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Benny Gantz prône l’évacuation de Homesh

Le ministre déclare que, selon la loi, l'avant-poste illégal de Cisjordanie doit être évacué ; bien qu’étant contesté au sein de la coalition, Gantz ne défiera pas la loi

Des personnes marchent près du château d'eau sur les ruines de Homesh, le 27 août 2019. (Crédit : Hillel Maeir/Flash90)
Des personnes marchent près du château d'eau sur les ruines de Homesh, le 27 août 2019. (Crédit : Hillel Maeir/Flash90)

Le ministre de la Défense Benny Gantz a déclaré lundi que l’avant-poste illégal de Homesh en Cisjordanie sera évacué conformément à la loi israélienne, une question qui risque d’être le un nouveau point de discorde au sein de la coalition hétéroclite et chancelante.

« Homesh sera évacué », a déclaré Gantz au début d’une réunion de sa faction Kakhol lavan à la Knesset. « La loi israélienne l’exige ».

Homesh est l’un des quatre avant-postes du nord de la Cisjordanie qui avaient été évacués en 2005 lors du désengagement de Gaza.

La loi israélienne interdit aux citoyens de retourner sur les sites des implantations démantelées, mais cela n’a pas empêché un groupe d’ultra-nationalistes de maintenir illégalement une yeshiva sur le site depuis une quinzaine d’années, bénéficiant même de la protection épisodique de Tsahal.

Leur présence a empêché les Palestiniens de cultiver leurs terres, malgré plusieurs décisions de justice ordonnant de leur donner accès à celles-ci.

En décembre dernier Homesh était de nouveau à la une des journaux lorsqu’un des étudiants du séminaire, Yehuda Dimentman, a été tué lors d’une attaque terroriste alors qu’il rentrait chez lui après ses cours à la yeshiva.

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors d’une réunion de la faction Kakhol lavan à la Knesset, le 31 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Suite à cette attaque, la veuve de Dimentman, Ettya, avait envoyé une lettre au Premier ministre Naftali Bennett demandant que l’avant-poste illégal ne soit pas démoli, mais plutôt légalisé afin qu’il puisse continuer à se développer.

Les remarques de Gantz lundi précèdent une audience de la Haute Cour de justice concernant l’avant-poste.

La Haute Cour de justice a ordonné à l’État de soumettre sa position d’ici jeudi concernant une pétition déposée par des habitants des terres palestiniennes demandant que la loi israélienne soit appliquée et que les habitants de l’avant-poste soient expulsés.

En février, l’État avait autorisé la yeshiva à poursuivre ses activités, mais avait interdit toute nouvelle construction sur le sommet de la colline, la décision finale d’expulser ou non les habitants de l’avant-poste étant du ressort de M. Gantz.

Le village palestinien de Burqa. Un drapeau israélien a été placé dans l’avant-poste juif de Homesh en Cisjordanie, le 17 janvier 2022. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

Un autre député Kakhol lavan, Eitan Ginzburg, a déclaré mardi à la radio de l’armée que tous les membres de la coalition comprenaient que Gantz ne pouvait pas permettre aux habitants de l’avant-poste de rester si c’était contraire à la loi.

« Homesh sera évacué – [les habitants de l’avant-poste] ne peuvent pas rester là d’après la loi sur le désengagement. Tous les membres de la coalition comprennent cela – je pense que personne ne s’attend à ce que le ministre de la Défense Benny Gantz enfreigne la loi », a déclaré Ginzburg.

Le député de Yesh Atid, Yoel Razvozov a été moins direct sur la question, déclarant également à la radio de l’armée que la coalition avait prouvé qu’elle était capable de résoudre les problèmes par le dialogue et que la question serait discutée « jusqu’à l’apparition de la fumée blanche », en référence au mécanisme du Vatican pour annoncer la nomination d’un nouveau pape.

Deux responsables de la coalition ont déclaré au Times of Israel le mois dernier qu’une des raisons principales qui ont poussé la députée de Yamina Idit Silman à quitter la coalition était la frustration croissante au sein du parti face au refus de Gantz de céder sur les questions concernant les implantations.

Le député de Yamina Nir Orbach, qui fait encore partie de la coalition, a déjà prévenu Bennett qu’il suivrait Silman s’il n’y avait pas de progrès sur ces questions dans un avenir proche.

Le député Nir Orbach assiste à une réunion du comité des arrangements à la Knesset, à Jérusalem, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dimanche, Silman, ainsi que le député rebelle de Yamina, Amichai Chikli – qui a été chassé du parti – et l’ancien parlementaire Yomtob Kalfon qui a perdu son siège à la Knesset la semaine dernière, ont participé à une visite de Homesh.

Kalfon, qui a promis qu’il n’avait pas l’intention de déserter son parti ou la coalition lorsqu’il a été écarté, a tweeté qu’il était « important de renforcer Homesh et les implantations du nord de la Samarie. »

Le député de l’opposition Bezalel Smotrich, du parti Sionisme religieux, a tweeté « ce gouvernement de gauche a perdu sa majorité au sein de la nation et à la Knesset et qu’il n’a aucune légitimité pour limiter les implantations dans la région, et certainement pas pour évacuer Homesh. »

Homesh s’ajoute à une question en cours concernant l’éventuelle autorisation rétroactive d’Evyatar, un autre avant-poste illégal de Cisjordanie, et les deux questions pourraient potentiellement être liées pour apaiser les parlementaires de droite.

Des dizaines de squatters ont accepté de quitter la communauté d’Evyatar, située au sommet d’une colline du nord de la Cisjordanie, dans le cadre d’un accord conclu avec le gouvernement en juillet dernier, qui prévoyait une évacuation pacifique des habitants en échange de l’autorisation par le gouvernement de laisser en place les habitations illégales qu’ils avaient érigées pendant la durée d’une enquête sur le terrain.

Le gouvernement avait alors déclaré que s’il s’avérait que la majorité des terres avaient été construites sur ce que l’État jugeait pouvoir être déclaré terres publiques, il légaliserait rétroactivement l’avant-poste. À la grande joie des habitants des implantations, l’enquête leur a été favorable, bien que les Palestiniens de la ville voisine de Beita se soient opposés aux revendications des habitants des implantations sur ces terres, affirmant que ces dernières ont toujours été cultivées par eux.

Des images aériennes datant de 1980 semblent confirmer qu’au moins une partie des terres sur lesquelles se trouve l’avant-poste était autrefois exploitée par des propriétaires palestiniens privés. Mais la loi israélienne permet à l’État de saisir les terres de Cisjordanie si elles ne sont pas cultivées pendant de longues périodes, règle qui a été utilisée pour saisir de vastes zones en Cisjordanie pour y installer des implantations. Les Palestiniens affirment que la raison pour laquelle ces terres n’ont pas été cultivées est en partie due au fait que Tsahal et les habitants des implantations leur en ont empêché l’accès, invoquant des raisons de sécurité.

L’avant-poste d’Evyatar en Cisjordanie, le 5 juillet 2021. (Credit: Flash90)

Evyatar a été établi illégalement par des habitants des implantations en 2013 en réponse au meurtre d’Evyatar Borovsky lors d’une fusillade terroriste au croisement Tapuah, non loin de là. Les autorités l’ont démoli plusieurs fois depuis, et chaque fois, les habitants des implantations l’ont reconstruit.

Mais les squatters d’Evyatar ont agi plus méthodiquement l’année dernière, en s’y installant en pleine guerre de Gaza, lorsque l’attention des forces de sécurité était autrement occupée. Un délai suffisant s’est écoulé avant que les forces de sécurité ne viennent sur le site, pour que des complications bureaucratiques s’ajoutent au démantèlement.

Le rétablissement de l’avant-poste avait suscité des protestations hebdomadaires de la part des résidents palestiniens du quartier voisin de Beita. Ces manifestations, souvent violentes, ont donné lieu à des affrontements avec les troupes de Tsahal qui ont répondu par la force. Ces violences ont coûté la vie à au moins dix Palestiniens au cours de l’année écoulée.

Le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a averti Gantz et Bennett que la régularisation de l’avant-poste d’Evyatar tendrait les relations d’Israël avec l’administration Biden, qui s’est montrée catégorique dans son opposition à de telles mesures unilatérales, a déclaré au Times of Israel un fonctionnaire au fait de la question.

Un avis juridique signé par le procureur général de l’époque, Avichai Mandelblit, en février, a permis à l’État de saisir les terres d’Evyatar à des fins d’utilisation publique.

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