AMSTERDAM — Sous la forme d’un reproche inhabituel, l’ambassade israélienne aux Pays-Bas a exprimé sa « grande inquiétude » concernant l’organisation à Rotterdam d’un événement organisé par des partisans du Hamas.

L’ambassade a publié ce communiqué vendredi en amont du rassemblement, samedi, de plusieurs centaines de personnes à l’occasion d’une conférence intitulée « les Palestiniens en Europe », que l’ambassade a jugée être une devanture du Hamas.

Les autorités ont par ailleurs refusé une requête déposée par des militants pro-israéliens de défiler à Rotterdam samedi pour protester contre le rassemblement organisé à l’initiative du Centre pour le retour des Palestiniens ou PRC, a rapporté le quotidien Het Paroool.

Israël a déclaré le PRC hors-la-loi pour ses affiliations présumées avec le Hamas en 2010. Un rapport établi en 2011 par le ministère allemand de l’Intérieur affirmait que le « Hamas n’opère pas ouvertement en Europe. Il utilise plutôt le Centre pour le retour des Palestiniens de Londres comme forum ».

L’Union européenne a placé le Hamas sur sa liste noire et le considère comme un groupe terroriste.

Le maire de Rotterdam, Ahmed Aboutaleb, politicien travailliste né au Maroc au sein d’une famille musulmane et qui s’est exprimé avec force contre l’antisémitisme, a décliné les demandes soumises par des représentants de la communauté juive pour faire interdire le rassemblement.

Aboutaleb a expliqué que le bureau de coordination nationale de l’anti-terrorisme et de la sécurité avait autorisé l’événement, une affirmation toutefois démentie par l’un des portes-paroles de ce bureau.

Notant l’inquiétude d’Israël concernant la réunion, le communiqué émis par l’ambassade (en néerlandais) évoque également le rejet de la demande de manifestation soumise par le groupe « Chrétiens pour Israël ».

« Au même moment, la marche silencieuse de Rotterdam, qui est le moins qu’on puisse faire contre ceux qui prêchent la haine, l’extrémisme et le terrorisme, a été interdite, a écrit l’ambassade.

Récemment, le gouvernement néerlandais a empêché de hauts-responsables politiques turcs de faire campagne aux Pays-Bas en faveur du « oui » au référendum organisé en Turquie, qui a eu lieu dimanche. L’objectif de ce vote était l’élargissement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdoğan.

Tandis qu’Israël condamne systématiquement la reconnaissance à l’étranger des groupes terroristes contre lesquels le pays se bat, ses ambassades commentent rarement les décisions administratives prises par des pays étrangers, et en particulier par des nations amies comme le sont les Pays-Bas.

Plusieurs politiciens néerlandais ont également dénoncé la décision de permettre le déroulement de la conférence.

« Cela défie la logique que les gens soient libres de prêcher l’assujettissement tandis qu’un groupe pacifique comme l’est « Chrétiens pour Israël » est interdit de manifestation silencieuse », a commenté Joel Voordewind, législateur du parti de l’Union chrétienne, dans une déclaration faite vendredi.

L'auteur belge Dyab Abou Jahjah, né au Liban. (Crédit : Han Soete/CC BY-SA 3.0/Wikimedia Commons)

L’auteur belge Dyab Abou Jahjah, né au Liban. (Crédit : Han Soete/CC BY-SA 3.0/Wikimedia Commons)

Parmi les intervenants à la conférence du PRC, Dyab Abou Jahjah, un militant né au Liban et originaire de Belgique, qui aurait été renvoyé par un quotidien renommé pour avoir appelé à des attaques violentes contre les Juifs israéliens. Il avait précisé sur Twitter être favorable à des agressions menées « par tous les moyens nécessaires » – en référence à une attaque au cours de laquelle un terroriste palestinien avait lancé un camion contre un groupe de militaires qui visitait un site touristique populaire de Jérusalem.

Jahjah — qui après les attentats du 11 septembre à New York avait évoqué un « sentiment de victoire » et qui avait qualifié la ville d’Anvers, où la population juive est importante, de « capitale internationale du lobby sioniste » – a répété lors de la conférence les propos qui lui avaient valu son renvoi.

« Je sais qu’il y a des officiers de justice dans la salle, qui attendent d’écrire des choses. Laissez-moi vous le dire tout de suite : Je n’ai aucun problème à soutenir la résistance palestinienne contre l’occupation par tous les moyens nécessaires », a affirmé Jahjah sous les applaudissements des centaines de personnes présentes.