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YOM HASHOAH

Un homme sauve 10 000 Juifs des Nazis, sa famille ne l’apprend que 63 ans après

Hubert Pollack, qui a participé à un plan visant à obtenir des milliers de visas de sortie de l'Allemagne nazie, sera honoré à titre posthume à l'occasion de Yom HaShoah

Yaakov Schwartz est le rédacteur adjoint de la section Le monde juif du Times of Israël

Le Dr Hubert Pollack,sur la photo de gauche, et au centre sur la photo de droite avec des collègues. (Crédit: Avec l'aimable autorisation d'Adi et Ofer Daliot)
Le Dr Hubert Pollack,sur la photo de gauche, et au centre sur la photo de droite avec des collègues. (Crédit: Avec l'aimable autorisation d'Adi et Ofer Daliot)

Adi Daliot avait une soixantaine d’années lorsqu’il a découvert que son père, Hubert Pollack, avait aidé à sauver plus de 10 000 Juifs dans l’Allemagne nazie pendant les années qui ont précédé la Shoah.

Obligé de garder le secret par son co-conspirateur, le philanthrope juif anglo-allemand Wilfrid Israël, Pollack a gardé son histoire secrète, même de sa famille. Ce n’est qu’après que Daliot (la famille a adopté un nom de famille hébreu après avoir déménagé en Israël) a découvert un récit écrit de Pollack en 2002, près de 35 ans après sa mort, que son rôle héroïque a été révélé.

Pollack sera honoré, à titre posthume, de la distinction de sauveteur juif en même temps que 12 autres héros de la Shoah, jeudi, lors de la commémoration de la Shoah en Israël, dans la Forêt des Martyrs sur les collines de Jérusalem. Six millions d’arbres y ont été plantés en commémoration des 6 millions de Juifs tués pendant la Shoah.

Le prix a été créé en 2011 par le Bnai Brith World Center-Jerusalem et le Committee to Recognize the Heroism of Jewish Rescuers During the Holocaust (JRJ) afin d’honorer et de reconnaître le sauvetage par des Juifs de leurs compatriotes pendant le génocide.

Yad Vashem, le mémorial et musée national de la Shoah en Israël, décerne le titre de « Juste parmi les nations » aux non-Juifs qui ont risqué leur vie pour sauver des Juifs, mais n’a pas de distinction officielle pour les Juifs qui ont sauvé les leurs.

« Les formes de recherche et de commémoration de la Shoah en Israël sont largement déterminées par la loi de Yad Vashem, qui définit le champ de responsabilité de l’institution », a déclaré Alan Schneider, directeur du Centre mondial du Bnai Brith à Jérusalem.

Illustration : Le Centre mondial du B’nai B’rith à Jérusalem et le Keren Kayemeth LeIsrael (KKL-JNF) commémorant l’héroïsme des Juifs qui ont sauvé des compatriotes pendant la Shoah, dans la forêt des Martyrs près de Jérusalem, le 16 avril 2015. (Crédit: Yossi Zamir)

« L’héroïsme des sauveteurs juifs qui ont risqué leur vie dans le but de sauver d’autres Juifs ne relève pas de la compétence officielle de Yad Vashem. Motivés par les sauveteurs et les sauvés, le Centre mondial Bnai Brith et le JRJ ont décidé de mettre en lumière ces hommes et ces femmes philanthropes en créant cette distinction », a déclaré Schneider au Times of Israel.

Le petit-fils de Pollack, Ofer Daliot, a déclaré que son père, aujourd’hui âgé de 84 ans, attendait depuis des années que les actes d’Hubert Pollack soient reconnus.

« Mon père arrive à la fin de sa vie, et il s’est battu pour écrire cette histoire et faire reconnaître le rôle de la famille Pollack, il est donc très heureux que son père obtienne enfin reconnaissance », a déclaré Ofer Daliot.

Dans les années 1930, Pollack a travaillé à Berlin comme statisticien pour le gouvernement allemand, ainsi que pour le Keren Hayesod – United Israel Appeal, où il gérait les statistiques de la communauté juive locale.

Avec Wilfrid Israël, un homme d’affaires riche et influent, et le  capitaine Francis Foley, un agent du MI5 qui travaillait à l’ambassade britannique de Berlin, Pollack a participé à l’exécution d’un plan visant à délivrer des milliers de visas de sortie aux Juifs allemands cherchant à échapper au régime nazi.

Wilfrid Israel au centre, a voyagé dans le monde entier, cultivant des amitiés et des relations importantes. (Crédit: Avec l’aimable autorisation de Yonatan Nir)

Le subterfuge était risqué et impliquait que Pollack soudoie des fonctionnaires de la Gestapo avec l’argent que lui donnait Israël. Foley a délivré des visas permettant aux réfugiés d’entrer sur le territoire britannique, y compris dans ce qui était alors la Palestine mandataire britannique.

Pollack a quitté l’Allemagne avec sa femme et ses fils – dont Adi Daliot – en août 1939, un mois seulement avant que la Seconde Guerre mondiale n’éclate, et est arrivé en Palestine mandataire. Bien que Pollack ait refusé de parler à quiconque de ce qu’il avait fait, il a fait une exception, en livrant un long témoignage en 1944 à une organisation naissante qui allait devenir Yad Vashem.

Ce témoignage a été utilisé lors du célèbre procès de l’officier SS et « cerveau » de la solution finale Adolf Eichmann à Jérusalem, et a également contribué à obtenir la désignation de Juste parmi les Nations pour Foley.

Hormis ce cas exceptionnel, Pollack ne semble pas avoir reparlé de l’opération de sauvetage, fidèle à l’accord de non-divulgation que Wilfrid Israel lui a fait signer – malgré le fait qu’Israël soit mort en 1943 à bord d’un avion entre Lisbonne et Bristol abattu par la Luftwaffe allemande.

« Mon grand-père était un vrai yekke », a déclaré Ofer Daliot, utilisant le terme yiddish pour désigner les Juifs allemands qui suivent de près le protocole. « Il avait un tel sens des convenances – si Wilfrid ne lui disait pas que c’était d’accord, il ne disait rien ».

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