Yair Lapid, à la tête d’une délégation de ministres au Maroc
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Yair Lapid, à la tête d’une délégation de ministres au Maroc

Le ministre des Affaires étrangères va ouvrir une mission à Rabat et rencontrer son homologue marocain ; ce séjour de 48 heures est le 1er d'un chef de la diplomatie depuis 2003

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid, s'exprime lors d'une réunion de faction à la Knesset à Jérusalem, le 19 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid, s'exprime lors d'une réunion de faction à la Knesset à Jérusalem, le 19 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre des Affaires étrangères est arrivé pour une visite de deux jours au Maroc, mercredi – la toute première visite officielle d’un chef de la diplomatie israélienne depuis 2003 et le séjour de plus haut-rang depuis qu’un accord rétablissant les liens diplomatiques entre les deux pays a été signé, l’année dernière, entre Jérusalem et Rabat, après environ deux décennies.

« Nous avons atterri au Maroc. Fier de représenter Israël durant cette visite historique », a-t-il écrit sur Twitter à l’atterrissage de son vol opéré par la compagnie nationale israélienne El Al.

Lapid ouvrira officiellement le Bureau de Liaison israélien à Rabat dans l’après-midi et il rencontrera son homologue marocain, Nasser Bourita.

Jeudi, Lapid rencontrera, à Casablanca, la communauté juive locale. Il assistera à un office de prière à la synagogue Beth-El.

Ce voyage suit la signature d’un accord rétablissant les liens entre le royaume chérifien et Israël, un accord qui a été négocié par les États-Unis. Les relations entre les deux pays avaient été rompues en l’an 2000 à l’aube de la Seconde intifada. Même si l’État juif et le Maroc n’entretiennent pas de liens diplomatiques intégraux, les responsables israéliens ont indiqué qu’ils s’attendaient à ce que Rabat revoie encore à la hausse les relations entre les deux États et, qu’à terme, des missions diplomatiques à part entière soient installées.

« Cette visite historique est une continuation de l’amitié de longue haleine, des racines profondes et des traditions que partagent la communauté juive du Maroc et la vaste communauté des Israéliens originaires du Maroc », avait déclaré Lapid, se référant au million et plus d’Israéliens d’origine marocaine dont un grand nombre se rend régulièrement dans ce pays d’Afrique du nord.

« Cela sera une visite où nous discuterons d’activités politiques et économiques et nous allons continuer à œuvrer en faveur d’accords qui apporteront l’innovation et les opportunités à nos pays », avait-il ajouté.

Lapid n’est pas parti seul : Il est accompagné par le ministre des Affaires sociales Meir Cohen, qui est né à Essaouira, au Maroc ; par le directeur-général du ministère des Affaires étrangères Alon Ushpiz; par le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset Ram Ben Barak et par le haut-responsable du ministère de la Santé Inbar Zucker.

Des touristes israéliens arrivent à l’aéroport international de Marrakech-Menara sur le premier vol commercial direct entre Israël et le Maroc, le 25 juillet 2021. (Crédit : FADEL SENNA / AFP)

Le ministre des Affaires étrangères David Levy s’était rendu au Maroc au mois de décembre 1999. En 2003, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Silvan Shalom, avait fait une visite officielle dans le pays – une tentative de convaincre Rabat de reprendre des relations diplomatiques qui avait avorté.

Dans les années qui avaient suivi et malgré l’absence de liens officiels, le Maroc et Israël avaient entretenu une relation discrète dans le secteur du commerce des armes et le royaume avait continué à autoriser les touristes israéliens à entrer sur son territoire mais seulement dans le cadre de voyages organisés.

Le premier vol commercial direct entre les deux pays a décollé au mois de juillet, soit sept mois après la signature de l’accord qui a rétabli les relations et qui prévoit l’ouverture réciproque de bureaux diplomatiques – mais pas d’ambassades.

Une source proche de la diplomatie israélienne a estimé le mois dernier que les liens avec le royaume chérifien « se transformeront en relations diplomatiques à part entière ».

Pour les experts, le voyage de Lapid apportera au ministre des Affaires étrangères une occasion non seulement d’améliorer les relations bilatérales mais également le statut d’Israël dans la région.

« L’importance des opportunités régionales et multirégionales offertes par l’amélioration des relations entre Israël et le Maroc pourrait aider à transformer les liens actuels en relations diplomatiques à part entière, avec l’ouverture réciproque d’ambassades, et injecter une substance nouvelle dans ces liens en développement », a dit Nimrod Goren, le président of Mitvim – l’institut israélien de politique étrangère régionale.

« La normalisation avec le Maroc a déjà récemment aidé Israël qui a pu revendiquer un statut d’observateur à l’Union africaine et cela pourrait renforcer, à terme, l’impact d’Israël dans la région, promouvoir la participation Israël-Maroc dans les programmes de l’UE au financement important. Cela pourrait aussi soutenir les canaux de dialogue politique israélo-palestiniens de haut-rang et permettre aux firmes israéliennes d’intégrer la coopération commerciale mise en place entre le Maroc et les Émirats arabes unis », a-t-il expliqué.

Le ministre marocain des affaires étrangères, Nasser Bourita, lors d’une conférence de presse après s’être entretenu avec son homologue espagnol, à Rabat, au Maroc, le 3 juin 2019. (Crédit : AP Photo/Mosa’ab Elshamy)

Au mois de juillet, Lapid a invité son homologue marocain, Nasser Bourita, à venir au sein de l’État juif.

« Après mon voyage au Maroc, le ministre Bourita viendra en Israël pour y ouvrir une mission », a déclaré Lapid lors d’une réunion de faction de Yesh Atid à la Knesset à ce moment-là.

Le directeur-général du ministère des Affaires étrangères, Alon Ushpiz, s’est pour sa part rendu dans le royaume, début juillet, pour transmettre l’invitation écrite par Lapid au cours d’une rencontre avec Bourita.

Lapid soulignait dans son courrier que cette reprise des relations entre les deux pays était un tournant historique. Le chef de la diplomatie israélienne exprimait également son désir de faire progresser encore la coopération bilatérale dans les secteurs du commerce, de la technologie, de la culture et du tourisme.

Le conseiller à la sécurité nationale israélien Meir Ben-Shabbat s’adresse à la presse au palais royal de Rabat, au Maroc, le 22 décembre 2020. (Crédit : Judah Ari Gross / Times of Israel)

Le mois dernier également, un avion de l’armée marocaine s’est posé sur la base aérienne Hatzor, au sein de l’État juif. Il y était attendu pour prendre part à un exercice militaire multinational, selon des informations.

La reprise des relations avec le Maroc est arrivée dans le cadre d’une vague historique d’accords diplomatiques signés entre Israël et des États arabes dont les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan. A la fin du mois de juin, Lapid est allé aux EAU – un déplacement historique – pour l’ouverture de l’ambassade israélienne d’Abu Dhabi et pour l’inauguration du consulat de Dubaï.

Judah Ari Gross et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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