Un ancien directeur des renseignements militaires israéliens a déclaré jeudi que la frappe nocturne, menée contre une installation d’armes chimiques syriennes et qui a été attribuée à Israël, envoyait un message aux puissances mondiales : le pays compte faire respecter ses lignes rouges quand il s’agit de sa sécurité.

Le général de réserve Amos Yadlin a écrit sur son compte Twitter que les locaux de Mesyaf frappés cette nuit étaient également utilisés pour la production de barils d’explosifs qui ont été largués sur des civils syriens, ajoutant ainsi une justification morale à la frappe aérienne, qui n’était pas directement liée aux propres intérêts sécuritaires d’Israël.

L’armée syrienne a confirmé jeudi matin qu’un site militaire proche de Mesyaf avait été bombardé, affirmant que l’attaque avait été menée par des avions israéliens avec des missiles tirés depuis l’espace aérien libanais, et qu’elle avait tué deux personnes.

Des sources de l’opposition, citées par la radio publique israélienne, ont indiqué que les frappes avaient détruit des entrepôts de stockage d’armes, dont des missiles chimiques, qui devaient être livrés au Hezbollah.

Le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, a affirmé que le site visé était connu pour être utilisé par du personnel militaire iranien et des combattants du Hezbollah.

« Le centre de recherche a certainement été endommagé par les frappes. Un énorme incendie s’est déclaré dans un dépôt d’armes contenant des missiles », a-t-il poursuivi.

L’armée israélienne n’a commenté aucune de ces informations.

Yadlin, qui dirige l’INSS, l’Institute for National Security Studies, de l’université de Tel Aviv, a écrit dans une série de tweets que la frappe aérienne n’avait rien de la frappe de « routine ».

« [La frappe] a visé un centre militaro-scientifique syrien de développement et de fabrication de missiles de précision, entre autres, qui auront un rôle important dans les prochains conflits », a-t-il dit.

« L’attaque envoie trois messages importants », a-t-il poursuivi. D’abord, qu’ « Israël ne permettra pas la production d’armes stratégiques », ensuite qu’ « Israël compte faire appliquer le respect de ses lignes rouges, malgré le fait que les grandes puissances les ignorent », et enfin que « la présence de la défense aérienne russe n’empêche pas les frappes aériennes attribuées à Israël. »

Yadlin faisait apparemment référence à la présence de missiles anti-aériens fabriqués et gérés par la Russie, – les S-400, qui sont déployés dans la base aérienne syrienne de Lattaquié, entre autres forces et matériels militaires que Moscou a envoyés pour venir en aide au régime de Damas.

Des responsables israéliens s’étaient inquiétés que le système, considéré comme l’un des meilleurs au monde, puisse entraver les opérations aériennes menées contre des cibles du Hezbollah.

Israël aurait une ligne de communication avec la Russie pour éviter que les forces des deux pays ne s’attaquent accidentellement l’une l’autre. Pourtant, selon les médias israéliens, il y a eu au moins deux incidents dans lesquels les avions de l’armée de l’air israélienne ont essuyé des tirs des forces russes.

« Il est à présent important de contrôler l’escalade et de préparer la réponse de la Syrie, de l’Iran et du Hezbollah, et même l’opposition de la Russie », a conseillé Yadlin.

Un ex-conseiller à la Sécurité nationale israélienne, Yaakov Amidror, a avancé qu’il s’agissait d’un important centre de recherche et de développement d’armes notamment chimiques.

« C’est la première fois » qu’une telle « cible est attaquée », a-t-il affirmé à des journalistes.

« Nous n’allons pas laisser l’Iran et le Hezbollah construire des capacités leur permettant d’attaquer Israël depuis la Syrie », a-t-il ajouté, tout en disant s’attendre à une riposte syrienne.

L’armée syrienne a mis en garde jeudi contre de « sérieuses conséquences » à l’attaque, qu’elle a décrit comme une « tentative désespérée de remonter le moral au plus bas » du groupe terroriste Etat islamique (EI), « après les victoires écrasantes de l’armée arabe syrienne ». Elle a également affirmé le « soutien direct » d’Israël à l’EI et à d’ « autres organisations terroristes. »

Un immeuble en ruine après un bombardement à l'aide de barils d'explosifs par les forces du gouvernement syrien dans le quartier al-Mowasalat du nord d'Alep, le 27 avril 2014. (Crédit : Zein al Rifai/Aleppo Media Centre/AFP)

Un immeuble en ruine après un bombardement à l’aide de barils d’explosifs par les forces du gouvernement syrien dans le quartier al-Mowasalat du nord d’Alep, le 27 avril 2014. (Crédit : Zein al Rifai/Aleppo Media Centre/AFP)

La cible en question visait apparemment des locaux du Centre de recherches et d’études scientifiques de Syrie (CRES) proche de Mesyaf, dans le nord de la région de Hama. Le CRES est une agence gouvernementale syrienne qui serait liée depuis longtemps à la production d’armes chimiques, selon des responsables occidentaux.

« L’usine qui a été visée à Mesyaf produit des armes chimiques et des barils d’explosifs qui ont tué des milliers de civils syriens, a écrit Yadlin. Si l’attaque a été menée par Israël, elle serait une action morale et louable d’Israël contre les carnages en Syrie. »

Des associations de défense des droits de l’Homme ont condamné l’utilisation de barils d’explosifs – de grands containers d’explosifs qui sont jetés depuis des hélicoptères sur des cibles des rebelles – par le régime syrien. Les bombes sont souvent larguées sur des zones peuplées, faisant de très nombreuses victimes civiles, affirment ces organisations.

Mercredi, des enquêteurs de l’ONU ont indiqué pour la première fois que le gouvernement syrien était responsable de l’attaque meurtrière en avril de Khan Cheikhoun, accusant Damas de « crime de guerre ».

« Il existe des motifs raisonnables de croire que les forces aériennes ont lancé une bombe dispersant du gaz sarin », écrivent les enquêteurs sur la base de milliers de témoignages de victimes, de documents et de photos satellites.

Au moins 87 personnes, dont 30 enfants, ont perdu la vie le 4 avril dans l’attaque de Khan Cheikhoun qui avait entraîné la première frappe de Washington contre le régime de Damas.

Fin avril, les Etats-Unis avaient aussi annoncé des sanctions financières contre 271 scientifiques du SSRC « en réponse à l’attaque (…) au gaz sarin à l’encontre de civils innocents dans la ville de Khan Cheikhoun par le dictateur (…) Bachar al-Assad ».

Damas a assuré à plusieurs reprises avoir remis tous ses stocks d’armes chimiques, conformément à un accord conclu en 2013 sous les auspices de la Russie.

Mais, en 2016, deux rapports d’enquêteurs de l’ONU et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) avaient conclu que Damas avait mené trois attaques au chlore en 2014 et 2015 dans le nord de la Syrie.

Israël mènerait depuis des années des frappes aériennes contre les systèmes d’armement sophistiqués en Syrie, notamment contre les missiles anti-aériens de fabrication russe et des missiles iraniens, ainsi que contre des positions du Hezbollah. L’Etat juif confirme très rarement de telles opérations.

Israël s’est tenu à l’écart de la guerre civile syrienne, mais a dit à de multiples reprises qu’il agirait pour empêcher le Hezbollah d’acquérir des armes sophistiquées.

En mai, le ministre de la Défense Avigdor Liberman avait indiqué que l’armée israélienne menait des raids en Syrie pour trois raisons : si Israël est attaqué, pour empêcher des transferts d’armes et pour éviter une « bombe à retardement », – en d’autres termes des attaques terroristes imminentes contre Israël par des organisations déployées à sa frontière.

L’équipe du Times of Israël et l’AFP ont contribué à cet article.