Un organe important de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a voté une résolution vendredi pour déclarer la Vieille Ville d’Hebron, y compris le Tombeau des Patriarches, site du patrimoine mondial palestinien en danger.

Le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco a déclaré vendredi la vieille ville d’Hébron, « zone protégée », en tant que site « d’une valeur universelle exceptionnelle ».

La question de son inscription sur la liste du patrimoine mondial est l’enjeu d’un affrontement acerbe entre Israéliens et Palestiniens. Douze membres du Comité réuni à Cracovie, dans le sud de la Pologne, ont voté pour l’inscription, six se sont abstenus et trois ont voté contre. Vu l’abstention, la majorité requise était de dix voix.

Les votes pour inscrire des sites sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO sont généralement effectués à main levée par tous les États membres. Mais trois pays – la Pologne, la Croatie et la Jamaïque – ont demandé un scrutin secret. Plusieurs États se sont opposés au vote à bulletin secret, conduisant à un échange musclé entre les délégués, et l’ambassadeur israélien Carmel Shama-Hacohen est parti du bureau du président de la session pour montrer le position d’Israël à ce sujet. Cette agitation s’est terminée après que le président de la session, un diplomate polonais, a appelé la sécurité.

Photo prise lors du débat à l'UNESCO avant le vote de la résolution pour placer Hébron sur la liste des patrimoines en danger (Crédit : Capture d'écran site Web de l'UNESCO)

Photo prise lors du débat à l’UNESCO avant le vote de la résolution pour placer Hébron sur la liste des patrimoines en danger (Crédit : Capture d’écran site Web de l’UNESCO)

Shama Hacohen a accusé le président de la session de ne pas avoir organisé un réel scrutin à bulletin secret, car il a ordonné aux délégués de se présenter à l’avant de la salle et de mettre une enveloppe scellée dans une boîte devant les autres diplomates. L’envoyé israélien a affirmé qu’on lui avait promis que le vote se déroulerait derrière un rideau, en espérant que les délégués des États arabes modérés seraient plus à l’aise pour voter contre la résolution palestinienne.

Les membres du comité de cette année comprennent cinq pays avec lesquels Israël n’a pas de liens diplomatiques et un certain nombre d’autres pays qui soutiennent systématiquement les résolutions pro-palestiniennes. Les 21 États membres sont l’Angola, l’Azerbaïdjan, le Burkina Faso, la Croatie, Cuba, la Finlande, l’Indonésie, la Jamaïque, le Kazakhstan, le Koweït, le Liban, le Pérou, les Philippines, la Pologne, le Portugal, la Corée du Sud, la Tunisie, la Turquie, la Tanzanie, le Vietnam et le Zimbabwe.

L’ambassadeur de l’Etat hébreu auprès de l’Unesco a aussitôt dénoncé « l’un des moments les plus déshonorants » dans l’histoire de l’organisation.

Dans son discours après le vote, Shama-Hacohen ne s’est pas uniquement concentré sur la résolution qui venait d’être votée, mais s’est attaqué aux délégués du Comité du patrimoine mondial qui, plus tôt cette semaine, ont réussi à organiser une minute de silence pour les Palestiniens qui a été initiée par Cuba pour contrebalancer un appel qu’il avait lancé quelques minutes plus tôt pour organiser événement similaire pour montrer du respect aux victimes de l’Holocauste.

Au cours de son discours, l’ambassadeur israélien a été interrompu plusieurs fois par son téléphone portable. A la fin de son discours, il a expliqué que son plombier cherchait à le contacter parce qu’il y avait un problème urgent avec les toilettes dans son appartement à Paris. Ces toilettes, a ajouté Shama-Hacohen, étaient « beaucoup plus importantes que la résolution que vous venez de passer ».

Pour sa part, l’ambassadeur d’Israël aux Nations unies, Danny Danon, a sévèrement condamné le vote de l’UNESCO.

« Cette tentative de séparation des liens entre Israël et Hébron est honteuse et offensante, et élimine le dernier reste de crédibilité de l’UNESCO. Dissocier Israël des lieux de sépultures des patriarches et des matriarches de notre nation est un étalage hideux de discrimination et un acte d’agression contre le peuple juif ».

« La décision de l’Unesco sur Hébron et le tombeau des Patriarches est une souillure morale. Cette organisation sans importance promeut l’HISTOIRE FAUSSE. Honte à l’Unesco », a écrit sur Twitter peu après le vote le porte-parole du ministère des Affaires étrangère israélien, Emmanuel Nahshon.

Le président du parti Yesh Atid, Yair Lapid, a déclaré pour sa part : « la décision de l’UNESCO de reconnaître le tombeau des patriarches en tant que site patrimonial palestinien est une falsification ignoble de l’histoire. L’UNESCO ne croit-elle pas que la Bible est un héritage ? C’est une décision qui, au mieux, provient d’une ignorance totale et, au pire, de l’hypocrisie et de l’antisémitisme ».

Hébron – la plus grande ville de Cisjordanie – est l’une des quatre villes saintes dans le judaïsme, outre Jérusalem, Safed et Tibériade. Selon la tradition religieuse, les ancêtres bibliques comme Abraham et Sarah, Isaac et Rebecca, Jacob et Leah sont enterrés là-bas. Le livre de la Genèse de la Torah décrit comment Abraham a acheté une grotte pour y être enterré.

Au cours des derniers jours, Israël, le gouvernement des États-Unis et plusieurs groupes juifs ont violemment protesté contre la décision du Comité du patrimoine mondial d’inscrire « la vieille ville d’Hebron / Al-Khalil » sur sa liste de sites en voie de disparition.

Photo prise lors du débat à l'UNESCO avant le vote de la résolution pour placer Hébron sur la liste des patrimoines en danger (Crédit : Capture d'écran site Web de l'UNESCO)

Photo prise lors du débat à l’UNESCO avant le vote de la résolution pour placer Hébron sur la liste des patrimoines en danger (Crédit : Capture d’écran site Web de l’UNESCO)

« Le tombeau des patriarches, qui est sacré pour trois religions, n’est en aucun cas sous menace immédiate. Une telle désignation risque de porter atteinte au sérieux d’une telle évaluation par l’UNESCO », a écrit l’ambassadrice des États-Unis à l’ONU Nikki Haley au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et à la directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova.

« De nombreux sites précieux – de la République démocratique du Congo à la Libye, de l’Irak à la Syrie – sont aujourd’hui menacés de destruction réelle et imminente. Ils demandent d’urgence l’attention pleine et immédiate de l’UNESCO, qui ne doit pas être gaspillée sur cette sorte d’action symbolique », a-t-elle ajouté.

Plus tôt cette semaine, le Comité du patrimoine mondial a adopté une résolution refusant les revendications israéliennes sur la Vieille Ville de Jérusalem. Israël a condamné le texte, bien qu’il soit beaucoup moins dur que les résolutions similaires adoptées au cours des années précédentes.