Personne ne connaît mieux que les Israéliens, dont l’Etat a été constamment assiégé par la violence depuis sa renaissance, le fléau de la guerre et du terrorisme. Peu de ceux qui ont regardé en Israël le président américain Donald Trump prononcer dimanche à Ryad une agression rhétorique contre le terrorisme, et spécifiquement contre « l’extrémisme islamique » et le « terrorisme islamique », contesterait son attention déterminée.

C’est terriblement vrai, amèrement vrai, ont pu penser beaucoup d’Israéliens, trop d’entre eux avec leur angoisse et leur perte personnelle, quand Trump a déclaré que « le vrai bilan de l’[Etat islamique], d’Al-Qaïda, du Hezbollah, du Hamas, et de tant d’autres, doit être compté non seulement en nombre de mort, mais il doit aussi être compté en générations de rêves évanouis. »

Sans surprise, le discours historique du nouveau président au monde musulman était radicalement différent, dans son état d’esprit et son ton, de celui de son prédécesseur immédiat au Caire, il y a huit ans.

Balayant sa campagne présidentielle anti-musulmane, il partageait un aspect avec celui d’Obama : « ce n’est pas une bataille entre les différentes fois, les différentes sectes, ou les différentes civilisations », a dit Trump. Mais il montrait un président américain déterminé à avoir l’air réaliste et axé sur les résultats. « C’est une bataille entre les criminels barbares qui cherchent à oblitérer toute vie humaine, et les personnes décentes de toutes les religions qui cherchent à la protéger, a-t-il poursuivi. C’est une bataille entre le bien et le mal. »

D’un point de vue israélien, ce qui est le plus frappant, cela va sans dire, c’est l’attention presque inexistante portée à Israël, la prochaine étape du voyage présidentiel. Trump n’a même pas mentionné Israël quand il a cité les pays touchés par le terrorisme.

Le président américain Donald Trump pendant le sommet arabo-islamico-américain à Riyad, en Arabie saoudite, le 21 mai 2017. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le président américain Donald Trump pendant le sommet arabo-islamico-américain à Riyad, en Arabie saoudite, le 21 mai 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Obama, qui a été critiqué (par moi-même également) pour avoir parlé dans son discours du Caire d’Israël et de sa légitimité dans le contexte de la Shoah, avait consacré de longs passages de son discours à l’impératif fait au monde arabe de parvenir à un accord avec Israël.

Trump a traité du conflit israélo-palestinien de manière extrêmement succincte, disant simplement qu’il se rendrait ensuite à Jérusalem et Bethléem, rencontrerait le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, et que si le judaïsme, le christianisme et l’islam « se rejoignent dans la coopération, alors la paix dans ce monde est possible, y compris la paix entre Israéliens et Palestiniens. »

Sa seule autre mention concernant Israël fut quand il a condamné le gouvernement iranien qui sponsorise le terrorisme pour « promettre la destruction d’Israël, la mort de l’Amérique, et la ruine de nombreux dirigeants et pays [présents] dans cette salle. »

Bien sûr, alors qu’Obama était ensuite rentré aux Etats-Unis sans s’arrêter ici, Trump s’est rendu en Israël.

Le président américain Barack Obama lors de son discours au Caire le 4 juin 2009 (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Le président américain Barack Obama lors de son discours au Caire le 4 juin 2009 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Juste après Trump, le roi Abdallah II de Jordanie a remis le conflit israélo-palestinien à sa place habituelle au cœur de la rhétorique du monde arabe.

Abdallah II a appelé à une paix israélo-palestinienne basée sur une solution à deux états et sur l’Initiative de paix arabe, et affirmé, dans le prolongement de la défiance qui règne dans le monde arabe, notamment depuis le mal nommé Printemps arabe, que notre conflit « est le conflit crucial de notre région », et qu’ « aucune injustice n’a porté des fruits plus amers que l’absence d’état palestinien. »

Soigneusement concentré sur le défi du terrorisme islamiste, Trump a proposé peu de moyens pour le battre, au lieu de mettre en lumière les attentes, la détermination et l’amitié du président pour ceux qui s’associent avec les Etats-Unis dans la bataille. Chassez les terroristes, a-t-il répété. « CHASSEZ-LES. »

Si son discours produit un changement stratégique sincère, s’il marque le début d’une lutte internationale, menée par les Etats-Unis, contre le terrorisme, avec un effort concerté non seulement pour réprimer militairement les terroristes, mais pour marginaliser les dirigeants politiques et spirituels radicaux, alors il se sera montré réellement historique.

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse conjointe à la Maison Blanche, à Washington, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse conjointe à la Maison Blanche, à Washington, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Si non, nous serons tous perdants.

« Avec l’aide de Dieu, ce sommet marquera le début de la fin pour ceux qui pratiquent le terrorisme et propagent son vil crédo », a dit Trump.

Ce à quoi nous, en Israël, peu importe notre inquiétude concernant son important accord de ventes d’armes aux Saoudiens, peu importe nos préoccupations sur son absence de volonté à parler au monde arabe de son non-respect des droits de l’Homme et son absence de démocratie, et peu importe notre consternation devant notre absence quasi-totale de son discours de Ryad, nous ne pouvons répondre qu’un sincère Amen.