Quand des volontaires israéliens aident des réfugiés syriens, irakiens et pakistanais
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Quand des volontaires israéliens aident des réfugiés syriens, irakiens et pakistanais

Même si les Israéliens portent des étoiles de David d'un bleu criard sur leurs t-shirts, la plupart des réfugiés ne le remarquent pas

Tali Shaltiel, 31 ans, médecin à Jérusalem, de l'eau jusqu'aux genoux, aide une petite fille de quatre ans (Crédit : JTA)
Tali Shaltiel, 31 ans, médecin à Jérusalem, de l'eau jusqu'aux genoux, aide une petite fille de quatre ans (Crédit : JTA)

LESBOS, Grèce (JTA) – Quand le petit canot pneumatique rempli de réfugiés syriens et afghans émergea de la mer rendue noire par la nuit et accosta sur une plage de galets déserte, les premières personnes à accueillir ces individus hagards et terrorisés furent deux Israéliennes.

« Qui a besoin d’un médecin ? » ne cessait de crier en arabe Majeda Kardosh, infirmière à Nazareth, alors que les demandeurs d’asile éparpillés un peu partout ne pouvaient retenir leurs cris de joie et leurs larmes de soulagement d’avoir survécu à cette courte mais périlleuse traversée entre la Turquie et cette île grecque.

Son équipière, Tali Shaltiel, 31 ans, médecin à Jérusalem, debout dans la mer avec de l’eau jusqu’aux genoux, aidait une petite fille de quatre ans, tremblotant dans ses vêtements humides et portant des brassards gonflables qui lui auraient assuré une protection toute relative si le bateau surchargé avait sombré dans la mer.

Kardosh et Shaltiel font partie d’un petit groupe de volontaires d’IsraAID, une ONG qui tente d’apporter son soutien aux centaines de réfugiés et migrants qui affluent vers l’Europe.

En matière d’assistance et de secours aux sinistrés, IsraAID peut se targuer de posséder une longue expérience, du tremblement de Terre de 2011 au tsunami au Japon en passant par le déclenchement d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Mais aujourd’hui, cette mission présente un défi bien particulier : les individus bénéficiant de l’aide de cette ONG sont issus de pays traditionnellement hostiles et même officiellement encore en guerre avec Israël.

Un canot transportant des réfugiés débarque sur une plage de l'île de Lesbos au nord de la Grèce (Crédit : Boaz Arad/IsraAID)
Un canot transportant des réfugiés débarque sur une plage de l’île de Lesbos au nord de la Grèce (Crédit : Boaz Arad/IsraAID)

Mais pour Shaltiel, cela n’a aucune espèce d’importance.

« Ce sont des êtres humains, comme nous », dit-elle. « Nous sommes confrontées à l’agonie et à la douleur, à un besoin. Et dans de telles circonstances, la nationalité de la personne importe peu.

« Au bout du compte, nous espérons que le contact humain nous permettra d’avancer », ajouta Shaltiel, également volontaire pour la mission IsraAID dans le Sud du Soudan.

Elle reconnaît cependant que, pour les Syriens, Iraqiens, Afghans et Pakistanais qui constituent la plupart de ces arrivants, se retrouver face à des individus israéliens en débarquant en Europe peut être inattendu, voire déroutant.

« Nous essayons de trouver un équilibre », explique Shaltiel. « D’un côté nous portons des T-shirts IsraAID et la plupart du temps nous parlons entre nous en hébreu. Mais en fin de compte, notre but est simplement d’apporter de l’aide à ces individus, pas de mettre des barrières entre nous ».

D’ailleurs, en réalité, même si les Israéliens portent des T-shirts avec des étoiles de David de couleur bleu vif, la plupart des réfugiés ne les remarquent même pas au milieu du chaos et du tumulte d’émotions qui règnent sur les plages de débarquement, affirme Kardosh qui s’exprime majoritairement avec eux en arabe.

Parmi ceux qui reconnaissent les T-shirts, la plupart réagissent de manière positive – même si quelques-uns se montrent récalcitrants. Alors que Shaltiel lui administrait son traitement, un homme n’avait de cesse de demander à Kardosh :  » Dites-moi la vérité, est-ce que cette femme est juive ? ».

« J’ai tenté de l’ignorer mais il a insisté. Finalement, je lui ai dit : « Elle est là pour vous aider, qu’est-ce que cela change ? » raconte Kardosh. « Après une dizaine de minutes, il est revenu. Il a offert un biscuit à Tali et lui a présenté ses excuses ».

IsraAID a également été confrontée à une autre difficulté : trouver des volontaires qui parlent arabe pour pouvoir communiquer avec les réfugiés. Cet aspect est particulièrement important pour la deuxième partie de la mission de l’ONG : apporter un premier secours psychologique à ceux qui ont subi un traumatisme.

Pour les Syriens, Iraqiens, Afghans et Pakistanais – qui constituent la plupart de ces arrivants – se retrouver face à des individus israéliens en débarquant en Europe peut être inattendu et déroutant.

Un travailleur social d’IsraAID a passé sa journée de Samedi à aider la famille d’une petite fille de cinq ans noyée au cours de la traversée. Une autre équipe se trouvait quant à elle sur l’île de Rhodes pour s’occuper des survivants d’un naufrage qui a causé 34 morts, dont 15 nourrissons et enfants.

« Nous travaillons dans des conditions compliquées et nos volontaires arabophones sont habitués à ces situations difficiles », explique Naama Gorodischer, responsable à l’échelle mondiale des programmes d’IsraAID.

Cependant, pour ceux qui n’ont jamais travaillé sur le terrain, c’est un véritable défi.

« En général, avec mon équipe de tous les jours, je suis en jupe et talons et je vais à la salle de sport quatre fois par semaine », raconte Kardosh qui est également conférencière à l’école d’infirmières Schoenbrunn à l’Université de Tel Aviv.

« Maintenant je suis là », déclare-t-elle en désignant la plage jonchée de canots dégonflés, de centaines de gilets de sauvetage, de chaussures égarées et de déchets – les débris de milliers de voyages.

Pour le moment, la priorité de l’équipe est d’évaluer les besoins des réfugiés, de fournir les services que les autorités grecques débordées ne peuvent prendre en charge et de mettre sur pied d’autres groupes de volontaires.

IsraAID envisage de d’augmenter le nombre d’équipes médicales et, à terme, de mettre en place une clinique itinérante sur les plages pour dispenser des soins d’urgence aux nouveaux arrivants. L’ONG prévoit également de développer l’aide psycho-sociale dans les camps d’enregistrement et de réfugiés qui n’ont pas encore été mis en place.

Des volontaires de l’ONG apportent également leur aide à la frontière entre la Croatie et la Hongroise. À terme, IsraAID prévoit d’avoir des équipes présentes dans les pays de destination finale comme l’Allemagne où elles espèrent pouvoir aider à la réhabilitation des réfugiés.

Le docteur Tali Shaltiel (à gauche) explique à un groupe d'Afghans comment se rendre au centre d'enregistrement pour réfugiés situé à une soixantaine de kilomètres. (Crédit : JTA)
Le docteur Tali Shaltiel (à gauche) explique à un groupe d’Afghans comment se rendre au centre d’enregistrement pour réfugiés situé à une soixantaine de kilomètres. (Crédit : JTA)

« Notre but est d’être présents en tant qu’organisation tout au long du parcours », explique Gorodischer.

Sur la plage de Lesbos, le travail des volontaires va au-delà de l’aide médicale. Après s’être occupée des voyageurs souffrant de blessures et de maladies dues à l’hypothermie et la déshydratation, Shaltiel réunit quelques réfugiés pour leur expliquer leur situation.

La plupart d’entre eux n’ont qu’une idée très vague de l’endroit dans lequel ils se trouvent et ignorent qu’ils sont sur une île et non pas sur le continent. Aucun ne se rend compte qu’une épuisante marche de plus de 64 kilomètres les sépare encore des camps d’enregistrement.

« Il est plus prudent de rester ici cette nuit et de vous mettre en route au matin », leur recommande-t-elle en leur remettant une carte faite par IsraAID sur laquelle sont inscrites des instructions en arabe.

Les volontaires cherchent à aider par tous les moyens possibles.

« La situation est chaotique, nous ne savons pas toujours de quoi nous avons besoin au début alors nous sommes toujours à l’affût de nouveaux moyens pour aider, nous cherchons sans cesse à savoir quels sont les besoins », explique Boaz Arad, un volontaire qui fournit la documentation aux activités d’IsraAID et également en charge de la logistique et des transports.

Ainsi, c’est après avoir trouvé des centaines de réfugiés qui dormaient dehors le long de la route que les volontaires d’IsraAID ont apporté des sacs de couchage pour les distribuer aux familles avec des enfants. Ils attendaient également une cargaison d’affaires pour bébés d’occasion d’Israël.

Le Comité Juif Américain a affirmé avoir augmenté les fonds destinés à IsraAID. L’ONG bénéficie également de l’aide d’autres groupes juifs ainsi que du gouvernement israélien.

« Pendant la période la plus sainte de l’année, nous sommes fiers d’apporter notre aide… en fournissant une aide vitale aux Syriens qui vivent une terrible guerre dans leur pays et cherchent à recommencer leur vie à zéro », déclare David Harris, Directeur Général de l’AJC.

Pour Shaltiel, la vue de ces milliers de réfugiés marchant dans toute l’Europe était particulièrement poignante.

« Le message ‘Plus jamais ça’ implique aussi le devoir de faire quelque chose », explique-t-elle. « Visiblement je ne peux pas mettre un terme à la guerre en Syrie mais je peux agir à mon niveau ».

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