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Analyse

En faisant fermer l’aéroport de Damas, Israël renforce sa campagne contre l’Iran

La frappe de vendredi montre que les opérations israéliennes continueront à empêcher le trafic d'armes iraniennes, et ce malgré la colère de Moscou

Emanuel Fabian

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Les travaux de réparation entrepris à l'aéroport international de Damas, en Syrie, après une frappe israélienne présumée, le 12 juin 2022. (Crédit : SANA)
Les travaux de réparation entrepris à l'aéroport international de Damas, en Syrie, après une frappe israélienne présumée, le 12 juin 2022. (Crédit : SANA)

L’aéroport international de Damas, en Syrie, a été complètement fermé – et peut-être pour un bon moment – après une série inhabituelle de frappes, ces dernières semaines, qui ont été attribuées à Israël. L’attaque la plus récente qui a eu lieu vendredi a paralysé les pistes et endommagé les infrastructures servant à orienter les avions, ainsi qu’un vieux terminal utilisé pour l’arrivée des voyageurs.

Au fil des années, l’État juif n’a cessé d’accuser l’Iran de faire entrer clandestinement via la Syrie des armes et des systèmes de missile à destination de son groupe mandataire du Hezbollah, au Liban, utilisant pour ce faire les vols en provenance de Téhéran. Récemment, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne a affirmé que le gendre de Qassem Suleimani, commandant des forces al-Quds qui a été assassiné, était le responsable de ces opérations de transport effectuées par le biais des avions civils qui atterrissent à Damas.

De manière générale, les armes qui transiteraient grâce aux avions cargos iraniens via la Syrie – ils se posent fréquemment à l’aéroport international de Damas ou sur la base aérienne Tiyas, dite base aérienne T-4, aux abords de la ville de Palmyre, au centre du pays – seraient des armements relativement importants. Ils seraient ensuite stockés dans des entrepôts du secteur avant d’être amenés au Liban par camion.

En réponse, Israël aurait, dans le passé, bombardé la piste de la base aérienne T-4. Plus récemment, lors de frappes au missile qui avaient eu lieu au mois d’avril et au mois de mai, une partie de l’aéroport international de Damas, qui se trouve à proximité d’une base militaire, avait été endommagée – des dégâts qui ont raccourci la longueur de la piste, empêchant dorénavant les plus gros appareils de se poser.

Mais le mois dernier, Avichay Adraee, porte-parole arabophone de Tsahal, a accusé l’Iran et le Hezbollah de « mettre en péril les civils » en faisant entrer clandestinement en Syrie des « armes avancées » en utilisant des vols commerciaux de passagers qui atterrissent à Damas. Adraee se serait apparemment référé à des composants GPS qui sont ensuite installés sur des missiles fabriqués localement sur le territoire libanais.

L’armée avait précédemment diffusé des publications détaillées sur des sites souterrains, au Liban, qui seraient utilisés pour transformer de simples roquettes en missiles de précision, en utilisant des pièces fabriquées en Iran. Ces dispositifs sont relativement petits et ils est apparemment possible de les faire entrer en Syrie dans la soute à bagages des vols civils réguliers en provenance de Téhéran – comme cela avait été le cas pour le gendre de Soleimani.

Des dégâts à l’aéroport international de Damas après une frappe attribuée à Israël, le 12 juin 2022. (Crédit : SANA)

Israël a réalisé que ses attaques – jusqu’à la frappe de vendredi – n’avaient pas empêché l’Iran de transférer ces pièces de précision GPS au Liban, selon des sources militaires qui ont été citées ce week-end par la Douzième chaîne.

Le reportage a indiqué que l’État juif parvenait à déjouer environ 70 % du trafic d’armes mené par l’Iran et qu’il avait décidé de renforcer ses actions, ce qui a compris dévaster l’aéroport de la capitale syrienne.

Cette photo diffusée par ImageSat montre l’aéroport international de Damas après une frappe attribuée à Israël, le 10 juin 2022. (Crédit : ImageSat International)

La fermeture de l’aéroport international de Damas suite à la frappe la plus récente à avoir été attribuée à Israël, vendredi avant l’aube, empêche dorénavant tous les avions cargos et tous les vols civils en provenance de Téhéran – et d’ailleurs – d’arriver, en tout cas pour le moment. La majorité des liaisons atterrissent dorénavant à l’aéroport d’Alep et il reste à déterminer si l’Iran tentera de faire entrer clandestinement ses armes par Alep jusqu’à ce que l’aéroport de Damas soit réparé.

Le ministère syrien des Transports avait initialement indiqué que l’aéroport serait fermé pendant quarante-huit heures, « certains équipements techniques ayant cessé de fonctionner à l’aéroport », avait-il affirmé. Dans un communiqué émis ultérieurement, il a déclaré que l’aéroport serait fermé pendant plus longtemps, notant « des dégâts importants » essuyés par les pistes et par le Terminal. Dimanche, l’agence de presse d’État SANA a publié des images des travaux de réparation qui ont été entrepris.

Les travaux entrepris à l’aéroport international de Damas, en Syrie, après une frappe israélienne présumée, le 12 juin 2022. (Crédit : SANA)

De son côté, Israël fidèle à sa politique de longue date, n’a pas commenté l’incident.

Mais dans une référence apparente à ce dernier, le chef d’état-major Aviv Kohavi a déclaré pendant une conférence de presse qui a été organisée dimanche qu’au cours d’une potentielle guerre, « toute infrastructure nationale soutenant les terroristes est désignée comme cible. »

De la fumée s’élève dans la campagne de Damas, en Syrie, le 30 octobre 2021, après ce que les médias d’État syriens ont déclaré être une frappe israélienne. (Crédit : AP Photo/Omar Sanadiki)

Pour sa part, la Russie s’en est pris avec colère à Israël, vendredi, disant qu’elle condamnait « la pratique odieuse » des frappes israéliennes contre des infrastructures civiles – des attaques qui, a-t-elle ajouté, sont « des provocations » qui constituent « une violation des règles de base du droit international ».

Mais même avant cette condamnation d’une amertume peu habituelle, les relations entre l’État juif et la Russie étaient devenues de plus en plus difficiles ces derniers temps, Jérusalem apportant un soutien croissant à l’Ukraine tout en cherchant à conserver sa liberté de mouvement dans le ciel syrien qui est largement contrôlé par les Russes.

Et pourtant, les responsables israéliens se sont engagés à continuer cette campagne qui vise à empêcher le Hezbollah et les autres groupes terroristes qui se trouvent à la frontière nord de l’État juif d’avoir accès à des armements avancés et de précision, indépendamment de la désapprobation russe ou des tentatives apparentes de Téhéran de contourner les actions militaires israéliennes. Et c’est ce que semble très exactement prouver la frappe la plus récente.

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