Ambassades, immigrants et touristes ciblés par les coupes budgétaires de 2019
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Ambassades, immigrants et touristes ciblés par les coupes budgétaires de 2019

La ministre adjointe des Affaires étrangères a jugé qu’une réduction du personnel était « un assassinat ciblé » de la diplomatie israélienne et a promis de bloquer le projet

Des diplomates israéliens protestent à Tel-Aviv en brandissant un panneau sur lequel est écrit « Moins de diplomatie = un Israël isolé », le 3 juillet 2013 (Flash90 / Roni Schutzer)
Des diplomates israéliens protestent à Tel-Aviv en brandissant un panneau sur lequel est écrit « Moins de diplomatie = un Israël isolé », le 3 juillet 2013 (Flash90 / Roni Schutzer)

Le ministère des Finances a proposé d’importantes compressions dans le budget 2019, ce qui risque de réduire considérablement les effectifs du personnel diplomatique et dans les ambassades d’Israël. La série de mesures de réduction des coûts ciblerait également les nouveaux immigrants et les touristes qui ne pourraient plus prétendre à un remboursement intégral de la TVA.

Les dépenses publiques devraient augmenter d’un peu moins de 3,5 %, passant de 460 milliards de shekels (111,6 milliards d’euros) en 2018 à 479 milliards de shekels (116,2 milliards d’euros) en 2019, avec 100 milliards de shekels (24,3 milliards d’euros) qui serviraient à éponger la dette, selon un document remis aux ministres ce lundi en prévision d’un débat sur le budget du gouvernement qui débutera jeudi.

Le plan visant à réduire le financement du ministère israélien des Affaires étrangères serait particulièrement drastique. Ainsi, Israël serait contraint de fermer un cinquième de ses missions à l’étranger et de se séparer d’un tiers de son personnel.

Le document du ministère des Finances propose de supprimer 22 missions israéliennes à l’étranger sur trois ans – ce qui permettrait d’économiser 176 millions de shekels (42,7 millions d’euros) – et de se séparer sur quatre ans de 140 personnes sur les 686 employées au siège du ministère des Affaires étrangères, à Jérusalem – ce qui permettrait d’économiser 40 millions de shekels (9,7 millions d’euros).

Israël compte actuellement 69 ambassades, 23 consulats et cinq missions spéciales, y compris son représentant aux Nations unies.

Tzipi Hotovely, vice-ministre israélienne des Affaires étrangères, a qualifié la mesure « d’assassinat ciblé » de la diplomatie israélienne.

La vice-ministre des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, à Washington, en novembre 2017 (Shmulik Almany / MFA)

« C’est un outrage que nous ne pouvons laisser passer. Le ministère des Finances a décidé de procéder à un assassinat ciblé du service des Affaires étrangères, alors même qu’Israël étend ses relations avec l’étranger et que le ministère a besoin d’un budget plus conséquent », a-t-elle affirmé, souhaitant rencontrer le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui est aussi le ministre des Affaires étrangères, afin « d’empêcher cet impossible décret ».

Netanyahu s’est vanté des relations diplomatiques au beau fixe qu’entretient Israël à travers le monde et a promis le mois dernier d’ouvrir une nouvelle ambassade au Rwanda.

Cette décision intervient après que le ministère des Finances a signé de nouveaux accords salariaux avec le ministère des Affaires étrangères l’an dernier, qui a vu son budget et ses conditions s’éroder systématiquement au cours des dix dernières années. Les diplomates ont entamé une grève de grande ampleur en 2014 et à nouveau l’année dernière, quand le Trésor a retardé la mise en œuvre de l’accord de 2014.

Le plan a également ciblé l’éducation et les personnes handicapées.

En 2019, les plus gros bénéficiaires seront le ministère de l’Education, qui disposera d’un budget de 57 milliards de shekels (13,8 milliards d’euros), suivi par le ministère de la Défense, avec 55 milliards de shekels (13,3 milliards d’euros). Le ministère de la Santé recevra 36 milliards de shekels (8,7 milliards d’euros).

Au niveau de l’Education, le ministère des Finances a de nouveau proposé de reporter l’implémentation totale de la longue journée de classe – cette fois de quatre années supplémentaires – afin de ne pas avoir à dépenser 1,2 milliard de shekels (291 millions d’euros) en 2019 et 2,4 milliards de shekels (582 millions d’euros) en 2020. A l’heure actuelle, le programme a été mis en œuvre uniquement dans les zones socio-économiques défavorisées. Ainsi, le plan initial a donc été retardé de 20 ans.

Photo d’illustration de lycéens israéliens dans une salle de classe (Hadas Parush / Flash90)

Le ministère a également appelé à un délai de trois ans supplémentaire pour la mise en œuvre complète d’une loi de 1998 obligeant tous les bâtiments publics à être accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Les diverses coupes budgétaires et reports proposés visent à financer de nouvelles initiatives auxquelles le gouvernement s’est engagé, comme l’augmentation des allocations mensuelles pour les personnes handicapées et pour les personnes âgées recevant des soins infirmiers, ainsi que l’octroi de crédits d’impôt négatifs pour les travailleurs qui touchent un salaire peu élevé.

Cette coupe budgétaire permettra de financer également des activités parascolaires dans le cadre de l’initiative « Du net pour la famille » de Moshe Kahlon, ministre des Finances. Le programme coûtera 4 milliards de shekels (970 millions d’euros) par an et inclura également des crédits d’impôt supplémentaires pour les parents d’enfants de moins de 6 ans, des suppléments de revenu plus importants pour les personnes qui gagnent peu, l’égalisation des crédits d’impôt pour les pères et mères qui travaillent et des réductions d’impôt sur les téléphones portables, les vêtements et les chaussures pour enfants.

Photo d’illustration de nouveaux immigrants qui arrivent à l’aéroport de Ben Gourion en Israël (Gideon Markowicz / FLASH90)

Si les propositions budgétaires sont approuvées, le budget dédié aux avantages accordés aux nouveaux immigrants sera imputé de 130 millions de shekels et des vérifications de ressources seront effectuées de sorte à s’assurer que seuls les nouveaux immigrants dont la richesse totale est inférieure à 500 000 shekels (121 272 euros) recevront une aide financière.

Un montant supplémentaire de 40 millions de shekels (9,7 millions d’euros) serait économisé sur les remboursements de TVA accordés aux touristes : ainsi, seuls 60 % de la TVA sur les biens achetés en Israël et emportés à l’étranger seraient désormais remboursés. A l’heure actuelle, les touristes bénéficient d’un remboursement intégral. Le ministère affirme que la moyenne mondiale du remboursement de TVA s’élève à 54 %.

Aussi, la somme de 1,2 milliard de shekels (291 millions d’euros) serait prélevée des bénéfices de l’Autorité aéroportuaire d’Israël. 300 millions de shekels (72,7 millions d’euros) supplémentaires seraient prélevés chaque année sur les recettes sur les frais de vol de l’AAI et sur ses autres activités commerciales.

Le budget de formation du ministère de l’Éducation serait réduit de 30 millions de shekels (7,3 millions d’euros) – 90 % de cette somme serait versée aux directeurs d’établissements afin qu’ils puissent bénéficier des mêmes services via le secteur privé – et les fonds destinés aux activités éducatives liées à la Torah et au judaïsme seraient réduits de 12 millions de shekels (2,9 millions d’euros) – 20 % du budget total. Une économie de 11 millions de shekels (2,7 millions d’euros) serait aussi proposée via l’annulation du « fonds de réserve » discrétionnaire du ministre des Affaires religieuses et par la combinaison du ministère des Affaires religieuses avec le grand rabbinat.

Le grand rabbin ashkénaze David Lau (à gauche) et le grand rabbin séfarade Yitzhak Yosef assistent à une réunion du Conseil du rabbinat à Jérusalem, le 4 novembre 2013 (Flash90)

Parmi les autres mesures proposées : une réduction de 30 % des heures supplémentaires des ouvriers fonctionnaires – hormis le personnel hospitalier – ceci dans le but d’économiser 200 millions de shekels (48,5 millions d’euros) par an ; une réduction de 10 millions de shekels dans le budget du département des implantations ; une réduction de 30 % dans le budget des cérémonies nationales (pour une économie de 5 millions de shekels, soit 1,2 million d’euros par an) ; et de nouvelles réductions sur un programme décennal de 140 millions de shekels (34 millions d’euros) par an annoncé en 2011 pour encourager les solutions énergétiques alternatives aux combustibles fossiles. Le financement de ce programme avait déjà été réduit chaque année.

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