WASHINGTON — Dans l’heure qui a suivi, jeudi, l’annonce faite par le président élu américain Donald Trump de la nomination de David Friedman, conseiller et ami de longue date, au poste de prochain ambassadeur des Etats Unis en Israël, les groupes Juifs libéraux se sont laissés aller à des condamnations cinglantes suite à cette décision.

“J Street s’oppose avec véhémence à la nomination de David Friedman,” a déclaré le président de l’organisation Jeremy Ben-Ami. « Cette nomination est imprudente et susceptible de mettre en danger la réputation de l’Amérique dans la région et sa crédibilité dans le monde .»

Pour sa part, le Conseil National Juif Démocratique a tweeté : “Trump doit privilégier une relation forte entre les Etats-Unis et Israël et la prendre au sérieux. Il n’y a jamais eu un choix moins réfléchi pour un ambassadeur en Israël”.

Alors qu’il reste toujours improbable que Trump, qui avait promis pendant sa campagne d’adopter une posture radicalement différente de celle du président de Barack Obama, ait pu nommer un envoyé satisfaisant aux yeux des représentants de la gauche juive, le choix d’un homme dont les visions incarnent une rupture profonde avec l’orthodoxie de la politique étrangère américaine semble avoir suscité des émotions intenses.

Friedman, 57 ans, aura accéléré les spéculations selon lesquelles Trump tiendrait sa promesse de campagne visant à relocaliser l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

Dans une déclaration faite jeudi, Friedman a indiqué être impatient d’occuper son nouveau poste dans “l’ambassade de la capitale éternelle d’Israël, Jérusalem”, indiquant l’intention présumée de Trump de réaliser une promesse faite pendant les campagnes de différents candidats à la présidentielle, mais qui n’avait jamais été concrétisée à ce jour.

Au début de la semaine, il a été rapporté que l’équipe de Trump était déjà en train de prévoir cette relocalisation, dont des travaux visant à faire avancer le projet après que son chef de campagne Kellyanne Conway ait affirmé que c’était “une très grande priorité pour lui”.

Les partisans de J Street ‘bien pires que les kapos’

Friedman est un partisan déclaré et actif du mouvement pro-implantations, et avait affirmé que le caractère juif d’Israël ne serait pas “menacé au niveau démographique” si le pays échouait à se séparer des Palestiniens.

Depuis 1967, la politique américaine officielle – durant les administrations Démocrate et Républicaine – s’est opposée aux constructions israéliennes dans les zones revendiquées par la Palestine pour son futur état.

L'implantation d'Efrat ,en Cisjordanie, le 17 décembre 2014. (Crédit :Miriam Alster/Flash90)

L’implantation d’Efrat ,en Cisjordanie, le 17 décembre 2014. (Crédit :Miriam Alster/Flash90)

Obama, comme la communauté libérale pro-israélienne des Etats Unis, maintient que l’expansion des implantations entrave la perspective d’un accord global portant sur une solution à deux états avec les Palestiniens et que l’échec de la réalisation d’une telle solution compromettrait l’avenir d’Israël en tant qu’état juif et démocratique.

Avocat curateur de faillites à New York, Friedman est aussi le président de l’organisation American Friends of Bet El Institutions, un mouvement soutenant une grande implantation construite en Cisjordanie aux abords de Ramallah.

L’année dernière, il a parfois dénoncé les groupes qui exprimaient des critiques face à la politique israélienne d’implantations. Ainsi, cet été, il a accusé les partisans de J Street d’être « bien pires que des kapos » – les Juifs qui avaient assisté les Nazis pendant l’Holocauste – dans un éditorial signé sur le site d’information d’extrême droite Israel National News.

“Les kapos ont affiché une cruauté extraordinaire et qui sait ce que chacun d’entre nous aurait fait dans les mêmes circonstances pour sauver ceux que nous aimons », avait-il écrit au mois de juin. « Mais J Street ? Ce sont des avocats de la destruction d’Israël remplis de leur propre suffisance depuis le confort de leurs petits sofas américains – il est dur d’imaginer un type de personnalité qui soit pire que celui-là.”

Prenant la parole à l’occasion du Forum de Saban annuel organisé au début du mois par Brookings Institution, Friedman avait refusé de revenir sur cette comparaison, déclarant que ceux qui s’alignent sur les propos de J Street ne sont « pas Juifs et ne sont pas pro-Israël », a rapporté le New York Times.

Le groupe pacifiste a rappelé ce commentaire jeudi, lorsqu’il a exprimé son dégoût face à la perspective de voir Friedman assumer l’un des postes les plus délicats de la politique étrangère américaine.

“En tant que personnalité ayant été l’un des leaders américains les plus favorables au mouvement pro-implantation, manquant de références diplomatiques ou politiques et qui a attaqué les Juifs libéraux pour le soutien qu’ils apportent à la solution à deux états en disant qu’ils étaient ‘pires que des Kapos’, Friedman devrait sembler inaccessible pour les sénateurs réfléchissant à qui devra représenter les Etats Unis en Israël », a indiqué Ben Ami.

Lara Friedman, directrice des relations politiques et gouvernementales pour l’organisation Americans for Peace Now, n’a pas non plus mâché ses mots, tweetant : “Je ne sais pas pour les Palestiniens mais je sais que les Juifs qui s’inquiètent réellement pour la sécurité d’Israël, pour la démocratie et pour sa place dans le monde, sont scandalisés ».

Le mouvement réformateur s’est montré plus circonspect dans ses critiques. Reconnaissant qu’il était important que le prochain envoyé américain en Israël entretienne une relation étroite avec le président, comme c’est le cas pour Friedman avec Trump, le président de l’Union du Judaïsme Réformé, le Rabbin Rick Jacobs, a émis un communiqué mettant en garde l’administration contre la relocalisation de l’ambassade sans l’approbation préalable des Palestiniens.

Reform leader Rabbi Rick Jacobs has urged President Obama not to close the office of the Palestine Liberation Organization in Washington DC, a position that puts him at odds with AIPAC. (Robert A. Cumins/JFNA via JTA)

Le leader du mouvement réformé, le Rabbin Rick Jacobs (Crédit : Robert A. Cumins/JFNA via JTA)

“Tandis que nous partageons le point de vue de M. Trump que l’ambassade américaine appartient à Jérusalem, la capitale d’Israël, nous croyons aussi que le moment choisi est important et nous sommes donc profondément inquiets de l’impact d’une action unilatérale, de la part de quelque pays que ce soit, sur la situation globale dans la région”, a-t-il dit.

Jacobs a également expliqué que cette nomination sème le doute sur l’engagement de l’administration envers une solution à deux états que les présidents américains successifs ont tenté de mettre en oeuvre depuis des décennies.

“La connexion personnelle entretenue par M. Friedman et le soutien qu’il apporte à un certain nombre d’organisations engagées dans la construction d’implantations supplémentaires en Cisjordanie suggère qu’il ne prônera pas une solution à deux états”, s’est-il inquiété.

« Bien sûr, ses visions personnelles sont bien moins importantes que la politique du gouvernement américain et nous nourrissons l’espoir fervent que, sous sa direction, l’engagement américain envers… deux états ne diminuera pas ».

Dans une interview accordée au Times of Israel au mois de novembre, Friedman avait indiqué que Trump chercherait à réaliser un accord de paix global entre Israël et les Palestiniens mais qu’il resterait ouvert à des alternatives autres que le cadre à deux états.

Friedman avait également dit que, sur la base de ses discussions personnelles avec Trump, “une solution à deux états n’est pas une priorité” pour le président élu. « Je ne pense pas qu’il ait épousé une solution particulière. Une solution à deux états est l’une d’entre elle mais ce n’est pas la seule”.

« J’ai récemment rencontré David Friedman au Forum Saban à Washington. Friedman ressent un profond amour pour la terre et le peuple entier d’Israël, y compris ceux de Judée et Samarie. Sa connaissance et la sagesse sur les questions renforcera le pont entre nos grandes nations », a déclaré Oded Revivi, maire d’Efrat et chef du conseil de Yesha, l’organisation officielle représentant les 430 000 habitants israéliens de Cisjordanie.