’à la mer » puissent scander leur slogan avec toujours plus de vigueur et d’assurance morale ?

Une réponse à ces questions a été donnée par inadvertance par le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. S’exprimant devant les caméras de la chaîne de télévision Palestinian TV, le mois dernier, Abbas avait cherché à expliquer les origines de la Shoah. Les nazis, avait-il expliqué, « n’étaient pas antisémites » mais ils s’étaient opposés aux Juifs « à cause du rôle qu’ils tenaient dans la société, un rôle en lien avec l’usure, avec l’argent… Du point de vue de Hitler, ils se livraient à un sabotage et c’est pour ça qu’il les haïssaient ». En d’autres mots, les Juifs avaient eux-mêmes provoqué la Shoah.

Abbas avait été largement dénoncé pour ses propos antisémites, notamment par certaines personnalités de la gauche de l’échiquier politique. Et pourtant, les sentiments d’Abbas nous donnent des informations sur la réponse apportée par de nombreux progressistes aux événements de ces dernières semaines. C’est Israël, disent-ils, qui a, dans les faits, provoqué le massacre par son occupation des Palestiniens, son racisme, son colonialisme et son État d’apartheid – voire par son existence même. Ce qui signifie qu’encore une fois, ce sont les Juifs qui ont provoqué la tragédie qui s’est abattue sur eux.

Blâmer les Juifs pour les souffrances qu’ils connaissent est une facette de l’Histoire de l’antisémitisme – et une facette indispensable. Que ce soit parce qu’ils avaient été à l’origine de la crucifixion du christ, dans le christianisme pré-Shoah, ou parce qu’ils avaient osé profaner la race au sein de l’Allemagne nazie, les Juifs ont, depuis toujours, été perçus comme méritant le sort qui leur était réservé. Et invariablement, ceux qui s’attaquent aux Juifs estiment qu’ils ne font que répondre aux provocations supposées de ces derniers.

Ce qui rend la période actuelle plus compliquée, c’est que contrairement au passé, les Juifs ont en effet du pouvoir. Nous ne sommes plus inoffensifs. Nous occupons les Palestiniens en Cisjordanie. Au fur et à mesure que le conflit s’intensifie, le nombre des victimes civiles augmente à Gaza. Et l’expansion des implantations en Cisjordanie vient saper les possibilités à long-terme d’une solution à deux États.

Mais le moment que nous sommes en train de vivre épouse le modèle historique de l’antisémitisme – avec cette facilité avec laquelle une grande partie du monde a effacé, au cours des dernières décennies, la compréhension israélienne du conflit et la manière dont nous en sommes arrivés là. Une campagne systématique et réussie au-delà de toute espérance, à gauche, est parvenue à nier le narratif historique et politique israélien. En résultat, l’un des dilemmes moraux et politiques les plus compliqués du monde s’est transformé en Passion christique, où Israël joue le rôle de Judas (qui remplace « le Juif »), trahissant sa destinée de victime noble et devenant à son tour le bourreau.

L’État juif est devenu dorénavant la somme de tous ses péchés, une société irrémédiablement malfaisante qui a perdu son droit à exister – sans même parler du droit à se défendre.

Blâmer l’occupation et ses conséquences en en rejetant toute la responsabilité sur Israël, c’est nier l’histoire des offres de paix qui ont été faites par Israël et leur rejet par les Palestiniens. Dire qu’Israël est une création colonialiste de plus, c’est dénaturer le récit unique du retour sur ses terres d’un peuple déraciné, avec en majorité des réfugiés venus des communautés juives détruites du Moyen-Orient. Dire qu’Israël est un État d’apartheid, c’est faire une confusion entre un conflit national et racial, et c’est ignorer les interactions entre les Israéliens juifs et arabes dans d’importantes parties de la société. N’appréhender Israël et ses dilemmes sécuritaires qu’à travers le prisme de la dynamique du pouvoir qui s’est instaurée entre les Palestiniens et les Israéliens, c’est ignorer sa vulnérabilité dans une région hostile et les enclaves terroristes alliées de l’Iran qui se pressent à ses frontières.

Le narratif israélien, pour sa part, n’est pas aussi infaillible que certains défenseurs d’Israël peuvent le penser. Israël est devenu un partenaire à part entière, aux côtés du mouvement national palestinien, dans la perpétuation du conflit. L’année dernière en particulier, les secteurs religieux et parmi les plus extrémistes au niveau politique sont devenus le nouveau visage officiel du pays, formant le tout premier gouvernement israélien, depuis la fin des années 1980, dont l’objectif n’est pas de trouver une solution à la tragédie palestinienne autre que l’annexion.

Et pourtant, attribuer la responsabilité du massacre à l’occupation traduit une méconnaissance réelle des objectifs poursuivis par le Hamas. Le Hamas ne travaille pas en faveur de la création d’un mini-État palestinien en Cisjordanie et à Gaza : il veut détruire Israël. Pour le Hamas, c’est tout le territoire israélien qui est « occupé » et aucune solution à deux États ne pourrait mettre un terme à sa guerre contre l’État juif. En 1995, au paroxysme du processus de paix d’Oslo, le Hamas avait lancé sa première vague d’attentats-suicides. Les communautés qui ont été décimées le 7 octobre étaient, dans la terminologie utilisée par le Hamas, des « colonies » et ce même si elles se trouvaient dans les frontières d’Israël telles qu’elles sont reconnues à l’international.

La forme intime des meurtres de masse du Hamas ont été une représentation parmi d’autres de son plan génocidaire en faveur de l’établissement d’un État islamiste du fleuve jusqu’à la mer. C’est le visage de la solution à un État qui est promue sur les campus occidentaux et dans les rues de Londres, de Brooklyn ou de Sydney.

Cet état d’esprit toujours prompt à blâmer Israël – coupable, donc, d’avoir provoqué le carnage du Hamas – explique la rapidité sidérante avec laquelle une grande partie des médias internationaux ont initialement accepté la version donnée par le Hamas de la tragédie qui a touché l’hôpital Al-Ahli de Gaza City, le 17 octobre. Les titres, les bandeaux et les alertes ont immédiatement laissé entendre avec conviction qu’un missile israélien avait détruit l’hôpital. Quand Israël a apporté les éléments prouvant que c’était une roquette mal tirée par une cellule du Jihad islamique, positionnée aux abords de l’hôpital (qui, de son côté, n’a pas été directement touché) qui a été à l’origine de la déflagration, et même si le Hamas, de son côté, n’a apporté aucune preuve de ses accusations, de nombreux médias se sont refusés à disculper Israël, continuant à faire référence aux « deux versions » de l’événement.

La vérité a finalement émergé mais à ce moment-là, le mal était déjà fait. La guerre avait trouvé son symbole. Pour une grande partie du monde, Israël a non seulement bombardé l’hôpital mais qui plus est, il l’a assurément fait délibérément. Les rétractations tardives des médias ont été inutiles. Parce que de toute façon, peu importe qu’Israël ait commis ce crime en particulier, l’État juif est coupable parce qu’il aurait bien pu bombarder l’hôpital, parce qu’il commettra tôt ou tard une atrocité car il est, essentiellement et pour une grande partie du monde, un État criminel.

C’est certain, de nombreuses personnes qui blâment Israël pour cette crise – et notamment parmi ses critiques les plus fervents – ne le font pas consciemment parce qu’ils seraient motivés par l’antisémitisme. Mais le rôle décisif tenu par l’antisémitisme dans le façonnement de la pensée occidentale au fil des millénaires, tel qu’il a été brillamment analysé par David Nirenberg dans son livre, « Anti- Judaism, » est encore une fois mis en exergue. Peu importe, finalement, que les apologistes du Hamas aient des motivations antisémites : ce ne sont que des collaborateurs dans une période classique d’antisémitisme.

De nombreux Juifs, aujourd’hui, ont le sentiment de vivre une réalité surréaliste mais familière. Nous comprenons maintenant, disent-ils, comment la Shoah a pu arriver et comment des personnes, qui paraissent convenables, peuvent blâmer ces Juifs arrogants, beaucoup trop sûrs d’eux pour être crédibles, ces gens qui remontent toujours la file d’attente pour prendre la première place et qui s’étonnent ensuite d’avoir des problèmes.

La frénésie sadique du 7 octobre n’a pas été l’expression d’une frustration politique mais celle d’une haine viscérale du Juif, une haine qui s’est adaptée à des sensibilités et à des idéologies parfois contraires et qui unit aujourd’hui l’extrême-gauche et l’extrême-droite.

Mais les Juifs ne sont plus sans défense. Nous pouvons nous défendre et nous pouvons combattre ceux dont la vision d’un monde meilleur dépend de notre disparition. Si les progressistes cherchent à transformer notre revendication de pouvoir en symbole de la dépravation humaine, nous nous en occuperons également.

L’Histoire impose aux Juifs la responsabilité d’affronter les conséquences morales du pouvoir. Mais le 7 octobre n’a pas été une réponse aux abus de la puissance juive ; cela a été un rappel de la nécessité de cette puissance. Dans un monde où des ennemis génocidaires sont encore bien présents, l’impuissance serait un péché pour le peuple juif.

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