L’ambassade israélienne à Ankara a été évacuée vendredi, alors que des partisans d’un parti ultra-nationaliste manifestaient devant la mission diplomatique contre la création d’un « second Israël » au Kurdistan irakien.

Utku Reyhan, secrétaire général du Parti de la Patrie, a déclaré dans un communiqué de presse que le référendum d’indépendance unilatérale, qui doit être organisé le 25 septembre par le gouvernement régional du Kurdistan, était une « déclaration de guerre de l’impérialisme américain et du sionisme israélien contre les pays de la région. »

Les tentatives visant à établir un état kurde, « que notre parti appelle un ‘second Israël’ depuis 30 ans », menacent l’intégrité territoriale de la Turquie et de l’Irak, a-t-il affirmé.

Avec des bannières affirmant « nous n’autoriserons pas un second Israël », le Parti de la Patrie a manifesté samedi à la base aérienne Incirlik d’Adana, dans le sud de la Turquie, et prévoyait une manifestation devant le consulat israélien d’Istanbul mardi.

Massoud Barzani, président de la région autonome du Kurdistan irakien. (Crédit : Facebook)

Massoud Barzani, président de la région autonome du Kurdistan irakien. (Crédit : Facebook)

Ces derniers jours, les médias turcs ont affirmé que Massoud Barazani, le leader kurde, avait conclu un accord secret avec Jérusalem pour que les descendants des Juifs kurdes en Israël soient rapatriés au Kurdistan après le référendum.

Le Parti de la Patrie est un petit parti ultra-nationaliste qui exerce un pouvoir disproportionné par rapport à sa taille grâce à sa forte présence au sein des services de sécurité turcs.

Son chef, Dogu Perincek, s’oppose aux Kurdes et aux partisans de Fethullah Gülen, figure politique et religieuse turque réfugiée aux Etats-Unis, que le président turc Recep Tayyip Erdogan accuse d’avoir fomenté le coup d’état raté de juillet 2015.

Nouri al-Maliki, l’influent vice-président et ex-Premier ministre irakien, a dit lui aussi dimanche refuser que le Kurdistan devienne « un deuxième Israël » et prévenu que le référendum du 25 septembre sur l’indépendance de cette région autonome aurait des « conséquences dangereuses » pour l’Irak.

Il faut que les Kurdes « annulent ce référendum, qui est contraire à la Constitution et ne sert pas l’intérêt général du peuple irakien, ni même l’intérêt particulier des Kurdes », a plaidé Maliki lors d’une rencontre avec l’ambassadeur des Etats-Unis, Douglas Silliman.

« Nous ne permettrons pas la création d’un deuxième Israël au nord de l’Irak », a ajouté le chef de l’Alliance de l’État de droit, principale coalition au sein du Parlement, selon un communiqué de son bureau.

Ce référendum, a-t-il poursuivi, « aura des conséquences dangereuses pour la sécurité, la souveraineté et l’unité de l’Irak ».

La Turquie et l’Iran se sont fermement opposés au référendum d’indépendance kurde, tout comme le gouvernement fédéral irakien, qui juge cette initiative contraire à la Constitution. Ankara et Téhéran redoutent qu’il n’encourage les velléités séparatistes de leurs minorités kurdes.

La Maison Blanche à Washington. Illustration. (Crédit : Rachael Cerrotti/Flash90)

La Maison Blanche à Washington. Illustration. (Crédit : Rachael Cerrotti/Flash90)

Les Etats-Unis, l’Union européenne et même certains membres de la minorité kurde irakienne, qui compte 5,5 millions de personnes, se sont opposés à ce vote.

Vendredi, la Maison Blanche a appelé à l’abandon du référendum, jugeant qu’il serait « provocateur » et « déstabilisant ».

Réaffirmant sa conviction que cette consultation serait une entrave à la lutte contre le groupe terroriste de l’Etat islamique (EI) et à la « stabilisation des zones libérées », Washington exprime clairement son désaccord après un vote du Parlement kurde irakien en faveur de cette consultation.

« Nous appelons le gouvernement régional kurde à abandonner le référendum et à entamer un dialogue sérieux avec Bagdad dans lequel les Etats-Unis ont toujours été prêts à jouer un rôle de facilitateur », indique l’exécutif américain dans un communiqué.

Les responsables kurdes affirment qu’une victoire du « oui » n’entraînerait pas aussitôt l’annonce de l’indépendance mais leur permettrait de lancer, en position de force, de nouvelles négociations avec le pouvoir à Bagdad.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a été l’un des rares dirigeants à soutenir un état kurde indépendant, tout en condamnant le groupe terroriste kurde du PKK.