Quelque chose d’inhabituel sur la page d’accueil de la Maison Blanche est survenu au lendemain du jour où le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré le président américain Donald Trump pour la première fois à la Maison Blanche.

Netanyahu se trouvait encore à Washington dans la soirée du 16 février lorsque, entre 21h30 et 22h00, un nouveau lien est apparu au bas du site, dans la catégorie « Impliquez-vous », en plus des éléments en soutien à « l’autonomisation des dirigeantes », le plan de Trump pour stimuler l’emploi, et de l’homme qu’il a nommé à la Cour Suprême, Neil Gorsuch.

Intitulé « Le président Trump est aux côtés d’Israël », le nouveau lien menait à une page sur laquelle le leader du monde libre déclare, sans plus d’explications, qu’il « se tient aux côtés d’Israël en solidarité pour réaffirmer le lien inébranlable entre nos deux nations et pour promouvoir la sécurité et la prospérité pour tous. »

La page invite les utilisateurs à signer de leurs noms en donnant leur adresse courriel pour montrer qu’ils restent aux côtés « du président Trump et du Premier ministre Netanyahu ».

Tandis que l’amitié de Netanyahu n’est pas un secret, ces éléments placés en permanence sur la page d’accueil de la Maison Blanche – la mention est encore présente un mois après la visite de Netanyahu – sont hautement surprenants. Aucun autre pays étranger – sans même parler d’un politicien – n’a bénéficié de cet honneur.

Et pourtant, après presque une semaine entière durant laquelle son représentant spécial pour les relations internationales, Jason Dov Greenblatt, a visité la région pour tenter de redonner vie au processus de paix israélo-palestinien, on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression que dans les mois à venir, Washington ne se placera pas de manière inconditionnelle aux côtés d’Israël sur toutes les affaires relatives au conflit. L’emploi du temps de Greenblatt, ses interactions et ses commentaires signalent pleinement une tentative réelle de prendre en considération également les inquiétudes exprimées par Ramallah.

Jason Greenblatt, conseiller du président américain Donald Trump, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 14 mars 2017. (Crédit : Matty Stern/ambassade américaine de Tel Aviv)

Jason Greenblatt, conseiller du président américain Donald Trump, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 14 mars 2017. (Crédit : Matty Stern/ambassade américaine de Tel Aviv)

La visite de quatre jours de l’envoyé, dont huit heures passées en deux sessions d’entretien au bureau du Premier ministre, démontre très clairement que Trump n’a pas l’intention d’être le ‘béni oui-oui’ de Netanyahu.

Selon des gens qui ont parlé avec Greenblatt, son patron – qui s’enorgueillit d’avoir la maîtrise de « l’art de l’accord » – est déterminé à trouver un accord de paix israélo-palestinien. Trump lui-même « a exprimé son fort désir de trouver une solution globale, juste et durable au conflit israélo-palestinien », est-il écrit dans un communiqué émis après avoir rencontré mercredi le prince héritier Mohammed bin Salman. Et Greenblatt a travaillé excessivement dur pour être perçu par les acteurs rencontrés en Israël, en Cisjordanie et en Jordanie comme un négociateur honnête.

L’art de la diplomatie

L’avocat devenu diplomate n’a pas seulement rencontré l’homologue de Netanyahu, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, mais également le roi Abdallah II de Jordanie, autre partie prenante au conflit dont les opinions ne sont pas exactement celles du leader israélien.

Tandis que les sessions d’entretien de Greenblatt avec Abbas et Abdallah ont été bien plus courtes que les deux rencontres avec Netanyahu, les responsables de Ramallah ont été anormalement optimistes après leurs contacts. Abbas, que Trump avait invité vendredi dernier à venir le voir à la Maison Blanche, a déclaré après ses entretiens avec Greenblatt qu’un accord de paix « historique » était possible. « L’état d’esprit est bon », a indiqué un responsable palestinien avec un enthousiasme succinct lors d’une conversation privée.

Dans une initiative sans précédent pour des responsables américains, Greenblatt a rencontré jeudi les chefs du Conseil de Yesha, le groupe de soutien le plus important du mouvement pro-implantations. Mais il a également discuté avec de jeunes Palestiniens à Bethléem et dans le camp de réfugiés de Jalazoun à proximité de Ramallah « pour comprendre leurs expériences quotidiennes ».

Il a rencontré des entrepreneurs high-tech palestiniens et « un échantillon de la population de Gaza », comme il l’a écrit sur son compte Twitter débordant d’activité. Les Gazaouis lui ont donné « l’espoir de trouver des solutions aux défis humanitaires tout en respectant les besoins sécuritaires d’Israël », a-t-il noté.

Greenblatt, jeudi, a également accueilli un sommet interconfessionnel rare du Conseil des Institutions religieuses en terre sainte, auquel étaient présents de grand rabbins israéliens et le premier magistrat du tribunal de la Charia de Gaza.

Jason Greenblatt (centre en gris), l'envoyé spécial de l'administration américaine pour les négociations internationales, avec les membres du Conseil des Institutions religieuses en Terre Sainte, lors d'une réunion au consulat-général de Jérusalem, le 16 mars 2017 (Autorisation ambassade américaine de Tel Aviv)

Jason Greenblatt (centre en gris), l’envoyé spécial de l’administration américaine pour les négociations internationales, avec les membres du Conseil des Institutions religieuses en Terre Sainte, lors d’une réunion au consulat-général de Jérusalem, le 16 mars 2017 (Autorisation ambassade américaine de Tel Aviv)

Mercredi soir, Greenblatt, Juif pratiquant, a visité le Yeshivat Hakotel, dans la Vieille ville, un séminaire talmudique situé dans ce que la communauté internationale appelle un « territoire occupé », et s’est émerveillé sur Twitter de la « vision du cœur de l’ancien Jérusalem » étonnante.

Mais si vous aviez pu penser que cette orthodoxie et son passé d’étudiant d’une yeshiva en Cisjordanie l’avaient rattrapé, Greenblatt a alors tweeté que suite à sa visite à la yeshiva, il avait marché cinq minutes « vers la maison d’un nouvel ami palestinien et j’ai pu apercevoir le même site sacré depuis un angle différent ».

Certains Israéliens se sont demandés pourquoi Greenblatt avait choisi de ne pas porter sa kippa noire habituelle durant ses rencontres diplomatiques. (Il est resté tête nue même durant la rencontre interconfessionnelle, ne mettant sa kippa que plus tard, pour la photo de groupe). Il a voulu afficher une posture d’homme d’Etat et ne pas donner l’impression qu’il était partial envers les Juifs israéliens. Mais Greenblatt n’a à aucun moment caché sa forte identité juive. lors d’une escale à Francfort avant d’arriver, il a tweeté une photo de son siddul, de son châle de prière et de ses phylactères, indiquant qu’il était sur le point de « prier pour la paix ».

Jeudi dans la soirée, qu’il a terminé en la qualifiant d' »extrêmement positive », il a remercié Netanyahu et les membres de son équipe pour l’avoir aidé à faire un minyan — le quorum exigé de dix hommes juifs – afin qu’il puisse faire sa prière de Kaddish en mémoire de feu sa mère.

Des tweets amicaux et positifs

Comme son patron, Greenblatt a fréquemment tweeté. Différant beaucoup de son patron en revanche, ses tweets ont été des messages bien pensés de paix – amicaux, positifs et équilibrés. « J’ai été extrêmement heureux de rencontrer des Israéliens et des Palestiniens lors de mon voyage. Merci à tous pour vos points de vue ! » a-t-il écrit alors qu’il se dirigeait vers l’aéroport Ben Gurion.

Si Netanyahu pensait que Trump lui donnerait facilement le feu vert pour construire là où il le désirait, il devra y réfléchir à nouveau

Ceux qui ont échangé avec Greenblatt ont indiqué que sa mission était d’écouter et de ne pas nécessairement convoyer des propositions politiques élaborées. En contraste avec l’administration Obama – qui avait une idée très claire de comment une solution au conflit devait être trouvée et ce, dès le premier jour – la Maison Blanche de Trump apparaît actuellement intéressée pour comprendre pleinement les positions des deux parties avant de formuler une politique globale du Moyen Orient.

Durant sa conférence de presse du 15 février avec Netanyahu, le président a indiqué qu’il se satisfera de la solution qui conviendra aux deux parties, que ce soit une solution à un état ou à deux états. Ce serait honnête d’affirmer qu’un grand nombre des interlocuteurs de Greenblatt ont argumenté passionnément en faveur de la nécessité d’un état palestinien.

Benjamin Netanyahu, deuxième à gauche, et Donald Trump, deuxième à droite, se rencontrent dans le Bureau ovale avec leurs épouses  Sara Netanyahu, à droite et Melania Trump, à gauche, le 15 février 2017  (Crédit : Raphael Ahren/ Times of Israel)

Benjamin Netanyahu, deuxième à gauche, et Donald Trump, deuxième à droite, se rencontrent dans le Bureau ovale avec leurs épouses Sara Netanyahu, à droite et Melania Trump, à gauche, le 15 février 2017 (Crédit : Raphael Ahren/ Times of Israel)

Et c’est dans ce contexte que les négociations inachevées de l’envoyé avec Netanyahu sur les expansions des implantations devaient être examinées.La Maison Blanche s’est depuis retenue de soutenir ouvertement une solution à deux états, mais le fait que Netanyahu lors de deux longs entretiens ne soit pas parvenu à convaincre Greenblatt de lui laisser le champ libre en Cisjordanie indique que l’administration Trump est déterminée à conserver bien vivante la perspective d’un état palestinien.

Netanyahu avait publiquement promis de faire construire une implantation pour les habitants de l’avant-poste d’Amona, récemment évacués, et avait juré de trouver une politique commune avec l’administration américaine en ce qui concerne les constructions d’implantations, mais aucun accord de ce type n’a été trouvé au moment où l’envoyé des Etats-Unis est monté dans l’avion qui le ramenait à Washington.

Quand ce journaliste a tweeté dans la soirée de jeudi que le second tête-à-tête de Greenblatt avec Netanyahu s’était achevé sans produire de résultats concrets, l’envoyé américain a répondu que « les affaires complexes ne sont pas noires ou blanches et exigent un temps significatif et de l’attention pour être examinées et résolues ».

Selon différentes sources, des fossés significatifs persistent entre les deux parties. Si Netanyahu pensait que Trump lui donnerait le feu vert pour construire là où il le désirait, il devra y réfléchir encore.

Certains politiciens et spécialistes israéliens ont présumé vendredi que Netanyahu pouvait avoir commencé à regretter Barack Obama cette semaine. Autrefois, il pouvait toujours blâmer l’attitude anti-israélienne perçue chez le précédent président lorsqu’il subissait les pressions de ses rivaux de droite sur le rythme lent des constructions dans les implantations.

Avec Trump, qui a gravé son amitié avec Netanyahu sur la page d’accueil du site de la Maison Blanche, ce n’est dorénavant plus possible.