Une alliance fragile divise la droite au profit d’une gauche unie
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Analyse

Une alliance fragile divise la droite au profit d’une gauche unie

Deux alliances et deux derniers jours avant le dépôt final des listes très différentes envoient des messages opposés d'unité et de force politique

Raoul Wootliff

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le ministre de l'Éducation Naftali Bennett (au centre) et la ministre de la Justice Ayelet Shaked lors d'un rassemblement de soutien aux résidents, avant l'évacuation et la démolition prévues du quartier juif illégal de Netiv HaAvot dans le Gush Etzion, le 11 juin 2018. (Gershon Elinson/Flash90)
Le ministre de l'Éducation Naftali Bennett (au centre) et la ministre de la Justice Ayelet Shaked lors d'un rassemblement de soutien aux résidents, avant l'évacuation et la démolition prévues du quartier juif illégal de Netiv HaAvot dans le Gush Etzion, le 11 juin 2018. (Gershon Elinson/Flash90)

Les dernières heures et minutes de la journée de mercredi avant que la commission centrale électorale ne ferme ses portes en permettant aux partis d’enregistrer leur liste avant le scrutin national de mars ont ressemblé aux dernières heures et minutes précédant la même échéance de minuit des deux dernières élections.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a, une fois de plus, déployé des efforts frénétiques pour empêcher que les votes de droite ne soient « gaspillés » au profit de petits partis qui ne parviendront pas à franchir le seuil d’éligibilité, ce qui réduirait ses chances d’obtenir le soutien d’au moins 61 des 120 futurs membres de la Knesset.

Avant les élections d’avril dernier, après que les partis HaBayit HaYehudi et Union nationale ont déjà accepté de fusionner avec les extrémistes kahanistes d’Otzma Yehudit à l’initiative de Netanyahu, les représentants de la nouvelle liste commune sioniste religieuse ont passé les dernières heures avant la date limite de dépôt des candidatures à des pourparlers futiles pour essayer de rallier à sa cause le parti d’extrême droite Yachad de l’ancien leader du Shas, Eli Yishai.

Avant le scrutin de septembre, Netanyahu a poussé les petites formations de droite à former une alliance qui comprenait HaBayit HaYehudi, l’Union nationale, HaYamin HaHadash et Otzma Yehudit, ainsi qu’un certain nombre d’autres partis satellites de droite. Mais ces efforts avaient finalement échoué et l’Union des partis de droite, dirigée à l’époque par l’ancienne ministre de la Justice Ayelet Shaked, a déposé sa propre liste de parti sans Otzma Yehudit ni le parti de droite dure quasi-libertaire Zehut de Moshe Feiglin (ni le minuscule parti anti-LGBT Noam, qui avait temporairement accepté de se présenter avec Otzma Yehudit).

Mercredi, les efforts répétés de Netanyahu pour ramener Otzma Yehudit au bercail ont été à nouveau le drame le plus passionnant ayant précédé la clôture des inscriptions. Cette fois, cependant, c’était plus frénétique, plus désordonné et – la grande alliance de centre-gauche ayant déposé sa liste sans perte et fracas – son échec pourrait être plus dommageable pour l’ensemble du bloc de droite.

Droite divisée

L’accord désordonné de dernière minute pour que HaYamin HaHadash de Naftali Bennett et Shaked se présentent aux élections avec HaBayit HaYehudi et l’Union nationale a mis fin à une semaine mouvementée de querelles politiques qui a commencé avec la menace de Bennett que sa formation se présenterait seule aux élections.

Le président de HaBayit HaYehudi, Rafi Peretz, avait juré pendant des jours de ne pas rompre l’accord qu’il avait conclu le mois dernier avec Otzma Yehudit, mais a subi d’énormes pressions de la part du Likud de Netanyahu ainsi que d’autres responsables de droite qui craignaient que la liste HaBayit HaYehudi-Otzma ne franchisse pas le seuil d’éligibilité.

Le président de HaYamin HaHadash, Naftali Bennett, (à droite) vient présenter la liste de son parti à la Knesset, le 15 janvier 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Bennett avait des doutes similaires concernant les chances de HaYamin HaHadash, ce qui l’a finalement amené à revenir sur sa menace de concourir de façon indépendante en mars. Le ministre de la Défense avait exprimé l’espoir que le camp sioniste religieux était assez grand pour soutenir deux partis – l’un étant son parti HaYamin HaHadash légèrement plus libéral, et l’autre un conglomérat des partis de droite dure HaBayit HaYehudi, Union nationale et Otzma Yehudit. Mardi, il a finalement cédé aux inquiétudes concernant le seuil d’éligibilité et conclu un accord avec l’Union nationale.

Finalement, dans un tourbillon de déception et d’autres émotions, Otzma Yehudit s’est présenté seul 15 minutes environ avant l’échéance, tandis que la nouvelle alliance, qui sera nommée Yamina comme lors de la dernière élection, s’est enregistrée seulement six minutes avant l’heure limite.

Bien qu’il ne s’agissait pas de son projet initial, cette décision est en quelque sorte une victoire pour Bennett, qui avait conditionné l’inclusion de Peretz dans l’alliance à sa rupture avec le leader d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, et qui a réussi malgré l’immense pression de Netanyahu. Pourtant, il s’agit probablement d’une perte globale pour son parti et pour la droite dans son ensemble. Au lieu de rassembler les franges de la droite israélienne, la nouvelle union n’a rassemblé que ses principales formations, tout en s’assurant sa survie politique, mais pas celle de Netanyahu.

Bennett est en effet presque certainement à l’abri d’une répétition de l’embarras qu’il a subi lors de l’élection d’avril 2019, lorsque son tout jeune parti HaYamin HaHadash n’avait pas réussi à franchir le seuil. Cette fusion garantit probablement l’entrée du parti à la Knesset. Et il est désormais probable qu’il soit à la tête d’une formation renforcée au Parlement (et plus importante).

Mais le nouveau parti est plus susceptible de repousser les électeurs que de les attirer. Et la droite, comme Netanyahu l’avait averti, est maintenant presque certaine de perdre au moins une partie, sinon la totalité, des 84 000 voix qui sont allées à Otzma Yehudit la dernière fois.

Le président d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, à l’entrée de la commission centrale électorale à la Knesset, le 15 janvier 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Même sans Ben Gvir et Otzma Yehudit, la fusion avec Bezalel Smotrich de l’Union nationale, connu pour ses déclarations anti-arabes et anti-LGBT, rend peu probable que Bennett réussisse à courtiser les électeurs de droite « libéraux » qu’il espérait détourner de Kakhol lavan et Yisrael Beytenu.

Dans le même temps, celle-ci a peut-être aussi repoussé une grande partie de la base potentielle du parti. Peretz s’est attiré les foudres de ses anciens alliés après sa décision de dernière minute de rompre son alliance avec Otzma Yehudit, et un de ses colistiers a démissionné après avoir été déplacé à la onzième place sur la liste unifiée : le député Moti Yogev, qui était jusque-là numéro 2 sur la liste de HaBayit HaYehudi, a en effet annoncé avec colère qu’il quittait le parti et a sévèrement critiqué son dirigeant.

« La parole de Peretz ne vaut rien », a-t-il ainsi déclaré lors d’une conférence de presse de la Knesset organisée à la hâte alors que les listes finales des partis étaient déposées. « Peretz n’est pas à la hauteur pour être un représentant public… Le parti HaBayit HaYehudi de Rafi Peretz s’est fourvoyé. »

Gauche unie

A l’autre extrémité du spectre politique, mercredi, une grande union de gauche composée du Camp démocratique – lui-même une fusion entre Meretz et le Parti démocratique israélien – et de l’alliance Parti travailliste-Gesher s’est formée avant les dernières élections.

Et même si l’union de gauche, appelée sans créativité Parti travailliste-Gesher-Meretz, a également laissé de côté au moins un éminent député et un certain nombre d’autres personnes mécontentes, pour la gauche, le dernier jour pour le dépôt des listes n’a pas été le même gâchis frénétique que celui auquel on a assisté à droite du spectre politique.

Le Parti travailliste, jadis une figure de la politique israélienne, a vu son avenir s’effriter ces dernières années, frappé par un glissement vers la droite parmi les électeurs israéliens, des troubles au sein du parti et l’émergence de divers nouveaux acteurs politiques qui ont érodé sa base. Lors des élections d’avril, il est passé des 24 sièges de la Knesset qu’il avait obtenus dans le cadre de l’Union sioniste en 2015 à seulement six. En septembre, après avoir remplacé son chef, il a conservé ses maigres six sièges.

Tout comme la fusion à droite, l’union de centre-gauche est considérée comme un mariage de convenance entre des partis qui diffèrent sur le plan idéologique, mais dont les sondages ont montré qu’ils oscillaient entre quatre et six sièges chacun à la Knesset, au risque de tomber sous le seuil et de mettre en danger tout le bloc de gauche. Et, tout comme la fusion à droite, tout en sauvant probablement de l’oubli politique le Parti travailliste et le Meretz, l’union pourrait bien se retrouver avec moins de sièges que les 11 que les partis détiennent actuellement au total.

La responsable de Gesher, Orly Levy-Abekasis, en deuxième position sur la liste, a déclaré mercredi : « Nous tendons la main aux enfants, aux personnes âgées, à toute la société israélienne. Nous ferons tout ce que nous pouvons pour promouvoir les choses vraiment importantes. Ensemble, nous mettrons ces questions au premier plan ».

A propos de l’union, elle a dit : « On a fait ce qu’il fallait, et maintenant on regarde vers l’avenir ».

Les dirigeants de l’alliance Parti travailliste-Gesher-Meretz, Nitzan Horowitz (G), Amir Peretz (C) et Orly Levy-Abekasis, à l’entrée de la commission centrale électorale à la Knesset, le 15 janvier 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Mais si l’union a fait l’objet de critiques internes, les deux partis ont réussi à cacher leur linge sale, contrairement à la faction Yamina. Et ils ont aussi réussi à empêcher les soi-disant « votes gaspillés ».

Laissée de côté par l’union, l’ancienne présidente du Parti Vert, la députée Stav Shaffir, a annoncé mercredi qu’elle ne se présenterait pas aux élections de mars.

Contrairement à Ben Gvir, qui se présente seul, ou à Yogev, qui a quitté son foyer politique, Shaffir, qui avait pesé la possibilité d’une candidature indépendante avec son Parti Vert, est finalement arrivée à la conclusion qu’elle ne franchirait pas le seuil d’éligibilité et a refusé de prendre le risque de gaspiller des milliers de votes de gauche. Elle a apporté son soutien à la nouvelle union.

« Je ne me présenterai pas à cette élection, mais je resterai dans la course pour notre pays… cette union est plus importante que moi », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse annonçant un retrait temporaire de la vie politique.

Un sondage télévisé publié lundi, quelques heures après que le Parti travailliste et Meretz se soint mis d’accord sur la fusion, a indiqué que l’alliance ne serait pas payante aux élections, prédisant qu’ils obtiendraient neuf sièges sur une liste commune le 2 mars, soit moins que leur force combinée aujourd’hui.

Cependant, selon un sondage de la Douzième chaîne, Kakhol lavan réussirait à élargir son avance sur le Likud de Netanyahu, le sondage prévoyant que le parti de Benny Gantz obtiendrait 34 sièges contre 31 pour la faction du Premier ministre.

Alors que le Likud et Kakhol lavan cherchent tous deux à écarter l’autre après deux élections improductives, et qu’il ne reste plus que 46 jours avant que les Israéliens ne se rendent à nouveau dans les urnes, les deux unions, et la manière dont elles ont été formées et déposées, pourraient laisser une droite divisée contrainte de rattraper son retard sur une gauche unie.

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