Schakowsky retire son soutien à une candidate au Congrès aidée par l’AIPAC
Signe de la défiance des rangs démocrates envers le lobby pro-israélien, la Représentante de l'Illinois a retiré son soutien à une candidate « financée par ces intérêts étrangers »
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JTA — Jeudi, la Représentante Jan Schakowsky a retiré son soutien à une candidate au Congrès se présentant dans une circonscription voisine, dans l’Illinois, en raison de sa proximité avec le lobby pro-israélien de l’AIPAC.
Jusque là, Schakowsky soutenait Donna Miller, la commissaire du comté de Cook, dans le 2e district du Congrès. Mais elle a fait savoir qu’elle retirait désormais cet appui.
« L’Illinois mérite d’avoir des dirigeants qui fassent passer leurs électeurs en premier, et non l’AIPAC ou les donateurs de Trump qui vivent dans d’autres États », a déclaré Schakowsky, qui avait elle-même été un des piliers de l’AIPAC en début de mandat. « Je ne peux soutenir aucun candidat au Congrès financé par ces intérêts étrangers. »
Les propos de Schakowsky sont le reflet de la défiance à l’égard de l’AIPAC qu’il y a chez les Démocrates — et la preuve que le groupe pro-israélien joue un rôle dans ce district, en vue des primaires du mois prochain.
Comme deux autres candidats dans l’Illinois, Miller a reçu des contributions de la part de plusieurs donateurs affiliés à l’AIPAC et elle a bénéficié des retombées des publicités qui ont été financées par de nouvelles organisations soupçonnées d’être des organisations écrans de l’AIPAC.
Pour autant, elle n’est pas directement soutenue par l’AIPAC et ni son nom, ni celui de son super PAC affilié, United Democracy Project, ne figurent sur ces publicités.
En ce moment-même, l’AIPAC se prépare à tenir une grande réunion à huis clos.
Début 2020, près de 20 000 personnes avaient assisté à la conférence politique de l’AIPAC à Washington, D.C. En 2023, quand le groupe avait repris les réunions en personne après la pandémie, il s’était limité à des événements beaucoup plus modestes et organisés à huis clos.
Cela fait plusieurs années que le lobby est devenu un sujet très sensible, particulièrement depuis la guerre à Gaza, et la seule indication de la tenue de cette prochaine conférence est venue des médias israéliens, lorsqu’ils ont titré que le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’y assisterait finalement pas en personne.
Jeudi, une source de l’AIPAC a confirmé qu’une conférence aurait lieu de dimanche à mardi prochain, avec des interventions en vidéo de responsables américains des deux camps et de responsables israéliens, dont Netanyahu et le chef de l’opposition Yaïr Lapid. Selon cette source, qui a assuré que la conférence aura vocation « à accélérer les efforts politiques livrés par la communauté lors de ce cycle électoral », la réunion évoquera « les menaces protéiformes auxquelles est confronté Israël ; les négociations avec l’Iran ; la solidarité avec le peuple iranien dans sa quête de liberté face à un régime brutal ; l’aide américaine à la sécurité et l’expansion de la coopération conjointe en matière de défense ».
Même avant le début de ce cycle, l’AIPAC avait déjà frappé fort. Après s’en être pris à des politiciens progressistes — comme les membres de la « Squad », Jamaal Bowman et Cori Bush, en 2024 – l’AIPAC s’était attiré la colère de nombreux membres de la gauche. Et son image publique a pâti de son soutien inconditionnel à une aide militaire à Israël lors de la guerre à Gaza.
La primaire de ce mois-ci, dans le 11e district du New Jersey, est l’occasion pour l’AIPAC de dévoiler sa nouvelle stratégie. Elle a dépensé plus de 2 millions de dollars pour lutter contre un démocrate progressiste, Tom Malinowski, qui s’était joint à des dizaines de ses collègues qui s’étaient prononcés en faveur d’une aide militaire à Israël sous conditions. C’est un progressiste anti-Israël qui l’a finalement emporté.
Désormais, l’AIPAC se concentre sur l’Illinois, l’un des prochains États à organiser des primaires, le 17 mars prochain.
Selon des documents fédéraux, le United Democracy Project a jusqu’à présent dépensé plus de 750 000 $ pour soutenir la trésorière de la ville de Chicago, Melissa Conyears-Ervin, dans le 7e district du Congrès.
Ex-Représentante d’État, Conyears-Ervin fait face à un grand nombre de concurrents, à commencer par le Représentant d’État La Shawn Ford, qui a déclaré avoir refusé le soutien de l’UDP en raison de sa propre opposition à une aide militaire inconditionnelle à Israël ; Jason Friedman, dirigeant de la fédération juive et promoteur immobilier et enfin Kina Collins, qui a manifesté en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza en novembre 2023 en compagnie des organisations anti-sionistes Jewish Voice for Peace et IfNotNow.
Lors de trois autres scrutins, le groupe a été accusé de soutenir secrètement des candidats. L’ancienne Représentante Melissa Bean, la sénatrice d’État Laura Fine et Miller n’ont pas été officiellement soutenues par l’AIPAC, mais ont toutes reçu des contributions de la part de donateurs de l’AIPAC. Fine a récolté 1,2 million de dollars le dernier trimestre — dont 1 million de la part de donateurs à des groupes affiliés à l’AIPAC, selon le Washington Post. Ces donateurs seraient de surcroît extérieurs à l’Illinois. De leur côté, Bean et Miller ont déclaré respectivement plus de 400 000 et 875 000 dollars de dons de la part de donateurs de l’AIPAC.
Ils ont également bénéficié des retombées des publicités financées par Elect Chicago Women et Affordable Chicago Now, deux nouvelles organisations accusées d’être des organisations écrans de l’AIPAC. A l’instar des publicités contre Malinowski et d’autres, ces publicités ne mentionnaient pas Israël.
Le Democratic Majority for Israel PAC, un autre groupe de défense pro-israélien, est intervenu jeudi, en faveur de Bean et de Miller.
Contre Fine, on trouve Kat Abughazaleh, une Palestino-Américaine progressiste de 26 ans qui a appelé à la fin des ventes d’armes américaines à Israël et qui accuse Israël de génocide, et Daniel Biss, le maire juif d’Evanston, petit-fils de survivants de la Shoah, favorable à la loi Block the Bombs Act qui limiterait la vente de certaines armes à Israël.
Dans le 8e district, Bean fait notamment face à Junaid Ahmed, qui s’est exprimé contre l’AIPAC lors d’une conférence de presse conjointe avec Biss et qui est favorable à la fin de toute forme d’aide militaire à Israël ainsi qu’à un droit au retour pour les Palestiniens.
Élue pour la première fois en 1998, Schakowsky, qui est juive, a par le passé été proche de l’AIPAC. En 2010, face à un adversaire de droite qui avait fait d’Israël un sujet de campagne, elle s’était targuée d’avoir eu 100 % des voix de l’AIPAC ; le lobby avait déclaré ne pas soutenir de candidats mais il avait noté que Schakowsky avait « un excellent bilan sur des questions importantes pour la communauté pro-israélienne ». Elle s’est progressivement fait une place parmi les figures de haut rang des progressistes pro-israéliens, particulièrement en vue lors des conférences du lobby libéral pro-israélien J Street contre les actions du gouvernement israélien. Elle a annoncé l’année dernière qu’elle ne se représenterait pas.
A l’annonce du revirement de Schakowsky, Miller n’a pas mentionné l’AIPAC. Rappelant que Schakowsky et elle étaient amies depuis des dizaines d’années, elle a déclaré que sa campagne continuerait de porter en priorité sur les questions d’accessibilité financière.
Schakowsky a ajouté qu’elle soutiendrait la candidature de Biss, qui s’est ouvertement opposé à l’AIPAC. Ce à quoi Biss a répondu avec enthousiasme jeudi sur X : « Fier d’être soutenue par @RepSchakowsky » « et fier de NE PAS être soutenu par les donateurs de l’AIPAC et MAGA. »
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