WASHINGTON – La politique d’implantations israélienne n’est pas gouvernée par les Etats-Unis, et la future administration Trump ne changera pas cela, a déclaré dimanche le Premier ministre Benjamin Netanyahu au public du Forum Saban annuel pour la politique moyen-orientale de la Brookings Institution.

Pendant son discours, prononcé par vidéoconférence, le Premier ministre a également déclaré qu’il aborderait le sujet du « mauvais » accord nucléaire iranien avec le président américain élu Donald Trump, et a appelé à la poursuite de l’intervention américaine au Moyen Orient. Il a également semblé balayer les craintes d’une hausse de l’antisémitisme aux Etats-Unis, soulignant que la tendance marginale de la haine anti-juive était présente dans toutes les démocraties.

Pendant la conférence, il a été demandé à Netanyahu si la future administration Trump autoriserait Israël à faire ce qu’il veut sur la construction dans les implantations de Cisjordanie.

« Eh bien, je pense que nous faisons déjà ce que nous voulons », a déclaré Netanyahu à l’organisateur de la conférence, Haïm Saban, milliardaire israélo-américain.

Des hommes politiques de droite ont affirmé que la construction à Jérusalem Est et dans les implantations de Cisjordanie s’était quasiment arrêtée sous l’administration Obama, qui condamne avec force toute construction au-delà de la Ligne verte.

Pendant le symposium intitulé « Défis pour l’administration Trump au Moyen Orient », Netanyahu a déclaré que les Etats-Unis devraient maintenir leur position de longue date d’exercice de leur puissance au Moyen Orient, une vision qui semble éloignée de la position de Trump, qui souhaiterait réduire l’intervention américaine dans les affaires moyen-orientales.

« Je pense que les Etats-Unis sont une puissance indispensable au monde et au Moyen Orient, et je pense que cela doit rester ainsi », a-t-il déclaré.

Trump a une « vision claire du rôle de l’Amérique », a déclaré Netanyahu, s’appuyant sur de récentes conversations avec lui quand il était candidat ou depuis qu’il est le président élu.

Netanyahu a également répété son opposition à l’accord nucléaire iranien de 2015, et déclaré que sa position ne changerait pas avec l’arrivée de l’administration Trump.

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Israël est engagé à empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires, a-t-il déclaré. Cela n’a pas changé, et cela ne changera pas. En ce qui concerne le président élu Trump, j’attends avec impatience de lui parler de ce qu’il est possible de faire pour ce mauvais accord. »

Il a répété pourquoi il s’oppose à l’accord : « parce qu’il n’empêche pas l’Iran d’obtenir la bombe », mais qu’il « ouvre la voie » à l’acquisition par l’Iran d’un « arsenal » d’armes atomiques via un « enrichissement à échelle industrielle ».

« Depuis que l’accord a été signé, l’Iran est devenu une puissance plus agressive », a-t-il déclaré, accusant Téhéran de développer des missiles capables d’atteindre les Etats-Unis.

« Nous devons arrêter la marche de l’Iran vers la bombe, son développement de missiles à longue portée, son soutien au terrorisme au Moyen Orient et dans le monde », a-t-il déclaré.

Netanyahu a refusé de répondre à une question demandant si une action militaire était envisageable pour empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires, se contentant de dire que « nous sommes engagés. »

Pendant son discours, Netanyahu a semblé minimiser les craintes d’une hausse de l’antisémitisme à l’échelle mondiale, y compris la poussée de crimes racistes aux Etats-Unis suite à l’élection présidentielle de 2016, en décrivant la tendance comme un phénomène marginal.

« L’antisémitisme a toujours été là, même dans les démocraties en bonne santé », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu’il avait confiance en la capacité américaine à lutter contre le sectarisme.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant les funérailles d'état du défunt 9e président Shimon Peres, au cimetière du mont Herzl, à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant les funérailles d’état du défunt 9e président Shimon Peres, au cimetière du mont Herzl, à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Au sujet du processus de paix, Netanyahu a réaffirmé son soutien à une solution à deux états, mais a accusé le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas de l’impasse des négociations de paix.

« Je n’ai pas changé ma vision de deux états pour deux peuples, c’est le seul moyen pour que nous obtenions la paix. Le cœur du conflit est le refus des Palestiniens de reconnaitre Israël en tant qu’Etat juif, a accusé Netanyahu. C’est ce qui a toujours mené le conflit. »

Le Premier ministre a accusé Abbas de « refuser » de négocier en dépit du fait que Jérusalem le lui ait demandé « des centaines » de fois. Il a déclaré qu’il ne comprenait pas pourquoi « la presse ne saisit pas » qu’Israël veut négocier et que les Palestiniens refusent.

Interrogé pour savoir si les dirigeants internationaux pensent que sa détermination à conclure un accord de paix avec les Palestiniens est sincère, Netanyahu a affirmé que « la majorité des gouvernements du monde » comprend qu’Israël « est une force de modération » et un « phare de tolérance » dans un Moyen Orient « sombre ».

Netanyahu a ensuite déclaré que quand les dirigeants internationaux lui demandent régulièrement où en est le processus de paix, il répond qu’il est « prêt à arrêter tout ce que je fais maintenant, et je souhaite que vous m’invitiez dans votre pays [pour négocier la paix avec les Palestiniens] immédiatement, sans conditions préliminaires. »

Mais ensuite, ces gouvernements envoient des représentants à Ramallah qui reviennent les mains vides parce qu’Abbas ne veut pas commencer de négociations directes, a-t-il déclaré.

A la lumière de l’attitude d’Abbas, Netanyahu a déclaré que la meilleure approche pour construire la paix serait une approche « régionale ». « Passer par des résolutions des Nations unies n’est pas le moyen de faire avancer la paix », a-t-il dit.

Il a également rejeté une question sur l’isolement accru d’Israël au sein de la communauté internationale, et les efforts de boycott d’Israël en raison de ses politiques à l’égard des Palestiniens.

Netanyahu a déclaré qu’il n’était pas inquiet du mouvement de boycott, parce que beaucoup de pays sont demandeurs des technologies israéliennes et de son expérience démontrée dans la lutte contre le terrorisme. Ils savent également qu’Israël veut la paix, a-t-il affirmé. Les majorités automatiques de vote contre Israël aux Nations unies commencent également à changer, a-t-il déclaré.

Il a souligné que, au Moyen Orient, seuls les forts survivent. « Personne ne fait la paix avec les faibles, a-t-il déclaré. Au Moyen orient, les faibles ne survivent pas… La force et l’intelligence survivent. »