Un dirigeant du Centre Simon Wiesenthal a accusé Israël de « renoncer à son devoir » envers les survivants de l’Holocauste après la rencontre du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de son homologue croate cette semaine. Netanyahu n’a pas mentionné le piètre bilan de la Croatie pendant le génocide dans le communiqué qui a suivi cette réunion.

L’accusation faite mardi par Efraim Zuroff, chercheur connu spécialiste de l’Holocauste, chasseur de nazis et directeur des opérations en Europe de l’Est du Centre, intervient pendant la visite officielle en Israël du Premier ministre croate Andrej Plenkovic, et en plein conflit entre son gouvernement et la communauté juive croate.

Citant l’ « échec » du gouvernement croate à citer publiquement le rôle des membres pronazis du mouvement fasciste Oustachi dans le meurtre de juifs croates pendant l’Holocauste, la direction de la principale organisation juive du pays avait annoncé qu’elle n’assisterait pas à la commémoration organisée au Parlement le 27 janvier, date de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste.

« Le problème, c’est que le gouvernement relativise tout ce qui a à voir avec l’Holocauste », a déclaré lundi à Reuters Ognjen Kraus, président du Comité de coordination des communautés juives de Croate. Son organisation avait boycotté l’évènement de l’année dernière pour les mêmes raisons.

La présidente croate Kolinda Grabar Kitarovic avait été photographiée en novembre avec un drapeau du régime fasciste de Croatie de la Seconde Guerre mondiale. Ce mois-là, des vétérans de la Seconde Guerre mondiale avait fait graver un slogan oustachis sur une plaque commémorative posée dans la ville de Jasenovac. Les autorités avaient ignoré les plaintes de la communauté juive, qui demandait le retrait de la plaque.

La présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic pose avec un drapeau portant le blason du régime croate pro-nazi de la Seconde Guerre mondiale, pendant un voyage au Canada en novembre 2016. (Crédit : Facebook)

La présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic pose avec un drapeau portant le blason du régime croate pro-nazi de la Seconde Guerre mondiale, pendant un voyage au Canada en novembre 2016. (Crédit : Facebook)

La semaine dernière, un proviseur croate a fait fermer une exposition sur l’Holocauste en partie mise en place par la Maison d’Anne Frank à Amsterdam dans son lycée.

Il a déclaré aux médias locaux qu’il n’était pas d’accord avec la présentation des miliciens d’Oustachi comme des tueurs. Zuroff a écrit lundi à l’ambassade de Croatie en Israël pour demander le renvoi du proviseur.

Les Oustachis sont responsables des meurtres de la majorité des 30 000 juifs croates assassinés pendant l’Holocauste, selon Yad Vashem. Seuls 20 % de la communauté juive pré-Holocauste du pays a survécu au génocide.

Et pourtant, le communiqué de presse de Netanyahu sur sa rencontre avec Plenkovic n’a fait aucune mention, directe ou indirecte, de ces controverses. A la place, il a remercié la Croatie pour son aide pendant la vague d’incendies qui a balayé Israël en novembre, il a salué la Croatie, membre de l’Union européenne, pour son soutien à Israël sur la scène internationale, et l’a appelée à continuer à aider Israël à lutter contre le « terrorisme islamique militant ».

Simon Wiesenthal Center's Efraim Zuroff. (Photo credit: JTA via Creative Commons)

Efraim Zuroff. (Crédit : JTA via Creative Commons)

Zuroff a déclaré que bien qu’il comprenne le besoin d’Israël de préserver et de nourrir ses relations amicales avec les pays d’Europe de l’Est, l’Etat juif a néanmoins « actuellement assez de poids pour trouver le moyen d’exprimer ses préoccupations sur le révisionnisme de l’Holocauste et les abus du souvenir de la Shoah sans nécessairement nuire à ses relations bilatérales. »

Il a ajouté qu’Israël « semble plus impatient de se présenter pour recevoir différentes compensations liées à l’Holocauste que pour préserver la mémoire des victimes et assumer ses obligations liées à son statut d’Etat juif. »