Excuses d’un activiste qui avait souhaité la mort à la famille d’un soldat tué
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Excuses d’un activiste qui avait souhaité la mort à la famille d’un soldat tué

Ephraim Grif dit que "nous sommes humains et nous faisons des erreurs", après avoir fait partie d'un groupe qui a pris verbalement à partie la famille endeuillée

Ephraim Grif interrogé par la Douzième chaîne, le 18 novembre 2020. (Capture écran/la Douzième chaîne)
Ephraim Grif interrogé par la Douzième chaîne, le 18 novembre 2020. (Capture écran/la Douzième chaîne)

Un activiste de droite s’est excusé mercredi d’avoir souhaité que la famille d’un soldat israélien tombé au combat perde un autre enfant parce qu’elle aurait accueilli chez elle un groupe de manifestants anti-Netanyahu.

« Il n’y a pas de commentaires à faire à une famille endeuillée. Je m’excuse. On ne dit pas les choses que j’ai dites [hier soir], mais nous sommes humains et nous faisons des erreurs. Cela n’aurait pas dû arriver ; cela a été dit dans une tempête d’émotions », a expliqué Ephraim Grif à la Douzième chaîne.

La chaîne l’avait amené à répondre à l’indignation croissante de l’ensemble de la classe politique après le rassemblement qu’il a mené en début de semaine devant la maison de Césarée de la famille Farkash. Lors de cette mobilisation, des insultes ont volé, mentionnant le fils de la famille Farkash, Tom, qui a été tué dans un accident d’hélicoptère pendant la seconde guerre du Liban en 2006.

« Il y a un Dieu et il l’a punie. Je lui souhaite de perdre un autre enfant », a crié un membre d’un groupe de militants pro-Netanyahu.

Des manifestants devant la maison de Césarée de la famille du capitaine Tom Farkash, pilote de Tsahal tombé au combat, le 17 novembre 2020. (Capture d’écran)

« Le fait que vous ayez perdu un fils ne vous donne pas tous les droits », avait hurlé un autre manifestant.

Farkash, un pilote de l’armée de l’air, a été tué lorsque son hélicoptère s’est écrasé en 2006 pendant la seconde guerre du Liban. Il était né au Canada et avait immigré en Israël avec sa famille à l’âge de huit ans.

« Il est aussi en deuil », avait lancé un militant, faisant référence à Yoni Netanyahu, le frère du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a été tué dans l’opération Entebbe en 1976.

« Nous resterons ici tant que vous accueillerez les anarchistes sur le toit de votre maison », avait crié un autre manifestant en direction de la maison familiale. « Je ne vous donnerai pas la liberté d’expression à laquelle vous êtes habitués ici. »

La mobilisation avait été condamnée par le Premier ministre, le président Reuven Rivlin et le chef de file de l’opposition Yair Lapid.

Le président de la Knesset, Yariv Levin, a déclaré que la conduite des manifestants « n’est pas la voie du mouvement du Likud, ni celle du camp de la droite ».

« Les familles endeuillées sont les plus précieuses que le peuple et l’État d’Israël possèdent. Grâce à leurs proches disparus, nous avons un État d’Israël sûr et prospère », avait-il commenté dans un communiqué.

Selon des médias israéliens, un message a été diffusé dans un groupe WhatsApp à l’intention des militants du Likud de Netanyahu.

« Mes amis… nous nous rendrons à la maison de la famille Farkash à Césarée mardi à 7 heures. Nous devons leur donner une leçon. Cette famille accueille le Drapeau noir [groupe de protestation] chaque semaine et commet des actes terroristes devant la maison de la famille Netanyahu », disait le message de la militante Orly Lev.

Les vidéos publiées sur les réseaux sociaux montraient un groupe d’une quinzaine de partisans du Premier ministre, portant les drapeaux de son parti, le Likud, ainsi que le drapeau d’Israël.

La mère de Farkash, Anat, a exprimé son indignation de voir les manifestants maudire quelqu’un dont le fils est mort en défendant le pays.

« Ce soir, ils sont venus nous voir, une famille privée, pour avoir permis aux citoyens de l’État d’Israël de dire au Premier ministre ce qu’ils pensent. Ils sont venus nous attaquer et nous dire, à nous, famille privée, ‘honte’ que nous soyons une famille endeuillée, ‘honte’ que nous croyions en la démocratie, ‘honte’ que nous permettions aux citoyens d’exprimer leurs opinions », avait-elle écrit.

« Notre fils a donné sa vie pour qu’eux, leurs enfants et tous les résidents de l’État d’Israël aient une vie sûre. Comment en sommes-nous arrivés là ? Honte à la police qui les a laissés se tenir sous nos fenêtres – des citoyens – et n’a rien fait », a dénoncé Anat.

Le ministre de la Défense Benny Gantz vu lors d’une visite à la frontière israélo-libanaise, au nord d’Israël, le 17 novembre 2020. (David Cohen/Flash90)

« Jusqu’où les partisans de Bibi ont-ils sombré ? Jusqu’où Benjamin Netanyahu a-t-il sombré ? » avait-elle lancé, désignant le Premier ministre par son surnom. « Chers membres du Likud qui vous êtes présentés sous nos fenêtres ce soir – nous nous battons pour tous les citoyens de l’État d’Israël. Notre Tom a été tué pour vous aussi. Nous méritons tous mieux ».

La police a fait savoir qu’une manifestante avait été arrêtée pour avoir refusé de décliner son identité et qu’ils avaient agi pour disperser la manifestation.

Les manifestants protestent régulièrement contre Netanyahu, lui demandant de démissionner en raison de son procès pour corruption, fraude et abus de confiance, ainsi que de sa gestion de la pandémie de coronavirus.

A LIRE – Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Outre une mobilisation centrale à Jérusalem et des mobilisations satellites dans tout le pays, les manifestants se rassemblent régulièrement devant la résidence privée de la famille Netanyahu à Césarée. La famille Farkash avait permis à des militants anti-Netanyahu de manifester contre le Premier ministre depuis le toit de leur maison, qui est adjacente à la sienne, a rapporté la Douzième chaîne.

Après les condamnations de mercredi, Netanyahu a répondu à l’incident par un communiqué publié au nom de son parti, le Likud.

« Ayant lui-même connu la souffrance du deuil, le Premier ministre Netanyahu a tout au long de sa vie respecté scrupuleusement le sentiment de perte des familles endeuillées, et d’autres – de gauche comme de droite – doivent se comporter de la même manière », peut-on lire dans le communiqué. « Le Premier ministre condamne sévèrement tout commentaire de ce genre qui est lié à la perte du deuil, y compris les commentaires qui ont été faits à Césarée. »

Dans ce communiqué, le Premier ministre s’est également plaint que les manifestants se réunissaient à moins de 300 mètres de sa maison de Césarée, en violation d’une décision de la Cour suprême.

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