Trump dit aux Saoudiens avoir un “fort désir” de paix israélo-palestinienne
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Trump dit aux Saoudiens avoir un “fort désir” de paix israélo-palestinienne

Le vice-prince héritier et le président se sont accordés pour confronter les “activités déstabilisatrices” de l’Iran tout en évaluant et appliquant strictement l’accord nucléaire

Le président américain Donald Trump et le vice-prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui est aussi ministre de la Défense, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 14 mars 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)
Le président américain Donald Trump et le vice-prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui est aussi ministre de la Défense, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 14 mars 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

WASHINGTON – Le président américain Donald Trump a exprimé un « fort désir » de conclure un accord de paix israélo-palestinienne quand il a rencontré mercredi à la Maison Blanche l’influent vice-prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Trump a également dit au prince saoudien qu’il voulait « évaluer et appliquer strictement » l’accord nucléaire iranien conclu par son prédécesseur.

« Le président a exprimé son fort désir de conclure un accord complet, juste et durable au conflit israélo-palestinien, et de poursuivre les consultations des deux pays pour aider à atteindre des solutions aux problèmes régionaux », a déclaré la Maison Blanche dans un communiqué.

La déclaration de Trump intervient au moment où son envoyé pour les négociations internationales, Jason Greenblatt, était en pleine « tournée d’écoute » dans la région.

Jason Greenblatt, conseiller du président américain Donald Trump, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 14 mars 2017. (Crédit : Matty Stern/ambassade américaine de Tel Aviv)
Jason Greenblatt, conseiller du président américain Donald Trump, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 14 mars 2017. (Crédit : Matty Stern/ambassade américaine de Tel Aviv)

Ces deux derniers jours, Greenblatt a rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Les responsables israéliens ont sous-entendu qu’ils souhaitaient que l’Arabie saoudite joue un rôle dans les efforts de paix régionaux et les Etats-Unis pousseraient Ryad à s’impliquer.

Un communiqué d’un haut conseiller de Salmane sur la réunion, publié par Bloomberg, ne mentionne pas les efforts de paix israélo-palestinienne, et se contente d’accuser l’Iran de faire « obstruction à tout accord pour régler le problème palestinien. »

Le conseiller a également déclaré que les deux hommes avaient discuté des problèmes posés par l’accord nucléaire iranien.

« Le prince Mohammed ben Salmane a souligné à quel point l’accord nucléaire est mauvais et très dangereux pour la région, et qu’il va freiner le régime radical iranien pour un court moment dans sa quête de production d’une arme nucléaire. Cet accord pourrait entrainer un armement sans interruption et dangereux des pays de la région qui n’accepteront aucune capacité nucléaire militaire iranienne », pouvait-on lire dans le communiqué.

Lors d’un entretien mardi à Washington, Trump et le prince Salmane se sont engagés à « un partenariat stratégique solide, large et durable basé sur un intérêt et un engagement commun pour la stabilité et la prospérité du Moyen Orient », a indiqué la Maison blanche.

John Kerry, alors secrétaire d'Etat américain,à droite,  avec le prince Mohammed ben Salmane (2e à gauche), le fils du roi Salmane d'Arabie saoudite, et d'autres fonctionnaires de la Cour royale, à Riyad, en Arabie Saoudite, le 7 mai 2015. (Crédit : Andrew Harnik/Pool/AFP)
John Kerry, alors secrétaire d’Etat américain,à droite, avec le prince Mohammed ben Salmane (2e à gauche), le fils du roi Salmane d’Arabie saoudite, et d’autres fonctionnaires de la Cour royale, à Riyad, en Arabie Saoudite, le 7 mai 2015. (Crédit : Andrew Harnik/Pool/AFP)

Le prince Mohammed, 31 ans, est le premier dirigeant du Golfe à être reçu par le nouveau président américain. Dans le même temps, son père, le roi Salmane, deuxième puissance économique mondiale et rivale des Etats-Unis, poursuit en Chine, une tournée asiatique qui l’a conduit au Japon, en Malaisie et en Indonésie.

La réunion et le déjeuner privé entre Trump et le ministre saoudien de la Défense ont été vus comme une tentative de réchauffement des relations entre les deux pays après des tensions causées par leur désaccord sur la gestion de la menace nucléaire iranienne.

Pendant leur tête-à-tête mardi, Trump et le prince Salmane se sont mis d’accord pour collaborer pour lutter contre les actions iraniennes dans la région, selon la Maison Blanche.

Trump avait promis durant sa campagne électorale de « déchirer » l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en juillet 2015. Mais il a estimé avec le prince Mohammed, selon la Maison blanche, « l’importance d’affronter les activités déstabilisatrices de l’Iran dans la région, tout en continuant à évaluer et [à veiller] à la stricte application » de cet accord.

Quand il avait appelé le roi Salmane en janvier, Trump avait pour la première fois promis sans équivoque d’appliquer l’accord, malgré sa promesse électorale.

Avec Israël, l’Arabie saoudite a été l’un des pays du Moyen Orient qui s’est le plus opposé à l’accord nucléaire.

Trump, dont l’élection avait été bien accueillie à Ryad, voit dans le royaume un partenaire essentiel pour la sécurité et l’investissement, selon des analystes.

« [Il] reconnait que le leadership saoudien est le canal principal vers le monde musulman », souligne Salmane al-Ansari, président du Saudi American Public Relation Affairs Committee (SAPRAC).

Le chaleureux accueil réservé au prince Mohammed confirme que l’Arabie saoudite demeure, pour l’administration Trump, un facteur essentiel pour « la stabilité et la sécurité du Moyen Orient et pour une prospérité économique mutuelle », précise-t-il à l’AFP.

Selon Anwar Eshki, chef du Middle East Center for Strategic and Legal Studies à Jeddah, Trump a invité le prince Mohammed à se concerter sur « un plan pour le Moyen Orient ».

Ce plan vise à contrer l’Iran chiite, rival régional du royaume sunnite, et le groupe terroriste Etat islamique (EI), précise ce général saoudien à la retraite, qui a visité Israël l’an dernier.

Le secrétaire américain à la Défense James Mattis a qualifié l’Iran de « plus grand état soutenant le terrorisme » et principale source de déstabilisation du Moyen Orient.

L'artillerie de l'armée saoudienne tirant vers le Yémen à partir d'une position près de la frontière saoudo-yéménite, dans le sud-ouest de l'Arabie saoudite, le 13 avril 2015. (Crédit : Fayez Nureldine/AFP)
L’artillerie de l’armée saoudienne tirant vers le Yémen à partir d’une position près de la frontière saoudo-yéménite, dans le sud-ouest de l’Arabie saoudite, le 13 avril 2015. (Crédit : Fayez Nureldine/AFP)

Ryad accuse régulièrement Téhéran d’ingérence dans les affaires régionales, notamment en Syrie où l’Iran soutient le régime de Bashar el-Assad, et au Yémen où la République islamique soutient les rebelles chiites Houthis combattus par une coalition arabe dirigée par l’Arabie saoudite.

Les Etats-Unis fournissent des armes et apportent un soutien en ravitaillement et en renseignement à cette coalition, bien que l’administration Obama ait bloqué en décembre la vente à Ryad de munitions à guidage de précision en raison du grand nombre de victimes civiles au Yémen.

La rencontre entre Trump et le prince Mohammed a permis « le dialogue » et l’amorce d’une relation personnelle pour établir un partenariat de travail entre les deux pays, souligne Anthony Cordesman, du Center for Strategic and International Studies à Washington. Mais il est trop tôt, selon lui, pour savoir « s’il y aura des suites pratiques » pour contenir l’Iran et améliorer la lutte anti-terroriste.

Second dans l’ordre de succession au trône, le prince Mohammed, également ministre de la Défense, est perçu comme l’homme fort du royaume. Il est l’artisan d’un vaste chantier de réformes appelé « Vision 2030 » afin de réduire sa dépendance vis-à-vis du pétrole.

Les deux dirigeants ont souligné « leur détermination à renforcer la coopération » économique et énergétique, a indiqué la Maison blanche. Notamment avec un programme mixte de projets nécessitant des investissements de « plus de 200 milliards de dollars […] durant les quatre prochaines années ».

Les relations sont, selon Ansari, en passe de connaître « une remise à niveau » d’autant que Ryad n’a pas critiqué le décret migratoire de Trump, dont la deuxième version a été bloquée mercredi par un juge de Hawai.

« Chaque pays a le droit de sécuriser ses frontières », a renchéri jeudi Faisal Abbas, rédacteur en chef du quotidien saoudien Arab News.

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