Un faux passeport polonais aurait sauvé un ancien ministre israélien des nazis
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Un faux passeport polonais aurait sauvé un ancien ministre israélien des nazis

L'ambassade polonaise en Suisse affirme que Yosef Burg, élu à la première Knesset en 1949 et député pendant 40 ans, a fui son pays d'origine, l'Allemagne, lors d'une opération

Yosef Burg, ministre de l'Intérieur, le 1er novembre 1976. (Saar Yaacov/GPO)
Yosef Burg, ministre de l'Intérieur, le 1er novembre 1976. (Saar Yaacov/GPO)

Yosef Burg, un ancien responsable politique israélien de premier plan notamment élu à la première Knesset en 1949, a obtenu un faux passeport en 1940 pour fuir l’Europe contrôlée par les nazis, d’après l’ambassade polonaise en Suisse.

« Yosef Burg, qui était coincé dans la Suisse encerclée par les nazis, a obtenu en août 1940 un faux passeport polonais pour fuir en Espagne et poursuivre sa route jusqu’en Eretz Israël », a fait savoir l’ambassadeur polonais Jakub Kumoch dans un communiqué vendredi qui citait des documents inédits présents dans les archives officielles d’Israël.

Jakub Kumoch indique que Burg a échappé aux nazis grâce à une opération de sauvetage initiée par Aleksander Ładoś, l’ambassadeur de Pologne en Suisse de 1940 à 1945, avec l’aide du Congrès juif mondial.

Yosef Burg, né à Dresde en Allmagne, en 1909, a été député de la Knesset entre 1949 et 1988, et a occupé plusieurs postes ministériels sous sept Premiers ministres différents. C’est l’un des fondateurs du Parti national religieux. Il est décédé en 1999. Il n’a jamais évoqué publiquement l’épisode polonais de sa vie.

Avraham Burg en 2008. (Michal Fattal/Flash90)

Son fils, Avraham Burg, également responsable politique et ancien président du Parlement, a déclaré au Times of Israël dimanche qu’il n’avait aucune information à ce sujet et qu’il ne pouvait pas confirmer.

Il a indiqué savoir que son père était arrivé en Israël avec un passeport polonais, mais qu’il n’en savait pas plus.

Yosef Burg avec son fils, Avraham Burg, dans les années 1980. (Moshe Shai/FLASH90)

Il a précisé qu’il avait été contacté récemment dans le cadre d’une tentative de retrouver ce passeport, mais qu’il n’avait pas pu apporter son aide.

De gauche à droite : Menachem Begin, alors Premier ministre, et les députés Yosef Burg et David Levy, dans la salle plénière de la Knesset, 1983. (Yossi Zamir/Flash90)

D’après Jakub Kumoch, les documents ont été examinés par des historiens israéliens et polonais, dont Dr Mordecai Paldiel, l’ancien directeur du département des Justes parmi les nations du mémorial de Yad Vashem. Ce récit n’a pas été beaucoup relayé par le passé, mais l’ambassadeur a assuré qu’un article en polonais l’avait brièvement évoqué en 1995.

Parmi les documents découverts récemment, d’après le communiqué de presse polonais, figurent une demande de citoyenneté déposée en 1946 auprès de la Palestine mandataire dans laquelle Yosef Burg reconnaît avoir obtenu des faux papiers polonais.

« Il était impossible de décrocher un visa de transit espagnol. Le Consulat polonais a ainsi accepté de me permettre de revenir en Palestine grâce à un passeport polonais », aurait témoigné Yosef Burg en 1946 aux Autorités britanniques en Palestine mandataire.

Aleksander Ładoś (Wikipedia)

Dans un autre document datant de 1960, lorsque Yosef Burg officiait comme ministre des Affaires sociales dans le gouvernement de David Ben-Gurion, le ministère de l’Intérieur informe l’intéressé que son passeport polonais avait été retrouvé et lui avait été transféré.

D’après Jakub Kumoch, autour de 1940, « l’ambassade de Pologne en Suisse a remis des milliers de passeports polonais à des réfugiés juifs de toute l’Europe occupée pour les protéger de la déportation ou les aider à fuir l’Europe.

« Des mois plus tard, des diplomates polonais ont mis au point un plan de sauvetage similaire qui a permis la fabrication de papiers d’Amérique latine pour au moins 8 000 personnes. De façon intéressante, l’écriture manuscrite sur les passeports polonais depuis 1940 et sur les passeports paraguayens de 1943 semble remarquablement identique. »

Ce communiqué polonais survient sur fond de tensions diplomatiques entre Varsovie et Jérusalem autour du rejet officiel en Pologne de toute culpabilité nationale dans les atrocités antisémites passées, notamment pendant la Shoah.

L’année dernière, le gouvernement polonais a introduit une loi controversée interdisant d’accuser la nation polonaise de crimes nazis, même si elle a été assouplie et épurée de ses sanctions sous la pression d’Israël.

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