Relations avec Israël, guerre contre l’Iran, défense : le chef de la diplomatie de l’Estonie se confie au ToI
Margus Tsahkna en visite en Israël pour discuter du renforcement des liens de défense, dit que son pays soutient la guerre contre l’Iran et salue l’esprit du peuple israélien
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L’Estonie serait disposée à examiner la possibilité de se joindre à une mission menée par les États-Unis visant à rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, a indiqué le ministre estonien des Affaires étrangères au Times of Israel.
« L’Estonie est toujours très, très ouverte au dialogue avec les États-Unis, car nous avons toujours été un partenaire fiable pour eux », a déclaré Margus Tsahkna mardi à Jérusalem. « Mais nous ne savons pas exactement quelle est la demande ni quel est l’objectif. »
Plusieurs pays européens ont rejeté les appels du président américain Donald Trump à participer à une mission visant à rouvrir le détroit, un point de passage clé pour le pétrole, le gaz et d’autres marchandises, aujourd’hui largement bloqué par la République islamique d’Iran.
Les dirigeants européens ont indiqué ne pas être disposés à mettre leurs forces en danger dans une guerre qu’ils n’ont pas déclenchée, même si Trump a averti que cette réticence pourrait avoir des conséquences sur l’alliance de l’OTAN.
L’Estonie, en revanche, a toujours combattu aux côtés des États-Unis. Ce petit pays balte a déployé des forces en Afghanistan et en Irak après les attentats du 11 septembre 2001, et a enregistré le troisième plus grand nombre de pertes par habitant en Afghanistan.
« La question in fine est de savoir de quel type de soutien militaire, si tant est qu’il s’agisse de soutien militaire, les États-Unis ont réellement besoin », a ajouté Tsahkna, dans une interview accordée au Times of Israel après sa rencontre avec son homologue israélien Gideon Saar et le président Isaac Herzog. « Nos capacités étant, bien sûr, limitées. »
La contribution la plus tangible que la petite armée estonienne pourrait apporter à une mission navale menée par les États-Unis dans le détroit d’Ormuz résiderait dans ses trois dragueurs de mines.
Mardi, Tsahkna s’est joint aux autres ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) à Bruxelles pour discuter d’une éventuelle extension de la mission européenne en mer Rouge afin d’y inclure le détroit d’Ormuz. Les 27 ministres ont finalement décidé de ne pas étendre la mission.
Tsahkna a estimé que cela ne devrait pas changer dans un avenir proche : « Je ne vois pas de consensus au sein de l’UE pour le moment, si je me base sur la conversation d’hier. »
« Une bonne chose »
L’Estonie soutient fermement la campagne américano-israélienne contre le régime iranien, a affirmé Tsahkna.
« Tout ce qui affaiblit ce régime iranien est une bonne chose », a-t-il déclaré. « Israël et les États-Unis bénéficient de notre soutien politique, car nous prenons très au sérieux la menace directe que représente l’Iran pour nous, non seulement dans la région, mais aussi pour l’Europe. »
La Russie et l’Iran entretiennent depuis longtemps des liens étroits. En janvier 2025, les deux pays ont signé un accord de partenariat stratégique visant à renforcer encore leur coopération, notamment dans les domaines militaires et de la défense.
La Russie a utilisé des milliers de drones Shahed de conception iranienne contre des villes ukrainiennes et des infrastructures critiques, notamment des installations énergétiques. L’Iran, de son côté, utilise des avions de chasse, des véhicules blindés, des systèmes de défense aérienne et d’autres équipements de fabrication russe.
En décembre, l’Iran a signé un contrat d’armement secret de 500 millions d’euros avec la Russie pour acquérir des milliers de missiles antiaériens portatifs de pointe, selon le Financial Times.
« L’Iran représente une menace pour la sécurité de l’Europe depuis des années, et de manière directe depuis quatre ans, en soutenant la Russie », a déclaré Tsahkna.
Face à la crainte croissante que Téhéran ne cherche à orchestrer des attentats sur leur sol, les pays européens ont renforcé leurs dispositifs de sécurité intérieure, alors que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre la République islamique se poursuit au Moyen-Orient.
Le régime iranien a orchestré à plusieurs reprises des attentats à travers le monde. Depuis le début de la guerre, le 28 février, trois attaques liées à l’Iran ont déjà secoué les États-Unis et l’Europe.
Tsahkna a indiqué qu’il partageait la position du chancelier allemand Friedrich Merz selon laquelle Israël fait le « sale boulot… pour nous tous » dans ses opérations contre la République islamique.
Le 5 mars, au cours de la première semaine de la guerre contre l’Iran, Tsahkna s’est joint aux autres ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) pour rencontrer leurs homologues du Golfe.
« Personne n’a critiqué Israël lors de mes échanges », a-t-il souligné. « Ils ont simplement indiqué très clairement qu’ils ne participeront pas à cette guerre et qu’ils ne souhaitent pas une nouvelle escalade militaire à long terme. »
« C’était un discours totalement différent de ce que j’avais entendu auparavant », a-t-il ajouté.
« Ils ont très clairement rejeté la responsabilité sur l’Iran, car nombre d’entre eux entretenaient des relations pragmatiques et relativement bonnes avec Téhéran et se retrouvent désormais sous le feu de bombardements », a-t-il poursuivi.
L’Estonie est généralement considérée comme l’un des pays les plus favorables à Israël au sein de l’UE. Ce pays de 1,3 million d’habitants compte environ 2 000 Juifs, tandis qu’environ 1 000 citoyens estoniens vivent en Israël.
En 2022, le ministre estonien des Affaires étrangères de l’époque avait indiqué que le pays avait modifié sa politique envers Israël et ne voterait plus en faveur de résolutions de l’ONU condamnant les actions israéliennes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Le pays chercherait désormais plutôt à aligner sa position de vote à l’ONU sur ces questions sur celle de Washington, son principal allié en matière de sécurité.
En septembre 2024, l’Estonie avait toutefois surpris de nombreux observateurs en soutenant une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies appelant Israël à se retirer entièrement des Territoires palestiniens dans un délai d’un an, et à un embargo sur les armes susceptibles d’être utilisées dans ces zones.
Le groupe d’amitié parlementaire Estonie-Israël du Riigikogu, l’assemblée législative, avait vivement critiqué ce vote, le qualifiant de « changement de cap dans la politique étrangère de l’Estonie » et de « menace pour la sécurité nationale ».
Le président estonien Alar Karis avait expliqué au Times of Israel l’an dernier qu’il ne s’agissait pas d’un vote anti-Israël.
« En tant que petit pays, il est important que nous continuions à respecter un ordre fondé sur des valeurs et des règles internationales », avait indiqué Karis. « Cela devient plus difficile, j’en suis conscient. Mais malgré tout, pour un petit pays, il est important de ne voter contre aucun pays. »
En décembre 2024, une université estonienne rompait ses liens avec le Shenkar College de Tel Aviv, s’attirant les critiques du Premier ministre du pays et de Tsahkna.
Saar a inauguré l’ambassade d’Israël à Tallinn en novembre.
Le ministre des Affaires étrangères a indiqué que sa visite actuelle portait notamment sur les achats de matériel de défense auprès d’Israël.
« Nous achetons ici beaucoup d’équipements lourds et de qualité : des systèmes de l’industrie de la défense, des systèmes de défense aérienne et bien d’autres choses », a-t-il déclaré.
L’Estonie mène un programme ambitieux de dépenses de défense, visant à consacrer 5,4 % de son PIB à ce secteur.
« Nous reprenons également le concept israélien de défense totale, c’est-à-dire la manière dont la société s’organise », a déclaré Tsahkna. « Chacun sait exactement où aller. Nous apprenons aussi beaucoup de ce que fait Israël. »
Il a également salué la détermination d’Israël à combattre ses ennemis.
« Vous pouvez disposer de tout l’équipement et de toutes les capacités militaires, vous pouvez avoir des militaires et du personnel bien entraînés, mais dans une démocratie, sans détermination ni volonté politique, tout cela est vain », a affirmé Tsahkna. « C’est exactement ce que le peuple israélien nous a montré. Il suffit de venir ici pour le voir et le ressentir. »
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