Un groupe d’universitaires affiliés à l’UNESCO a critiqué l’agence pour ses récentes résolutions partiales concernant Jérusalem. Ils ont demandé une nouvelle approche des lieux saints sensibles, qui prenne en considération les sensibilités religieuses de chacun.

« Les décisions de l’UNESCO sur les lieux saints de Jérusalem ne se sont pas appuyées sur les connaissances et sur les experts », ont indiqué les universitaires dans un communiqué commun publié jeudi à la conclusion d’une conférence dans la capitale israélienne.

« La réalité de Jérusalem est complexe. La complexité est la solution, pas le problème. Comprendre les situations à plusieurs niveaux et éviter les réponses simplistes, inadéquates et clivantes qui peuvent, et ont, des conséquences nuisibles, nécessite une expertise académique. »

Les 15 universitaires qui ont publié ce communiqué sont membres du réseau UNITWIN de l’agence des Nations unies pour les études interreligieuses et interculturelles. Les signataires sont notamment des experts en études interculturelles des Etats-Unis, d’Israël, de France, du Tadjikistan, de Nouvelle-Zélande, de la Russie et de l’Inde.

Ce mois-ci, l’administration américaine a annoncé que les Etats-Unis se retiraient de l’UNESCO.

Israël a félicité Washington de cette décision, le Premier ministre Benjamin Netanyahu déclarant que l’UNESCO était « devenue un théâtre de l’absurde » qui déforme l’histoire au lieu de la préserver.

Il a ordonné au ministère des Affaires étrangères de « préparer le retrait d’Israël de l’UNESCO, parallèlement aux Etats-Unis. »

Audrey Azoulay, ancienne ministre française de la Culture et nouvelle directrice de l'UNESCO, en conférence de presse suite à son élection, au siège de l'UNESCO à Paris, le 13 octobre 2017. (Crédit : Thomas Samson/AFP)

Audrey Azoulay, ancienne ministre française de la Culture et nouvelle directrice de l’UNESCO, en conférence de presse suite à son élection, au siège de l’UNESCO à Paris, le 13 octobre 2017. (Crédit : Thomas Samson/AFP)

Le lendemain, Audrey Azoulay, ancienne ministre française de la Culture, a battu son concurrent qatari et a été élue directrice générale de l’UNESCO. Comme elle est juive, des responsables israéliens ont espéré que l’organisation allait remiser son parti-pris anti-Israël. Azoulay a plaidé pour une plus grande implication des états membres, et s’est opposée à leur retrait.

« La directrice générale élue semble avoir la volonté d’apporter du changement », a dit Steven Shankman, professeur d’études transculturelles, de dialogue interreligieux et de paix à l’université de l’Oregon.

« Il ne suffit pas de pointer les fautes des procédures de l’UNESCO. Nous, universitaires de l’UNESCO, pouvons critiquer, mais nous pouvons également montrer la voie à suivre. Notre appel est non seulement une voix académique critique, mais aussi un message d’espoir pour le futur de l’UNESCO. »

Intitulé « Nommer le sacré », la conférence de trois jours était organisée pour discuter d’une série de résolutions adoptées par l’UNESCO et qui ont ignoré les relations entre le peuple juif et Jérusalem, et nié les revendications israéliennes sur la ville.

Le 2 mai, par exemple, le comité exécutif de l’UNESCO a adopté une résolution sur la « Palestine occupée », qui indiquait qu’Israël n’avait aucun droit légal ou historique dans Jérusalem. Soumise par l’Algérie, l’Egypte, le Liban, le Maroc, Oman, le Qatar et le Soudan, la résolution a été adoptée par 22 pays. Pendant le vote, 23 pays se sont abstenus, 10 ont voté contre, et les représentants de trois pays étaient absents.

Quelques jours avant la conférence de la semaine dernière, le 11 octobre, le comité exécutif de l’agence a voté à l’unanimité le report du vote de deux résolutions anti-Israël, une décision sans précédent saluée par Israël.

Des universitaires affiliés à l'UNESCO pendant une conférence à Jérusalem, en octobre 2017. (Crédit : autorisation)

Des universitaires affiliés à l’UNESCO pendant une conférence à Jérusalem, en octobre 2017. (Crédit : autorisation)

« Appliquer le pouvoir de la pression politique aux lieux saints nuit à la crédibilité de l’UNESCO », a dit l’un des signataires du communiqué, Alberto Melloni, professeur de pluralisme religieux et de paix à l’université de Bologne, en Italie.

La rencontre, co-organisée par l’Elijah Interfaith Institute de Jérusalem, le Jérusalem Press Club, et la Fondation Konrad Adenauer, « a été convoquée en réponse aux récentes décisions de l’UNESCO et à la crise qu’elles ont générée, une crise qui porte atteinte au cœur même du processus du patrimoine mondial de l’UNESCO et de la crédibilité de l’UNESCO », ont dit les universitaires dans leur communiqué.

« En réponse à la crise présente, nous recommandons les choses suivantes : un nouveau processus doit être développé pour que l’UNESCO maximise ses ressources et son potentiel, particulièrement en consultant ses universitaires compétents. De telles consultations doivent précéder les décisions prises par l’organisation, pour assurer que les décisions et recommandations sont prises de manière informée, comme cela sied à l’UNESCO. »

Toute situation aussi complexe que le conflit israélo-palestinien « doit refléter correctement les narratifs multiples de ceux qui sont impliqués », peut-on lire dans le communiqué. Pour être efficace, [la démarche de l’UNESCO] doit être basée sur le sentiment de toutes les parties d’avoir été entendues, et il faut qu’un processus de compréhension émerge de présentations équilibrées historiquement et de bonne foi par toutes les parties du conflit. »

Des décisions passées ont déjà nui à la réputation et à l’efficacité de l’UNESCO, ont souligné les universitaires. Ceci ne peut être évité que si leurs préoccupations sont prises en considération, ont-ils affirmé. « Notre communiqué est une voix d’inquiétude et d’espoir pour le futur de l’UNESCO », ont-ils conclu.

Le rabbin Alon Goshen-Gottstein (Crédit : Facebook)

Le rabbin Alon Goshen-Gottstein (Crédit : Facebook)

Alon Hoshen-Gattstein, de l’Elijah Interfaith Institute, a jugé que le communiqué des universitaires était équilibré puisqu’il ne prend pas partie dans le conflit.

« Plutôt que de s’exprimer directement en faveur d’Israël, il s’attaque au sujet de la perspective de l’intégrité de l’UNESCO, de sa réputation, tout cela étant mis en lumière par la crise que l’organisation traverse », a-t-il dit dimanche au Times of Israël.

« L’importance de ce communiqué est qu’il ne vient pas favoriser l’une ou l’autre partie. Il souligne le besoin d’une procédure adéquate, basée sur des fondations académiques, au cœur du mandat de l’UNESCO, et que l’UNESCO n’a pas suivie. Par conséquent, personne ne peut contester le communiqué pour des raisons politiques, en préférant l’une ou l’autre partie. C’est un communiqué qui touche au cœur du problème de l’UNESCO. »