Le grand rabbin de Jérusalem a fustigé mardi les Juifs réformés, affirmant qu’ils étaient pires que les négationnistes pour avoir défié la loi juive orthodoxe sur la séparation des genres, et parce qu’ils s’accrochent au droit à la prière mixte au mur Occidental.

Ses propos, tenus pendant un sermon hebdomadaire et rapportés par le site ultra-orthodoxe Kikar HaShabbat, font suite à la réponse de la Haute cour de Justice de la semaine dernière aux pétitions déposées par cinq organisations juives libérales, dont les Femmes du Mur et les mouvements réformé et conservateur israéliens, pour forcer le gouvernement à mettre en œuvre sa promesse de construire un site de prière mixte.

Les juges ont ordonné au gouvernement de dire à la cour d’ici le 14 septembre s’il comptait revenir sur la mise en œuvre de sa promesse de janvier, une décision qui a été gelée en juin, en raison de l’opposition des politiciens ultra-orthodoxes et des dirigeants religieux.

« Ils essaient de jeter de la poudre aux yeux [de la population] et disent que les Juifs orthodoxes extrémistes ont inventé [la séparation des genres », a dit Shlomo Amar, ancien grand rabbin séfarade d’Israël. « C’est comme les négationnistes, c’est la même chose : ils parlent des négationnistes en Iran, [mais] ils sont plus négationnistes que les négationnistes. »

Le rabbin, qui avait déjà déclenché la controverse en fin d’année dernière en déclarant que l’homosexualité était une « abomination » et en soulignant que la Torah demandait la peine de mort pour les personnes ayant des relations homosexuelles, a déclaré que la séparation des sexes remontait à l’époque du Temple, et était explicitement demandée par la loi religieuse juive.

Manifestation devant la résidence du Premier ministre Benjamin Netanyahu contre le gel de l'accord sur la prière mixte au mur Occidental, à Jérusalem, le 1er juillet 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

Manifestation devant la résidence du Premier ministre Benjamin Netanyahu contre le gel de l’accord sur la prière mixte au mur Occidental, à Jérusalem, le 1er juillet 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

Les pétitions déposées à la Cour suprême pour autoriser la prière mixte viennent de personnes « faibles », qui ont commis « toutes les injustices du monde contre la Torah », a-t-il poursuivi. « Ils ont même marié des Juifs à des non Juives, ils n’ont [respecté] ni Yom Kippour ni Shabbat, mais ils veulent la prière […], et personne ne devrait croire qu’ils veulent prier : ils veulent profaner ce qui est saint. »

A d’autres occasions, Amar avait attaqué la Cour suprême qui se concentrait sur l’égalité, ce qui est selon lui positif sur le principe, mais a dans les faits « détruit » de nombreux pays.

Au sujet du mur Occidental, seul Dieu a autorité, pas la Cour suprême, pas le gouvernement, pas le rabbin du mur, a-t-il dit. « C’est saint pour Dieu. »

Pendant un entretien accordé mercredi à la radio publique israélienne, Amar n’a pas retiré ses propos affirmant que les Juifs libéraux étaient pires que des négationnistes, soulignant que ce qu’il voulait dire était que la loi juive sur la séparation des genres était si claire et si fondamentale que la nier était comme nier que la Terre était ronde, que le Temple se tenait autrefois sur le mont du Temple, ou que le Shabbat existe.

Interrogé sur les photographies montrant des prières mixtes au mur Occidental avant l’indépendance d’Israël en 1948, Amar a répondu qu’à cette époque, la zone n’était pas sous souveraineté juive.

Des hommes et des femmes ensemble au mur Occidental entre 1900 et 1920 (Crédit : G. Eric and Edith Matson Photograph Collection/Librairie du Congrès)

Des hommes et des femmes ensemble au mur Occidental entre 1900 et 1920 (Crédit : G. Eric and Edith Matson Photograph Collection/Librairie du Congrès)

En réponse aux propos d’Amar, le rabbin Gilad Kariv, directeur exécutif du Mouvement israélien pour un judaïsme réformé et progressif, a dit à la radio publique israélienne qu’il était inacceptable que des survivants de la Shoah de Jérusalem fassent partie de ceux qui payaient le salaire d’Amar. Il a demandé au maire de la capitale, Nir Barkat, de cesser d’inviter le rabbin aux évènements officiels.

Yisrael Eichler, député orthodoxe du parti YaHadout HaTorah, a dit mercredi à la radio publique israélienne que Kariv incitait des millions de Juifs américains à penser qu’Israël les excluait, tout comme le cheikh Raed Saleh, le dirigeant de la Branche nord du Mouvement islamique en Israël, inculpé en août pour incitation au terrorisme, avait incité les Israéliens musulmans à penser que l’Etat juif mettait en danger la mosquée Al-Aqsa, le troisième lieu saint de l’islam.

Il a jugé que les Juifs libéraux faisant campagne pour un site de prière mixte étaient une « petite mafia » et des « ennemis de la religion juive » qui, avec leurs objectifs féministes, avaient l’intention de fomenter une guerre civile en Israël, au service de la Cour suprême.