Quand le rabbin Haskel Lookstein, le principal de Ramaz, une école moderne-orthodoxe de l’Upper East Side de Manhattan, a entendu parler de l’attaque d’un couple juif, la semaine précédente, dans le quartier, par une foule hissant des drapeaux palestiniens, une idée lui est tout de suite venue à l’esprit.

Peut-être que les garçons de son école devraient dorénavant porter des casquettes de base-ball au-dessus de leur kippa quand ils se promènent dans le quartier, a-t-il pensé. Il a alors envoyé un mail au directeur de l’école, Paul Shaviv, suggérant que les parents en parlent à leurs enfants.

Puis Lookstein a réfléchi au sujet et s’est rendu compte qu’il n’était
« absolument pas d’accord avec ce type de mesure ».

« Je pense que c’est donner aux cinglés et aux terroristes une vraie victoire », a déclaré Lookstein mardi au JTA.

« Nous devons nous soulever ici à New York et dire que nous sommes qui nous sommes, et que ce genre de comportement par des gens qui tentent de terroriser les autres ne devrait jamais être autorisé » a-t-il déclaré.

« J’ai grandi dans les années 1930 et 1940, quand Yorkville [une partie de l’Upper East Side] était un foyer d’antisémitisme. Et notre réponse à l’antisémitisme doit être que nous nous tenons debout comme des points d’exclamation et non pas penchés comme des points d’interrogation ».

Mais ces doutes et ces arrière-pensées, Lookstein ne les a jamais transmis à Shaviv.

Alors, quand peu après Shaviv a envoyé une lettre à propos de la sécurité de l’école aux parents et aux professeurs, beaucoup ont été surpris de lire cette suggestion – celle de dissimuler sa kippa – que Shaviv a attribuée au directeur de l’école.

« L’incident récent impliquant le harcèlement d’un couple dans le quartier a suscité bon nombre de commentaires. Cela semble avoir été – heureusement – un incident isolé » disait l’e-mail.

« Toutefois, le rabbin Lookstein suggère que les parents envisagent d’informer leurs enfants d’être discrets en portant kippa et tsitsit [franges rituelles]. Il vaut mieux également ne pas marcher dans les rues en affichant son iPad ou d’autres objets « vulnérables » à découvert ; ne pas écouter de la musique en marchant (et distraire son attention à l’environnement) et dans toutes les circonstances rester prudent et vigilant ».

Contacté par JTA, Shaviv a eu du mal à affirmer que l’école ne préconisait pas que les élèves cachent leur kippa ou leur tsitsit, reprenant à son compte la suggestion de Lookstein.

« L’école ne dit pas qu’il faut agir ainsi. Elle fait une suggestion » a estimé Shaviv dans une interview, notant qu’il n’avait pas l’intention de dissimuler sa propre kippa. « Tout ce que nous disons, c’est quelque chose dont les parents peuvent discuter avec leurs enfants – ni plus, ni moins ».

Il a ajouté : « Le rabbin Lookstein a reconsidéré son idée et peut somme toute ne pas vouloir revenir dessus ».

Aujourd’hui, Lookstein affirme que son point de vue est clair.

« Nous ne voulons pas que cela devienne comme à Paris » a-t-il confié.

« Il est de notre devoir d’éduquer le public et les dirigeants de ce pays. Nous ne pouvons pas laisser ce qui se passe à Paris, à Londres et à Bruxelles arriver ici ».