Sadiq Khan a prêté serment samedi comme premier maire musulman de la ville de Londres jurant d’être un leader pour tous ses habitants.

Sadiq Khan a gagné avec 44 % des votes face au candidat conservateur Zac Goldsmith qui n’en a récolté que 35 %, selon The Guardian. Les votes restants sont allés à des candidats de petits partis, comme le Parti Vert.

Se décrivant lui-même comme un musulman modéré, Khan, fils d’un chauffeur de bus d’origine pakistanaise, est le premier maire travailliste de la ville en huit ans, remplaçant le maire sortant Boris Johnson.

Sadiq Khan, qui a intensément fait campagne au sein de la communauté juive, a dit qu’il sera un « maire musulman dur face à l’extrémisme », selon The Standard, et a critiqué son parti pour ne pas avoir fait assez pour lutter contre l’antisémitisme.

Alain Finkielkraut, interviewé par Elizabeth Lévy, est intervenu sur cette élection.

« Ce que je constate c’est que les médias, notamment en France, nous ont très peu parlé du programme, ils ont parlé essentiellement sinon exclusivement de l’origine. Nous avons assisté à un duel entre celui qu’on a présenté comme le candidat musulman, fils d’un chauffeur d’autobus, immigré du Pakistan, et le fils d’un milliardaire juif, qui a fait ses études à Eton, l’école prestigieuse ou l’Angleterre traditionnelle forme depuis longtemps ses élites, » a indiqué Alain Finkielkraut.

« La sensibilité égalitaire va aujourd’hui au-delà même des rêves de Bourdieu. Etre un héritier tend à devenir un handicap politique. En société multiculturelle la noblesse consiste à venir d’un milieu défavorisé et immigré, » continue le philosophe.

« Je ne vois pas pourquoi le fait de devenir d’un milieu favorisé, riche même, vous disqualifie a priori ; par rapport à celui qui a la ‘bonne origine’ (…) parce qu’il vient d’un milieu modeste, parce qu’il est d’origine musulmane. »

« J’en reviens à Churchill, avec son pedigree aurait-il ses chances aujourd’hui à Londres, » ironise l’académicien.

Lors de son interview, Alain Finkielkraut est revenu sur les différentes affaires qui secouent actuellement le parti Travailliste britannique et de ses nombreux membres accusés d’avoir tenu des propos antisémites.

« Je vois à l’oeuvre non pas la méritocratie mais comme je l’ai dit une noblesse inversée et c’est cela qui me met très mal à l’aise. En tout cas, entre le riche juif et le musulman pauvre, nombre de travaillistes, à commencer par Jeremy Corbyn, le premier d’entre eux, ont fait leur choix. L’antisémitisme ravage ce parti. Ken Livingston, l’ancien maire de Londres, explique qu’Hitler était sioniste. (…) Kadim Hussein, l’ancien maire de Bradford, selon lui le système d’enseignement anglais ne vous parle que d’Anne Frank et des 6 millions de sionistes qui ont été tués par Hitler. (…) »

Le philosophe souligne que le nouveau maire de Londres est en opposition totale avec ces déclarations antisémites.

Il s’est d’ailleurs rendu hier à une cérémonie commémorative de l’Holocauste, ce qui a été son premier acte officiel.

« Le nouveau maire de Londres, qui ouvrait tous ses meetings de campagne par Salam Aleikyum, ne manifeste pas la moindre complaisance pour ce genre de propos. Il les condamne avec la plus extrême fermeté. C’est une raison supplémentaire de penser qu’il est peut être le bon candidat, reste que cette image de la victoire du musulman pauvre sur le juif riche me laisse un goût amer, » conclut le philosophe.