Des inventeurs israéliens veulent aider les Africains à traverser le Covid-19
Rechercher

Des inventeurs israéliens veulent aider les Africains à traverser le Covid-19

Les médecins et les ingénieurs peuvent fabriquer des respirateurs avec des pièces de base coûtant 500 dollars et un plan à télécharger conçu en Israël

Le township Alexandra de Johannesburg en Afrique du Sud, le 15  avril 2020. (AP/Jerome Delay)
Le township Alexandra de Johannesburg en Afrique du Sud, le 15 avril 2020. (AP/Jerome Delay)

La crainte d’une pénurie de respirateurs ne cessant de croître, 300 entreprises et associations à but non lucratif du monde entier s’apprêtent à produire des appareils d’assistance respiratoire à l’aide d’un plan de conception israélien qu’ils ont téléchargé sur Internet.

Ses inventeurs, qui sont issus des secteurs technologique, militaire et ambulancier, affirment que leur projet de respirateur ne coûtant que 500 dollars pourrait éviter l’effondrement des systèmes de soins de santé en Afrique, où le coronavirus devrait bientôt frapper durement. Certaines des pièces peuvent être imprimées en 3D directement à partir du plan en ligne.

« Cela peut permettre de fournir une assistance respiratoire à des millions de personnes en Afrique alors qu’aucune autre machine n’est disponible », commente le consultant en innovation Eitan Eliram, ajoutant : « En Afrique, ils n’ont pas encore complètement pris conscience du coronavirus, et il n’y a pratiquement pas de respirateurs, donc cela peut faire une différence considérable ».

En fait, l’Afrique compte moins de respirateurs qu’Israël. Seuls 2 000 appareils en état de marche sont répartis dans 41 pays africains, et dix pays africains n’en ont aucun, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les experts avertissent que l’Afrique a trois semaines de retard sur l’Europe dans la propagation du virus et, selon un nouveau rapport de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, dans le meilleur des cas, le continent devrait enregistrer 122 millions d’infections.

Des équipes du monde entier s’entretiennent avec les innovateurs de la nouvelle association à but non lucratif AmboVent au sujet de leur respirateur éponyme, puiqu’ils en fabriquent des prototypes. Eitan Eliram, co-fondateur d’AmboVent, indique que certaines d’entre elles pourront en produire en masse d’ici un mois.

Eitan Eliram, co-fondateur d’AmboVent. (Autorisation)

Il s’agit de l’un des nombreux modèles de respirateurs disponibles en open source qui génèrent de l’enthousiasme. Le célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT) vient ainsi de publier les plans de son modèle.

Dans les prochains jours, AmboVent lancera une campagne de financement participatif pour couvrir les frais de production d’une petite série de ses machines en Israël afin d’envoyer un échantillon à chaque équipe pour qu’elle l’utilise comme guide de référence, ce qui leur permettra d’accélérer leur travail. Eitan Eliram a expliqué qu’ils initiaient cette campagne parce qu’ils « s’efforcent de courir plus vite que le virus ne peut tuer ».

Il a prédit que même les pays en développement qui ont de l’argent pourraient finir par construire des modèles en open source.

« La situation des respirateurs est désastreuse », commente-t-il. « Même avec certains de ceux que l’on peut obtenir, les valves sont en rupture de stock, donc les gens appellent et disent qu’ils veulent cette machine qui ne dépend pas de l’approvisionnement après sa fabrication ».

Yuval Eran, un ambulancier qui a travaillé sur le design original et qui passe maintenant des heures chaque jour à essayer de l’améliorer, se dit ému par sa popularité.

« Je suis enthousiaste et ravi », a-t-il confié au Times of Israel. « Je suis heureux qu’il ait donné de l’espoir aux gens, et cela pousse l’équipe d’AmboVent à continuer à aller de l’avant ». Au-delà des entreprises et des organisations à but non lucratif qui se sont engagées à construire des prototypes, des personnes du monde entier l’ont contactée pour obtenir plus de renseignements – dont plusieurs Iraniens.

Yuval Eran travaille sur un prototype d’AmboVent (Autorisation)

Dans l’un des nombreux messages reçus par AmboVent, Sergio Rivera, directeur technique de l’entreprise mexicaine de robotique sous-marine AQUA Exploración, a écrit qu’il craignait que si les Mexicains ne « relèvent pas le défi », son pays pourrait suivre l’Équateur, durement touché, où des pénuries de respirateurs ont été signalées.

Il a indiqué qu’alors que son gouvernement accueille les initiatives du secteur privé, il est en train de constituer une équipe multidisciplinaire et veut apprendre du « travail incroyable » des concepteurs d’AmboVent.

Le plan a été téléchargé 19 000 fois au cours de la première heure de sa mise en ligne, mais Yuval Eran a indiqué qu’il ne s’attendait pas non plus à ce que, trois semaines plus tard, 300 équipes s’en servent effectivement pour construire des prototypes, et prévoient de les produire pour les hôpitaux. « C’est une solution qui est beaucoup plus nécessaire que je ne le pensais », a-t-il commenté.

Alors que l’étudiant en ingénierie médicale, qui travaille au Magen David Adom et fait du bénévolat pour l’organisation FIRST robotics, tente d’en améliorer la conception, les équipes qui le construisent aux États-Unis, en Angleterre, en Suisse, en Ukraine, au Guatemala, au Pakistan, en Nouvelle-Zélande et ailleurs font de même.

« C’est l’idée même des conceptions open source, non pas que nous publions et que ce soit terminé, mais plutôt que nous continuons à nous améliorer en équipe avec des personnes d’autres pays », explique-t-il, ajoutant qu’une « communauté mondiale » coopère aujourd’hui.

Peu après l’épidémie de coronavirus, alors que les craintes de voir la pénurie de respirateurs entraîner un nombre élevé de décès augmentaient, une équipe ad hoc a été formée, composée de membres du Magen David Adom, de l’armée de l’Air israélienne, de Microsoft Israël, de FIRST, du centre médical Sourasky de Tel Aviv, du centre médical Hadassah et de quelques autres intervenants. Elle était déterminée à concevoir un respirateur facile à construire et à partager avec le monde entier.

Il ne s’agit pas d’un appareil complet, mais plutôt de ce que Yuval Eran appelle une « solution provisoire au cas où nous aurions besoin d’un plan B pour survivre à cette situation ». Il est similaire aux ballons-masques que les ambulanciers utilisent pour assurer une assistance respiratoire lorsque nécessaire, mais avec des fonctions supplémentaires. Il se relie à un tube d’intubation qui est inséré dans la gorge des patients qui ne sont pas en mesure de respirer par eux-mêmes.

Un prototype d’AmboVent. (Autorisation)

L’AmboVent utilise des pièces que l’on peut trouver dans n’importe quel hôpital, et pour certaines, même dans les garages de mécaniciens automobiles. Yuval Eran estime que cela reflète l’esprit d’innovation israélien, ajoutant qu’il encourage ce type de résolution de problèmes depuis des années en tant que bénévole avec FIRST, et qu’il est enthousiaste à l’idée que cela puisse sauver des vies. « Tout ce projet ressemble énormément à ce que nous, en tant que mentors du programme FIRST, faisons chaque année », a-t-il déclaré.

Selon Eitan Eliram, certaines des équipes étrangères qui établissent des contacts affirment que les respirateurs à bas prix sont essentiels pour la santé mentale des médecins ainsi que pour la santé des patients. Il a rapporté : « Dans certains endroits, nous entendons dire que les médecins en ont besoin pour leur santé mentale parce qu’ils ne peuvent pas faire face aux décisions de ceux qui obtiennent des respirateurs ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...