Rabbin Sirat : « Les rabbins peuvent trancher la halakha en fonction de l’époque »
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Rabbin Sirat : « Les rabbins peuvent trancher la halakha en fonction de l’époque »

Rabbin de tradition algérienne, universitaire, René-Samuel Sirat milite pour un judaïsme respectueux de la loi, inclusif, et humaniste

René-Samuel Sirat, ancien grand rabbin de France, inaugure la toute nouvelle Maison Rachi, à Troyes, le 10 septembre 2017. (Crédit : Maxime Bokobza)
René-Samuel Sirat, ancien grand rabbin de France, inaugure la toute nouvelle Maison Rachi, à Troyes, le 10 septembre 2017. (Crédit : Maxime Bokobza)

« Nous, notre conception rabbinique, c’est qu’une personne, même si elle n’est pas strictement ‘shomeret shabbat’ [qui respecte Shabbat], même si elle ne respecte pas ceci ou cela, est un juif et un fidèle pour qui nous avons la même affection. Ce n’est pas tout à fait le cas de la conception rabbinique qu’on rencontre ici. »

Dans une entrevue avec le site Aderaba (ex-Modern-Orthodox), le grand rabbin René-Samuel Sirat ex-grand rabbin de France de 1980 à 1987, aborde le judaïsme actuel, son besoin de réformes, selon lui, et les différences de doctrines existant entre ashkénazes et séfarades

Dans le constat qu’il dresse des différents aspects des pratiques contemporaines, il pointe le rôle rétrograde réservée aux femmes dans le culte. « Aujourd’hui, grâce à Dieu, nous avons des femmes qui sont ministres, présidents de la Cour suprême, etc.. explique-t-il. On ne peut pas vivre dans la situation sociologique d’il y a 100 ans ».

« Lorsque les femmes du Kotel vont prier, pourquoi cela est-il perçu comme une provocation ? s’indigne-t-il. Pourquoi ? Elles vont prier Dieu et il faudrait être enthousiasmé par ce regain de religiosité. »

Contemporain et acteur majeur de la refondation du judaïsme français, il fut le compagnon de route d’Emmanuel Lévinas, de Léon Ashkénazi (Manitou), d’André Néher, et fut l’élève du fils du premier grand rabbin d’Israël, Abraham Kook. Il regrette cependant la perte du sens de l’humanisme omniprésent dans la pensée du rav Kook chez certains de ses élèves.

« Tout d’abord, quiconque a étudié sérieusement la pensée du Rav Abraham Y. Kook, le père, ne peut pas nier l’amour qu’il porte au nom du judaïsme à l’égard de l’humanité toute entière. Je pense que ce serait une injure pour sa pensée que de la lier directement aux territoires occupés. Il y a des élèves qui sont allés beaucoup trop loin dans leur manière d’interpréter sa pensée. »

Modestement, il milite aujourd’hui pour une adaptation de la loi juive : « Ce qu’il faut comprendre, c’est que la halakha est par définition dynamique. Elle n’est pas statique. Sa racine même signifie marcher. Il ne s’agit pas, comme le prônent certains rabbins libéraux extrémistes, de supprimer purement et simplement certains textes ou coutumes. Il s’agit de demander à nos maîtres de se mettre au travail afin d’adapter la halakha à l’époque. C’est pour cela que la halakha suit la dernière opinion, car seuls les rabbins d’aujourd’hui peuvent trancher la halakha en fonction de l’époque. »

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