Washington salue le retrait de la résolution de l’ONU contre le plan de paix
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Washington salue le retrait de la résolution de l’ONU contre le plan de paix

Après le retrait de l'initiative prise par les Palestiniens, un représentant de Trump déclare que l'organisme mondial a "démontré que l'ancienne façon de faire est terminée"

Le président palestinien Mahmoud Abbas s'exprime lors d'une réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations unies, mardi 11 février 2020. (AP Photo/Seth Wenig)
Le président palestinien Mahmoud Abbas s'exprime lors d'une réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations unies, mardi 11 février 2020. (AP Photo/Seth Wenig)

WASHINGTON – Après un débat houleux au Conseil de sécurité de l’ONU mardi, au cours duquel tous les pays membres sauf les États-Unis et Israël ont pris leurs distances par rapport au plan de paix du président Donald Trump, la Maison Blanche a salué le retrait d’une résolution rejetant la proposition.

L’administration aurait exercé de fortes pressions sur les critiques pour qu’ils abandonnent la mesure, introduite par l’Indonésie et la Tunisie, et les diplomates ont abandonné quand celle-ci est apparue comme risquant de ne pas disposer des neuf voix sur quinze nécessaires pour obtenir son adoption et donnant lieu à un veto des États-Unis.

« En ne proposant pas de résolution polarisante, le Conseil de sécurité des Nations unies a démontré que l’ancienne façon de faire les choses est terminée », s’est réjoui un haut responsable de l’administration Trump auprès du Times of Israel.

« Pour la première fois concernant la question israélo-palestinienne, le Conseil a accepté de sortir des sentiers battus et de ne pas se replier sur la position palestinienne figée, qui n’a fait que perpétuer l’échec du statu quo ».

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas présente une carte du plan du président américain Donald Trump pour le Moyen-Orient alors qu’il s’adresse au Conseil de sécurité de l’ONU au siège des Nations unies, le 11 février 2020 à New York. (Johannes EISELE / AFP)

Les responsables palestiniens insistent sur le fait qu’ils pourraient encore proposer une résolution au Conseil de sécurité, peut-être plus tard dans la semaine. Le projet initial du texte, qui disait que le plan violait le droit international, a été assoupli pour dire qu’il s’écarte des paramètres acceptés pour un règlement israélo-palestinien.

« L’incapacité des Palestiniens à organiser un vote ce soir montre le changement que la communauté internationale connaît depuis quelques années », a déclaré mardi Ron Prosor, ancien ambassadeur israélien auprès des Nations unies, au Times of Israel.

Il y a deux ans, les Palestiniens ont facilement convaincu de nombreux pays de voter en faveur d’une résolution condamnant la reconnaissance de Jérusalem par les États-Unis comme capitale d’Israël. Washington avait opposé son veto à cette résolution.

« Cette fois, ils n’ont même pas neuf pays derrière eux », a commenté Ron Prosor. « Cela montre que les pays ont maintenant des priorités différentes et qu’ils font passer leurs propres intérêts en premier. Bien sûr, ils iront probablement à l’Assemblée générale où ils ont une majorité automatique pour adopter une résolution, mais la majorité pourrait ne pas être aussi importante qu’elle l’était après la déclaration de Jérusalem ».

Lors de la session du Conseil de sécurité de mardi, les représentants des 15 États-membres ont pris la parole. Tous – à l’exception des envoyés israélien et américain – ont déclaré leur soutien respectif aux paramètres traditionnellement acceptés d’un accord de paix israélo-palestinien.

Certains se sont félicités de l’initiative américaine, affirmant qu’elle avait donné un nouvel élan au processus de paix qui était au point mort. Mais tous ont précisé que leurs positions n’avaient pas changé.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à gauche) s’adresse au Conseil de sécurité des Nations unies au siège des Nations unies, le 11 février 2020 à New York. (Johannes EISELE / AFP)

« L’Allemagne reste fermement attachée à une solution négociée à deux États, basée sur les lignes du 4 juin 1967, avec des échanges de terres équivalents qui pourraient être convenus entre les parties, avec Jérusalem comme future capitale des deux États », a souligné Jürgen Schulz, ambassadeur adjoint de l’Allemagne auprès des Nations unies.

L’ambassadrice du Royaume-Uni, Karen Pierce, a fait savoir que la position de longue date de la Grande-Bretagne n’avait pas changé : « Nous soutenons un règlement négocié menant à un Israël sûr et sécurisé vivant aux côtés d’un État palestinien viable et souverain, basé sur les frontières de 1967 avec des échanges de terres négociés, Jérusalem comme capitale commune des deux États, et un règlement juste, équitable, négocié et réaliste pour les réfugiés », a-t-elle déclaré.

Rompant avec les administrations américaines précédentes, le plan Trump envisage la création d’un État palestinien dans environ 70 % de la Cisjordanie, une petite poignée de quartiers à Jérusalem-Est, la majeure partie de Gaza et certaines zones du sud d’Israël – si les Palestiniens reconnaissent Israël comme un État juif, désarment le Hamas et les autres groupes terroristes dans l’enclave côtière et remplissent d’autres conditions.

Le plan permet également à Israël d’annexer des implantations, d’accorder à l’État juif la souveraineté sur la vallée du Jourdain et un contrôle de sécurité primordial à l’ouest du fleuve, et d’interdire aux réfugiés palestiniens de s’installer en Israël.

Les membres européens du Conseil ont tous exprimé leur profonde inquiétude quant au projet d’Israël d’appliquer sa souveraineté sur de larges pans de la Judée-Samarie (Cisjordanie).

« L’annexion de toute partie du territoire palestinien occupé [sic], y compris Jérusalem-Est, constitue une violation du droit international, compromet la viabilité de la solution à deux États et met en péril les perspectives d’une paix juste, globale et durable », a soutenu le ministre belge des Affaires étrangères, s’exprimant au nom de son propre pays, ainsi que de l’Allemagne, de l’Estonie, de la France et de la Pologne. « Conformément au droit international et aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies, nous ne reconnaissons pas la souveraineté d’Israël sur les territoires occupés [sic] depuis 1967 ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans l’implantation de Mevoot Yericho à l’occasion de la fête juive de Tou Bichvat dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie, le 10 février 2020. (Crédit : Flash90)

Les représentants de l’Indonésie, de la Tunisie, de l’Afrique du Sud, du Vietnam, de la Chine, de la Russie, de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, du Royaume-Uni et de la République dominicaine, dans leurs déclarations respectives, ont également insisté sur le fait que la base des pourparlers de paix doit rester la solution à deux États menant à un État palestinien sur les lignes de 1967, avec des échanges mutuellement négociés, et Jérusalem comme capitale partagée de la Palestine et d’Israël.

Le haut responsable de l’administration Trump a pourtant indiqué que Washington était « optimiste quant à l’ouverture d’esprit des pays à l’égard de notre vision pour la paix, et qu’ils étaient prêts à avoir une discussion honnête et ouverte sur celle-ci comme base possible pour relancer les négociations en vue d’une solution réaliste à deux États. Comme nous l’avons toujours dit, notre plan est le début d’un processus et non la fin ».

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a rejeté le plan américain devant le Conseil mardi, mais a fait savoir qu’il serait disposé à ouvrir des négociations avec Israël sous le patronage du Quartet et sur la base des résolutions internationales.

Le Quartet est composé des États-Unis, de la Russie, de l’ONU et de l’Union européenne.

« Je suis venu devant vous tous aujourd’hui pour affirmer la position palestinienne qui rejette l’accord américano-israélien », a déclaré Abbas. « Il a légalisé ce qui est illégal : la construction de colonies et la confiscation et l’annexion de terres palestiniennes. J’affirme, ici, qu’il est nécessaire que cet accord ou toute partie de celui-ci ne soit pas considéré comme une référence internationale pour les négociations ».

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