En associant cuisine juive et émiratie, une chef casher prospère à Dubaï
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En associant cuisine juive et émiratie, une chef casher prospère à Dubaï

Après avoir proposé des repas casher aux touristes pendant des années, Elli Kriel se retrouve au centre d'une industrie florissante grâce aux accords de normalisation

Elli Kriel, sociologue de formation, devenue chef cuisinier en fusionnant des recettes traditionnelles juives et émiraties. (Crédit ;  Kriel via JTA)
Elli Kriel, sociologue de formation, devenue chef cuisinier en fusionnant des recettes traditionnelles juives et émiraties. (Crédit ; Kriel via JTA)

DUBAI, Émirats arabes unis (JTA) — L’an dernier, Israël et les Emirats arabes unis ont signé un traité établissant les débuts de leurs relations diplomatiques. Mais plus d’un an auparavant, les restaurateurs émiratis cherchaient à infiltrer la culture juive, par le biais de la cuisine d’une expatriée sud-africaine.

Elli Kriel, sociologue de formation, a emménagé en 2013 quand son mari a été muté aux Émirats. Elle propose depuis longtemps de la nourriture casher aux touristes juifs, préparés dans sa cuisine. Elle est devenue la chef casher incontournable des EAU, dès lors que les touristes israéliens ont commencé à affluer.

L’année dernière, Kriel a lancé Kosherati, qui commercialise de la cuisine émiratie certifiée casher, ainsi que des plats associant la cuisine juive et émiratie. Elle a également ouvert un restaurant éphémère casher en décembre au Hilton Al Habtoor City, un hôtel de Dubaï. Avant que le restaurant ne soit contraint de fermer face à la hausse des taux de COVID-19, il employait trois chefs et douze autres employés. La supervision casher était assurée par l’Orthodox Union américaine.

Pour ceux « qui souhaitaient manger casher, venir manger la même chose que dans leurs communautés [alors] qu’ils sont à Dubaï, c’était du gâchis ». a expliqué Kriel, dans le lobby du Hitlon Habtoor. « Quand on est touriste, on veut goûter aux saveurs de Dubaï. »

Elli Kriel,propriétaire de Elli’s Kosher Kitchen, un restaurant casher à Dubaï, le 5 octobre 2020. (Crédit : GIUSEPPE CACACE / AFP)

Quand la famille Kriel est arrivée à Dubaï, quelques 70 familles juives vivaient aux Emirats et l’infrastructure communautaire était très limitée, ce qui rendait l’observation de la casheroute difficile. Kriel remplissait ses valises de nourriture casher, notamment de la viande surgelée et des préparations pour gâteaux, à chaque fois qu’elle voyageait et demandait à ceux qui arrivaient d’Afrique du Sud, de lui ramener des produits casher. Une fois installée, la famille a commencé à organiser des dîners pour les Juifs du pays.

Et la nouvelle s’est répandue. Les touristes juifs, en vacances ou en voyage d’affaires, contactaient Kriel pour qu’elle prépare des repas casher. Elle le faisait gracieusement. Quand les Emirats ont organisé, en 2018, une importante conférence interreligieuse, les organisateurs l’ont sollicitée pour nourrir la délégation juive.

D’autres évènements de ce type ont eu lieu en 2019 et Kriel a décidé d’ouvrir son site web pour faire connaître sa cuisine.

« J’ai reçu un appel pour me dire qu’il y a un groupe de rabbins qui ne veut rien manger parce que ce n’est pas casher, et si je pouvais y faire quelque chose », a-t-elle dit au sujet de la conférence de 2018. « Alors j’ai cuisiné pour ce groupe trois repas par jour, pendant sept jours, depuis ma cuisine. »

Alors que Kriel se créait une base de clients mangeant casher, elle a trouvé d’autres clients potentiels chez les musulmans locaux. Les Emiratis qui voyageaient aux Etats-Unis ou en Europe, qui ne trouvaient pas de nourriture halal, se tournaient vers les restaurants casher, qui respectent des règles similaires.  Et certains ont développé un certain goût pour la cuisine juive traditionnelle.

« Ils se languissaient de ces saveurs, une fois de retour aux EAU », a raconté Kriel. « J’ai deux publics : ceux qui veulent de la nourriture juive, pas nécessairement casher, et ceux qui veulent du casher, pas nécessairement de la nourriture juive. »

Le rabbin Yaakov Eisenstein, à droite, supervise la préparation des plats au Elli’s Kosher Kitchen, à Dubaï, le 5 octobre 2020. (Crédit : GIUSEPPE CACACE / AFP)

Kriel a toujours voulu s’essayer aux plats émiratis traditionnels et a commencé à en tester des versions casher en 2019. Quand la pandémie s’est déclarée et que Dubaï a été confiné, elle a trouvé le temps de développer son répertoire. Avec l’aide d’une amie émiratie, elles ont échangé des recettes et créé une cuisine hybride qui associait traditions culinaires juives et émiraties.

Kriel propose notamment un kugel Balaleet, un mélange d’un plat émirati composé de vermicelles et d’œufs, servi au petit déjeuner, avec un gâteau de pâtes sucrées similaire, venu tout droit de la cuisine juive ashkénaze. De même, ses blintzes chebab réunissent la crêpe traditionnelle juive avec le pancake émirati. Et le « pain de la paix » de Kriel, nommé en l’honneur de l’accord de normalisation, est un mélange de ‘hallah et de khameer, un pain pita épicé typique aux Emirats.

Un avion de ligne El Al, qui transporte une délégation américano-israélienne aux Émirats arabes unis à la suite de l’accord de normalisation, atterrit sur le tarmac de l’aéroport d’Abou Dhabi, le 31 août 2020, lors du tout premier vol de passagers en provenance d’Israël vers les EAU. (Karim SAHIB / AFP)

Avec la normalisation des relations avec Israël, la demande a grandi. Plus de 50 000 touristes israéliens ont visité les EAU avant qu’Isräel ne ferme son espace aérien dans le cadre de la lutte contre la pandémie.

Kriel espère que cela va permettre la commercialisation de produits casher à Dubaï. L’an dernier, elle a déménagé de sa cuisine personnelle aux cuisines du Hilton Habtoor, et a l’intention de s’agrandir jusqu’à Abou Dhabi.

« Dans six mois, tout sera différent. Nous pourrons aller au supermarché et y trouver des produits casher », a-t-elle prédit. « Il y aura un rayon casher. Nous y arriverons. »

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