Il y a deux ans, The Times of Israel rapportait que l’usine de SodaStream, la grande société de boisson gazeuse israélienne, de la zone industrielle de Mishor Adumim en Cisjordanie, employait 1 300 travailleurs.

Parmi cette main-d’œuvre, 350 étaient des Juifs israéliens, 450 étaient des Arabes israéliens et 500 étaient des Palestiniens de Cisjordanie. La direction et le personnel avaient à l’époque confirmé à notre journaliste que les salaires et les avantages étaient identiques pour tous les employés occupant des emplois comparables, quelles que soient leur nationalité et leur origine ethnique.

Nous avions alors intitulé l’article « A SodaStream, les Palestiniens espèrent que leurs bulles ne vont pas exploser ».

Lundi, elles ont explosé.

Lundi, SodaStream a annoncé qu’elle renvoyait à contrecoeur ses 74 derniers travailleurs palestiniens car elle n’avait pas obtenu des permis du gouvernement israélien pour qu’ils puissent travailler dans sa nouvelle usine située dans la ville bédouine de Rahat.

Sous la pression des groupes anti-israël de boycott, qui ont lancé une féroce campagne contre SodaStream et leur porte-parole, Scarlett Johansson, l’entreprise avait fermé son usine à Mishor Adumim en octobre dernier.

Des centaines de Palestiniens qui avaient été traités équitablement par une firme israélienne décente et impartiale sont aujourd’hui sans travail.

L'actrice Scarlett Johansson lors d'une soirée promotionnelle de Sodastream, le 10 janvier 2014 à New York (Crédit : Getty/AFP/Archives Mike Coppola)

L’actrice Scarlett Johansson lors d’une soirée promotionnelle de Sodastream, le 10 janvier 2014 à New York (Crédit : Getty/AFP/Archives Mike Coppola)

Bien que SodaStream se soit porté garant pour ses derniers employés palestiniens, en insistant sur le fait qu’ils ne posent pas de danger pour les Israéliens, les autorités gouvernementales ne se sont pas montrées sensibles à leur argument – ce qui n’est pas vraiment surprenant au regard du climat actuel de terreur et de violence.

Samedi soir, dans un centre commercial de l’implantation de Maale Adumim, situé à 10 minutes en voiture de l’ancienne usine de SodaStream, un jeune Palestinien, Saadi Ali Abu Ahmad, a brutalement attaqué un garde de sécurité non armé, Tzvika Cohen, dans une attaque non provoquée.

Cohen se bat maintenant pour rester en vie à l’hôpital. Abu Ahmad travaillait dans le centre commercial, grâce à un permis. Il savait que Cohen, selon certains rapports, le connaissait assez bien pour boire un café avec lui.

Les partisans du BDS prétendent agir dans l’intérêt des Palestiniens, en particulier dans leur quête d’indépendance. Il est douteux que les centaines d’anciens travailleurs palestiniens de SodaStream, maintenant chômeurs, le voient de cette façon.

Beaucoup d’Israéliens – peut-être même la majorité – veulent réellement s’associer avec les Palestiniens pour parvenir à une version de leur indépendance. La plupart des Israéliens ne veulent pas gouverner les Palestiniens. Beaucoup d’Israéliens, peut-être la majorité, voient comme un impératif israélien de se séparer des Palestiniens – afin de maintenir Israël à la fois comme un Etat juif (avec près d’une majorité de deux tiers de Juifs pour un tiers de non-Juif) et comme une démocratie (avec des droits égaux pour cette minorité non-juive).

Mais chaque attaque comme celle de samedi soir renforce la conviction qu’une autre génération de Palestiniens a été éduquée à la haine et préfère frapper Israël et les Israéliens plutôt que de chercher la coexistence à nos côtés.

Le dirigeant de l'Union sioniste, le député Isaac Herzog au congrès du groupe parlementaire à Tel-Aviv, le 8 novembre 2015 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

Le dirigeant de l’Union sioniste, le député Isaac Herzog au congrès du groupe parlementaire à Tel-Aviv, le 8 novembre 2015 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

Face à cette hostilité, même le chef de l’opposition de centre-gauche, Isaac Herzog, l’héritier du parti travailliste autrefois dominant, d’Yitzhak Rabin, a publiquement conclu dernièrement que l’idée de renoncer à la sécurité en Cisjordanie pour faciliter l’établissement d’un Etat palestinien totalement indépendant n’était tout simplement pas possible pour le moment.

Si Israël avait en effet mis fin à sa surveillance sécuritaire des centres de population palestiniens, comme la communauté internationale l’exige sans relâche, nous serions maintenant en pleine vague d’attaques à l’attentat suicide palestinien, plutôt qu’une « simple » routine quotidienne sanglante d’attaque au couteau, de fusillades, d’attaques à la hache et à la voiture-bélier.

Le chemin vers l’indépendance palestinienne ne commence pas avec les efforts internationaux plus ou moins bien intentionnés visant à tenter de relancer des pourparlers de paix, et certainement pas avec les mauvaises intentions à peine déguisées des partisans du BDS visant plutôt à affaiblir Israël. Au lieu de cela, le chemin commence avec l’éducation. Et pas seulement dans les écoles. Mais dans les usines de boissons gazeuses, aussi.

L’actuelle vague de terrorisme palestinien, qui est relativement de faible niveau, n’est pas une menace stratégique pour Israël en termes de nombre de morts.

Mais il s’agit d’un danger stratégique car il continue de souligner, qu’une autre génération de Palestiniens a subi un lavage de cerveau – mal éduqués – pour détester les Juifs considérés comme des usurpateurs illégitimes, la source de leur malheur, l’objet de leur colère et un éxutoire pour leur violence.

Israël pourrait faire davantage pour encourager ceux du côté palestinien qui prêchent la tolérance et la coexistence. Une aide économique a été évoquée. Un gel de la construction des implantations dans les zones qu’Israël ne prévoit pas de garder le jour où il sera en mesure de se séparer des Palestiniens a été évoqué. Le mécanisme conjoint israélo-palestinien, supervisé par les États-Unis, conçu pour permettre aux deux parties de lutter contre l’incitation à la haine et à la violence, reste malheureusement lettre morte.

La véritable orientation stratégique doit être mise sur l’éducation, sur l’éclatement des stéréotypes, sur la promotion de la tolérance – dans les écoles, dans les lieux de culte, dans les médias, parmi les dirigeants politiques et sur les lieux de travail.

Peut-être l’information israélo-arabe la plus encourageante que j’ai lue au cours des dernières semaines était celle-ci, qu’un nouveau manuel d’histoire égyptien pour les élèves de neuvième année enseigne, pour la première fois, le processus par lequel Anwar el-Sadate et Menachem Begin sont parvenus à obtenir le traité de paix israélo-égyptienne. Voilà comment vous favorisez la tolérance et la compréhension.

Prime Minister Menachem Begin (L) with President Jimmy Carter (C) and President Anwar Sadat of Egypt at Camp David in September 1978. (photo credit: CC BY-SA Jeff Kubina, Flickr)

Le Premier ministre Menachem Begin (à gauche) avec le président américain Jimmy Carter (au centre) et le président égyptien Anwar Sadat à Camp David en septembre 1978. (Crédit : CC BY-SA Jeff Kubina/Flickr)

La direction la plus efficace pour ceux qui militent pour un Etat palestinien serait de faire pression pour une révolution dans l’éducation palestinienne – pour inclure des éléments de base dans ce récit historique israélien exaspérant et contradictoire – pour souligner que les deux peuples sont destinés à partager cette bande étroite de terre. (Le ministre de l’Éducation israélien, pour sa part, doit veiller à ce que notre programme demeure sensiblement diversifié et ouvert.) À l’heure actuelle, l’éducation palestinienne se dirige dans la direction opposée, avec un rejet croissant du fait juif de l’histoire juive ici – comme la plupart l’ont lugubrement vu dans le rejet palestinien moderne du caractère saint pour les juifs vis-à-vis du mont du Temple, qui jusque-là n’était pas contesté parmi les Musulmans.

A l’usine de SodaStream de Mishor Adumim, jour après jour, les stéréotypes ont été décomposés sans que personne ne le remarque.

Les Juifs et les Arabes travaillaient ensemble, étaient traités de manière égale, ont été en mesure de soutenir leurs familles de façon honorable. Une bulle, en effet. Mais cette usine a tenu sa promesse d’un avenir meilleur pour les deux parties. Qui sait ce que les autres entreprises avec le même état d’esprit auraient pu inspirer ?

Maintenant, la bulle a éclaté. Et depuis lundi, tous ses employés palestiniens étaient sans travail. Cela sera un défi maintenant, pour eux, de nourrir leur famille, de garder leurs enfants en toute sécurité et les empêcher de succomber à la haine qui prévaut.

Félicitation à la campagne du BDS. Une grande victoire pour la Palestine. C’est un grand pas vers… vers quoi au juste ?