« Utoya, 22 juillet »: un film qui fait revivre la tuerie du néo-nazi Breivik
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« Utoya, 22 juillet »: un film qui fait revivre la tuerie du néo-nazi Breivik

Conscient de rouvrir des plaies, le réalisateur estime que "si on attend que ça ne fasse plus mal, ça sera trop tard"

Des fleurs déposées devant la cathédrale d'Oslo le lendemain du massacre de 77 personnes par Anders Behring Breivik, en 2011. (Crédit : Johsgrd/CC-BY-SA/Flickr)
Des fleurs déposées devant la cathédrale d'Oslo le lendemain du massacre de 77 personnes par Anders Behring Breivik, en 2011. (Crédit : Johsgrd/CC-BY-SA/Flickr)

Plus de sept ans après la tragédie, « Utoya, 22 juillet », en salles mercredi, reconstitue la tuerie d’Utoya perpétrée par le néo-nazi Breivik. Un film qui fait revivre en temps réel cette journée noire du côté des jeunes Norvégiens visés.

Conscient de rouvrir des plaies dans son pays, le réalisateur Erik Poppe a justifié sa démarche au dernier Festival de Berlin, où le film était sélectionné en compétition. « Si on attend que ça ne fasse plus mal, ça sera trop tard. C’est dur, mais ça doit participer du processus de guérison », a-t-il expliqué.

22 juillet 2011: déguisé en policier, l’extrémiste de droite Anders Behring Breivik traque pendant plus d’une heure les participants à un camp d’été de la Jeunesse travailliste et abat 69 d’entre eux, pour la plupart des adolescents.

N’ayant jamais exprimé de remords, il a ensuite justifié ses crimes, les plus graves de l’histoire d’après-guerre en Norvège, par le fait que ses victimes embrassaient le multiculturalisme.

Pour Erik Poppe, ancien photographe de guerre, l’idée du film est née car « le souvenir de ce qui s’était passé sur cette île s’estompait », occulté par les multiples provocations de Breivik et le débat sur un mémorial dédié aux victimes.

Le Norvégien a rapidement écarté l’idée d’un documentaire. « Avec une fiction, on arrive peut-être à raconter quelque chose plus près de la réalité » qu’en se focalisant sur quelques témoignages.

C’est en consultant les survivants et les proches de victimes qu’il s’est mis à faire un récit « entièrement du côté des jeunes » avec de longues prises de vue, dont une séquence de 72 minutes. Soit le temps exact qu’a duré la tuerie sur la petite île, au nord-ouest d’Oslo. Un élément qui a notamment convaincu l’actrice Andrea Berntzen, 19 ans, de se lancer dans le projet.

Pendant une heure et demie, le film suit le personnage qu’elle interprète, Kaja, une jeune fille sérieuse qui prend soin de sa sœur plus délurée, Emilie, et n’aura de cesse de la rechercher dès qu’elle entendra les premiers coups de feu.

Anders Behring Breivik faisant un salut nazi à son arrivée à son procès contre l’État, le 15 mars 2016. (Crédit : Jonathan Nackstrand/AFP)

De la tuerie, le film ne montre presque rien, à l’exception de jeunes blessés ou agonisants. Il se concentre sur les bruits angoissants et les sentiments des jeunes luttant pour leur survie sur l’île. Du tireur, on ne voit qu’une silhouette au loin.

Pour ne pas réveiller de souvenirs douloureux, le film a été tourné sur une île proche d’Utoya, mais pas sur place, avec des acteurs pour la plupart amateurs.

Un autre film sur ce drame, « Un 22 juillet » du Britannique Paul Greengrass, présenté en compétition à la dernière Mostra de Venise, a été diffusé en octobre sur Netflix.

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