Aviv Kohavi : Laissons les soldats tués et leurs familles hors de la politique
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Aviv Kohavi : Laissons les soldats tués et leurs familles hors de la politique

Dans un éditorial, le chef d’état-major de Tsahal affirme que l’instrumentalisation des soldats tués au combat représente une"ligne rouge" à ne pas franchir

Le chef d'état-major de Tsahal, Aviv Kohavi, prend la parole lors d'une cérémonie au quartier général de l'armée à Kirya à Tel Aviv, le 18 juin 2020. (Crédit : Armée de défense d’Israël)
Le chef d'état-major de Tsahal, Aviv Kohavi, prend la parole lors d'une cérémonie au quartier général de l'armée à Kirya à Tel Aviv, le 18 juin 2020. (Crédit : Armée de défense d’Israël)

Vendredi, le chef d’état-major de Tsahal Aviv Kohavi a fait une incursion exceptionnelle dans la politique israélienne, affirmant qu’instrumentaliser les soldats tombés au combat et leurs familles pour des débats partisans franchissait une « ligne rouge ».

Les commentaires de Kohavi interviennent quelques jours après que les partisans du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont insulté et réprimandé la famille d’un soldat tombé au combat pour avoir accueilli chez eux des manifestants anti-Netanyahu, ce qui a provoqué l’indignation générale.

Dans un éditorial envoyé aux médias intitulé « Ne touchez pas aux endeuillés », Kohavi a déclaré que certains sujets devaient rester en dehors de la mêlée.

« L’État d’Israël est une démocratie vivante et dynamique. C’est une source de force qui s’exprime dans un discours public ouvert, une pluralité d’opinions et une réflexion indépendante, qu’il est important de préserver et d’encourager. Cependant, il y a des sujets qui doivent être laissés en dehors de tout débat, en particulier les soldats tombés et leurs familles endeuillées », a-t-il déclaré.

Des soldats et des policiers israéliens déposent des fleurs et des drapeaux israéliens sur les tombes de soldats morts au combat au cimetière militaire de Kiryat Shaul, le 27 avril 2020. (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

Sans mentionner d’incident spécifique, Kohavi a déploré les critiques des familles endeuillées qui établissent un « lien direct avec leur deuil difficile », affirmant que cela transforme les soldats tués au combat en un point de discorde politique.

« C’est une ligne rouge morale et humaine qui ne doit pas être franchie », a déclaré Kohavi. « Ceux qui sont tombés et leurs familles endeuillées font partie de Tsahal… Chaque soldat qui sert dans l’Armée de défense d’Israël ou qui a donné sa vie pour la nation, la nation préservera et protégera son honneur et sa famille. »

Le chef de Tsahal a déclaré que les Israéliens doivent honorer ces familles « à chaque occasion » et les accepter.

« Nous nous disputerons, nous serons en désaccord, nous exprimerons une variété d’opinions, mais nous protègerons ces familles. C’est notre devoir envers nous-mêmes, afin de ne pas glisser vers la fracture sociale, et c’est notre devoir [envers les familles] – un devoir national, moral et humain », a-t-il déclaré.

Le capitaine Tom Farkash, tué dans un accident d’hélicoptère en août 2006. (IAF)

Lors d’une manifestation mardi à Césarée, des militants de droite ont insulté la famille Farkash, dont le fils défunt Tom était pilote dans l’armée de l’air et a été tué dans un accident d’hélicoptère pendant la Seconde Guerre du Liban en 2006.

Les manifestants étaient furieux que la famille ait accueilli certains des manifestants anti-Netanyahu.

« Il y a un Dieu et il l’a punie », a déclaré un membre d’un groupe de manifestants pro-Netanyahu à propos de la mère de Tom Farkash. « Je lui souhaite d’en perdre un autre [enfant]. »

« Le fait que vous ayez perdu un fils ne vous donne pas tous les droits », a crié un autre manifestant vers la maison.

Farkash était né au Canada et avait immigré en Israël avec sa famille à l’âge de huit ans.

« Il est aussi en deuil », a crié un manifestant vers la maison de la mère de Farkash, faisant référence à Netanyahu, dont le frère Yoni a été tué dans l’opération Entebbe en 1976.

La manifestation a été condamnée par Netanyahu, le président Reuven Rivlin, le ministre de la Défense Benny Gantz et le président de l’opposition Yair Lapid.

La mère de Farkash, Anat, a exprimé son indignation de voir les manifestants maudire quelqu’un dont le fils est mort en défendant le pays.

Le manifestant qui avait souhaité qu’Anat perde un autre enfant s’est par la suite excusé lors d’une interview télévisée.

Des manifestants devant la maison de la famille du capitaine Tom Farkash, pilote de Tsahal décédé, à Césarée, le 17 novembre 2020. (Capture d’écran)

Des manifestations sont organisées régulièrement dans tout le pays contre Netanyahu, exigeant sa démission à cause de son procès pour corruption, fraude et abus de confiance, ainsi que pour sa mauvaise gestion présumée de la pandémie de coronavirus.

En plus de la manifestation principale à Jérusalem et de manifestations annexes dans tout le pays, des manifestants se rassemblent régulièrement devant la résidence privée de la famille Netanyahu à Césarée. La famille Farkash avait autorisé des militants anti-Netanyahu à manifester contre le Premier ministre depuis le toit de leur maison, adjacente à la sienne, selon la Douzième chaîne.

Après les condamnations généralisées mercredi, Netanyahu a répondu à l’incident par une déclaration publiée au nom de son parti, le Likud.

Il a déclaré « condamner avec force tout commentaire de ce genre, relatif à la perte et au deuil… Le Premier ministre Netanyahu a tout au long de sa vie honoré scrupuleusement le sentiment de perte des familles endeuillées, et les autres – de gauche comme de droite – doivent en faire autant ».

Mais il s’est plaint également que les manifestants se réunissent à moins de 300 mètres de son domicile de Césarée, en violation d’une décision de la Cour suprême.

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