Presque exactement 70 ans après l’annonce du plan de partage de l’ONU – qui proposait d’internationaliser Jérusalem, ce qui a conduit la communauté internationale à ne jamais reconnaître la souveraineté israélienne sur la ville –, la nation la plus puissante au monde a finalement déclaré la ville comme capitale israélienne.

D’un point de vue diplomatique, il serait compliqué de faire plus que ça. Dans quelques mois, l’Etat juif fêtera son 70ème anniversaire. Mercredi, pour la première fois en deux millénaires, une superpuissance a reconnu la prétention de l’Etat juif sur son ancienne capitale.

La joie de nombreux Israéliens est donc compréhensible. Beaucoup d’entre eux ont félicité le président américain Donald Trump pour avoir corrigé ce qu’ils considéraient comme une anomalie historique. D’autres ont sobrement fait remarquer que son discours exprimait simplement ce qui a été évident pour eux depuis des décennies.

En effet, outre la promesse de Trump de déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem – un processus qui devrait prendre plusieurs années –, ce qu’il a annoncé n’aura pas le moindre impact direct et concret sur la vie quotidienne des Israéliens. Sauf, bien sûr, si les Palestiniens se soulèvent de colère, comme le voudrait le Hamas qui a appelé une nouvelle Intifada.

Il a également réitéré son désir de négocier un accord de paix israélo-palestinien mais, une fois de plus, il n’a pas daigné expliquer comment il comptait s’y prendre.

Le président américain Donald Trump signe un mémorandum après avoir prononcé une déclaration sur Jérusalem depuis la Maison-Blanche, à Washington, le 6 décembre 2017 (Saul Loeb / AFP)

Trump, discourant aux côtés d’un arbre de Noël depuis la salle de réception diplomatique de la Maison-Blanche, s’est arrêté au terme « Jérusalem ». Il a ainsi évité de prendre une quelconque décision politique bien plus significative : s’il avait prononcé « Jérusalem-Ouest », il aurait laissé fortement entendre qu’il appréciait les revendications des Palestiniens sur la partie orientale de la ville – ou il aurait du moins clairement fait savoir qu’il ne reconnaissait pas l’annexion unilatérale de Jérusalem-Est par Israël.

Mais il a également évité de parler d’une « Jérusalem unifiée » ou d’une « capitale indivisible », nous laissant deviner quelles parties de Jérusalem appartiennent à Israël et lesquelles, le cas échéant, devraient appartenir à un futur Etat palestinien.

Certains ont cru comprendre que, en faisant référence au Jerusalem Embassy Act de 1995, qui appelle explicitement à ce que la ville reste « indivisible », et en déclarant que « Jérusalem est… un endroit où les Juifs prient au mur Occidental », il faisait référence à une ville unifiée.

Le négociateur palestinien Saeb Erekat a également compris la déclaration du président de cette façon. « Aucun pays n’a reconnu l’annexion de Jérusalem-Est par Israël, à l’exception du président Trump ce soir », a-t-il fulminé.

D’autre part, le président a souligné que les Etats-Unis « ne prenaient pas position sur les questions de statut final, y compris concernant les limites spécifiques de la souveraineté israélienne à Jérusalem ou concernant les frontières sujettes à contestation ». Ces questions, a-t-il ajouté, devraient être résolues entre Israéliens et Palestiniens.

Trump a exprimé sa volonté de soutenir une solution à deux Etats, mais seulement « si les deux parties en convenaient ». Bien qu’officiellement destinée à apaiser les Palestiniens, cette formulation sonne comme une répétition de sa déclaration du 14 février à la Maison-Blanche. Il avait alors déclaré : « Un Etat, deux Etats, je soutiens la solution sur laquelle les deux partis tomberont d’accord. Les deux me vont. »

Il ne s’agissait donc pas d’un engagement clair envers l’Etat palestinien. Ce n’était pas le cas en février ; ce n’est toujours pas le cas aujourd’hui.

Dans sa première réaction au discours de Trump, le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne s’est pas empressé de professer un quelconque soutien à une solution à deux Etats. Ceux qui connaissent la situation politique dans laquelle il se trouve empêtré actuellement n’ont pas vraiment retenu leur souffle.

Bien qu’il ait insisté sur le fait qu’il souhaitait « faire avancer le processus de paix », le discours de Trump ce mercredi a été fermement condamné par les Palestiniens et les autres dirigeants arabes et musulmans. On peut douter fortement que la nouvelle position américaine permettra de parvenir à l’objectif déclaré du président, étant donné que, par son action, il a déclenché la colère de l’une des parties tout en donnant à l’autre quelque chose qu’ils n’avaient pas particulièrement demandé ou souhaité.

Trump aurait pu jouer sa carte de l’ambassade comme une récompense (pour Israël) ou comme une menace (pour les Palestiniens). En agissant unilatéralement en l’absence d’un véritable processus de paix, il a joué cette carte sans en attendre le moindre gain possible.

A l’heure actuelle, comment ce transfert parviendra à faire avancer la paix reste un mystère. Au contraire, cela pourrait même avoir tué toute perspective de réussite dans l’effort de paix de l’administration Trump et pourrait bien attirer cette région déjà instable vers une autre spirale de violence.

Cet été, la violente réponse des Palestiniens à la décision d’Israël d’installer des détecteurs de métaux au mont du Temple (suite à une attaque terroriste sur le site sacré) a montré à quel point les Palestiniens pouvaient être sensibles quand on touche à Jérusalem.

La police israélienne affronte des manifestants palestiniens lors d’une manifestation contre les détecteurs de métaux installés à l’entrée du mont du Temple de Jérusalem, à Bethléem, en Cisjordanie, le 19 juillet 2017 (Wisam Hashlamoun / Flash90)

Trump et Netanyahu ont tous les deux réaffirmé ce mercredi que le statu quo au mont du Temple ne changerait pas. Mais Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, a averti que le discours de Trump servirait « les groupes extrémistes qui tentent de transformer le conflit dans notre région en une guerre religieuse ». Il n’a cependant pas appelé personnellement à des protestations.

On s’attend déjà à ce que les Palestiniens manifestent leur colère après les prières du vendredi. La décision dramatique de Trump pourrait également avoir des effets à plus long terme.

Rien n’est jamais gratuit, et certains experts israéliens se demandent déjà ce que Trump pourrait demander à Israël en échange de cette faveur. Va-t-il exiger que Netanyahu s’engage publiquement à une solution à deux Etats, ou à faire d’autres concessions ?

D’autres sont certains qu’il a agi par réelle conviction.

« Quand vous faites ce qui est juste, il n’y a pas de prix à payer », a déclaré ce mercredi Naftali Bennett, ministre de l’Education et leader du Parti orthodoxe et nationaliste HaBayit HaYehudi. « Nous pensons tous que, quand une bonne chose est faite, il devrait y avoir un prix à payer. Mais ce n’est pas vrai », a-t-il dit.

Quoi qu’il en soit, Abbas a annoncé mercredi soir qu’il considérait la reconnaissance de Jérusalem par Trump comme « une déclaration de retrait [des Etats-Unis] dans le rôle qu’elles ont joué dans le processus de paix ces dernières décennies ».

Le président américain Donald Trump rencontre le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le bureau ovale de la Maison-Blanche le 3 mai 2017, à Washington (AFP PHOTO / MANDEL NGAN)

Six mois après qu’Abbas a salué « l’intendance courageuse » du président, sa « sagesse » et sa « grande capacité de négociation » – des qualités qui pourraient « finalement donner espoir » au peuple palestinien —, les Palestiniens sont catégoriques sur le fait que cette administration ne peut plus jouer aucun rôle dans l’accord de paix.

Des puissances comme la Russie et la Chine vont-elles chercher à combler ce vide ? Moscou et Pékin ont longtemps souhaité s’impliquer davantage dans le conflit israélo-palestinien. Netanyahu se vante de ses bonnes relations avec les deux pays, mais il est peu probable qu’il le fasse pour que l’un ou l’autre remplace la tutelle américaine dans les pourparlers de paix. Netanyahu n’irait pas négocier des accords qui touchent à la sécurité israélienne avec des gouvernements qui entretiennent des liens étroits avec l’Iran.

Dans moins de deux semaines, le vice-président Mike Pence arrivera dans la région. A Jérusalem, il sera accueilli comme un héros. Il sera intéressant de voir à quoi ressemblera son accueil à Ramallah, si celle-ci l’accueille. « Le vice-président américain n’est pas le bienvenu en Palestine », a affirmé jeudi à l’AFP Jibril Rajoub, cadre du parti palestinien du Fatah.

« Le président Abbas ne l’accueillera pas à cause de l’annonce (du président Trump) ».