La gauche et la droite divisées, Liberman sera-t-il – encore – faiseur de rois ?
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Analyse

La gauche et la droite divisées, Liberman sera-t-il – encore – faiseur de rois ?

Trois éléments majeurs sont à retenir alors que les 32 partis ont déposé leurs listes de candidats auprès de la commission centrale électorale pour le vote du 17 septembre

Raoul Wootliff

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le leader de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman à Tel Aviv, le 30 juillet 2019 (Crédit :  Tomer Neuberg/ Flahs90)
Le leader de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman à Tel Aviv, le 30 juillet 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/ Flahs90)

A 47 jours du vote national du 17 septembre, les 32 partis qui doivent se présenter devant les électeurs ont déposé leurs listes de candidats à la Knesset auprès de la commission centrale électorale.

Voilà trois éléments à retenir de deux journées assez monotones pour la commission et ce alors que les formations se sont hâtées de faire enregistrer leurs listes avant la date-limite de dépôt de ces dernières qui était fixée jeudi à minuit :

1. Une droite divisée

Le drame le plus passionnant ayant précédé la clôture des inscriptions a été l’effort prolongé, qui a duré jusqu’au dernier moment, qui a visé à faire fusionner le parti extrémiste Otzma Yehudit avec l’alliance de la Droite unie, récemment formée.

Les pressions visant à trouver un accord ont duré jusqu’au dernier instant, le leader de la faction d’extrême-droite, Itamar Ben Gvir, disant que le Premier ministre Benjamin Netanyahu – qui a poussé à une fusion, craignant que des votes de droite ne se perdent si Otzma Yehudit ne parvenait pas à franchir le seuil électoral fixé à 3,25 % – lui avait demandé d’attendre encore un peu avant de s’enregistrer pour se présenter en solitaire.

Au final, néanmoins, ces efforts ont échoué et la Droite unie, dirigée par l’ex-ministre de la Justice Ayelet Shaked, une personnalité politique populaire, a présenté sa propre liste, sans représentants d’Otzma Yehudit ou du Zehut, le parti de droite dure et libertaire de Moshe Feiglin (et en l’absence, également, de candidats du petit parti Noam, anti-LGBT, qui avait temporairement accepté de s’unir à Otzma Yehudit.)

Le Likud avait (généreusement) estimé que ces trois formations pourraient remporter approximativement quatre à cinq pour cent des votes (soit les suffrages de 180 000 à 216 000 électeurs).

Cette décision de non-fusion – que la Droite unie a attribué à Ben Gvir qui, selon elle, aurait refusé de prendre une place sur la liste des candidats au-dessus de la huitième – pourrait finalement s’avérer favorable à l’union de la droite et défavorable à Netanyahu en réduisant ses chances de remporter le soutien d’au moins 61 membres de la Knesset sur 120.

Itamar Ben Gvir d’Otzma Yehudit parle aux journalistes avant le dépôt de sa liste pour les élections à la Knesset auprès de la commission centrale électorale, le 1er août 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Au lieu de réunir les partis marginaux de la droite israélienne, la nouvelle union en a rassemblé les factions dominantes – HaYamin HaHadash d’Ayelet Shaked et l’union sioniste religieuse, l’Union des partis de droite – ce qui garantit leur survie politique mais pas nécessairement celle de Netanyahu.

Cette alliance dirigée par Shaked pourrait devenir une menace directe aux propres soutiens du Premier ministre : si elle peut stimuler, d’une certaine manière, le bloc de droite, elle peut également drainer des électeurs du Likud en faveur de la Droite unie, de nombreux partisans du Likud étant susceptibles d’être séduits par Shaked et le type de parti qu’elle a mis en place.

Et en même temps, des dizaines ou des centaines de milliers de votes de droite pourraient bien être définitivement perdus lors du scrutin s’ils sont accordés aux factions de Ben-Gvir ou de Feiglin et que ces dernières échouent à franchir le seuil électoral.

2. Camp(s) démocratiques

De l’autre côté du spectre politique, ce sont également les espoirs d’une vaste union de gauche qui se sont évanouis jeudi. Cette union aurait été constituée par le Camp démocratique – qui résulte lui-même de la fusion entre le Meretz, le parti Démocratique israélien de l’ex-Premier ministre Ehud Barak et de l’ex-députée travailliste Stav Shaffir – et par le partenariat établi entre la formation travailliste et Gesher qui a été récemment annoncé.

Malgré des critiques significatives en interne concernant cette décision, le leader récemment élu à la tête des travaillistes, Amir Peretz, aura choisi de se présenter indépendamment du Camp démocratique et de positionner sa formation comme une faction socio-économique plutôt à gauche, et moins concentrée sur les questions liées à la diplomatie et à la paix.

La décision de Peretz de fusionner avec la faction de l’ancienne députée Orly Levy-Abekasis, qui se situe plus à droite de l’échiquier politique et qui a échoué à franchir le seuil électoral lors du dernier scrutin du mois d’avril, aura entraîné une colère persistante en interne.

D’autres membres du parti travailliste et notamment son numéro 2, Itzik Shmuli, avaient poussé Peretz à coopérer avec le Camp démocratique sur une liste conjointe de manière à glaner autant de sièges que possible pour la gauche.

Le député Amir Peretz, chef du parti Travailliste, à droite, et Orly Levy, chef du parti Gesher, lors d l’événement pour ouvrir leur nouveau quartier général de campagne à Tel Aviv, le 24 juillet 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Alors que Peretz et Levy-Abekasis présentaient leur liste dans la journée de jeudi, Shmuli s’est tenu à leurs côtés, disant aux journalistes à l’issue de cette intervention que le parti Travailliste était « le vrai camp des démocrates israéliens ».

Quelques heures auparavant, Shaffir, partenaire de Shmuli lorsque les deux personnalités avaient pris la tête du mouvement de protestation social de 2011, avait expliqué que sa formation était celle qui pourrait « garantir l’avenir de la démocratie israélienne ».

Le parti travailliste a été, ces dernières années, dans la tourmente, frappé par un glissement à droite de l’électorat israélien, par des troubles internes et par l’émergence de nouveaux acteurs politiques variés qui ont érodé sa base. Au cours du scrutin du mois d’avril, il est passé des 24 sièges qu’il avait obtenus dans le cadre de l’alliance de l’Union sioniste, en 2015, à seulement six. Au total, le parti n’a gagné que 4,43 % des votes nationaux.

La décision prise par Peretz de rester à l’écart du Camp démocratique déterminera si le parti travailliste, encore déchiré par les dissensions internes, sera en mesure de retrouver sa gloire d’autrefois. Il est plus probable – alors que la formation plane actuellement autour des six sièges, pas loin du seuil électoral (alors que le Camp démocratique pourrait s’enorgueillir, selon les sondages actuels, de neuf à douze sièges) – que cette campagne électorale s’avère finalement être un combat pour la survie même du parti de gauche historique.

3. Les avancées de Liberman

Tandis que la droite et la gauche seront restés en alerte, les uns face aux autres, jusqu’aux dernières heures qui ont précédé la date-butoir de jeudi soir, le seul parti majeur à avoir déposé sa liste mercredi en affichant sa désinvolture et en évitant les spéculations et les effets aura été Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman.

Premier à finaliser sa liste – et n’ayant besoin d’aucun partenaire pour ce faire – Yisrael Beytenu a été le symbole d’un parti vigoureux, digne de confiance et même centriste – une image que Liberman a cultivé au cours des dernières semaines. Le leader de la formation, il faut le dire, a des raisons d’avoir confiance au vu des avancées connues par le parti dans les sondages, sautant des cinq sièges remportés au mois d’avril à onze dans une enquête d’opinion qui a été rendue publique jeudi soir.

Selon un sondage de la Douzième chaîne, les partis de droite et ultra-orthodoxes gagneraient 54 sièges sans Liberman, tandis que les factions de centre-gauche et arabes en remporteraient 46. Cela signifie qu’aucun d’entre eux ne serait en mesure de former une coalition en l’absence de Yisrael Beytenu. Cela signifie aussi que l’ex-ministre de la Défense et ex-ministre des Affaires étrangères pourrait tenir un rôle d’arbitrage et que Netanyahu se trouverait probablement dans l’incapacité de mettre en place une coalition sans lui.

Le leader de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, lors d’un événement de campagne pour son parti à Tel Aviv, le 30 juillet 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Une telle configuration des événements amènerait Liberman à être, pour la deuxième fois cette année, le faiseur de rois dans la formation d’un gouvernement. Au mois de mai, quelques semaines après les élections, Netanyahu avait échoué à établir une nouvelle coalition lorsque Liberman avait refusé de rejoindre son gouvernement.

Elément peut-être encore plus significatif pour Liberman, le sondage de jeudi a montré que la moitié des électeurs israéliens voulaient voir un gouvernement d’unité entre les formations du Likud et de Kakhol lavan qui ne comprendrait pas les factions ultra-orthodoxes. Yisrael Beytenu a juré, s’il devait assumer un rôle d’arbitrage, de pousser à la formation d’une coalition formée du Likud et de Kakhol lavan qui n’intégrerait pas en son sein les partis religieux.

Ainsi, dans un contexte de divisions frappant la droite comme la gauche israélienne, Liberman émerge dorénavant du bourbier très exactement là où il a voulu être – comme l’homme qui, potentiellement, détiendra la clé d’une union très différente : celle d’un gouvernement d’unité.

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