En costumes-cravates, les hommes armés ont brisé les espoirs de fin de la vague de terreur des Israéliens
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En costumes-cravates, les hommes armés ont brisé les espoirs de fin de la vague de terreur des Israéliens

Avec quatre morts et beaucoup plus de blessés, la fusillade brutale de Tel Aviv mercredi laisse entrevoir le spectre d’un Ramadan sanglant

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le marché Sarona après une fusillade le 8 juin 2016 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)
Le marché Sarona après une fusillade le 8 juin 2016 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

En seulement quelques minutes, deux terroristes de 21 ans ont brisé le calme que les Israéliens commencer à apprécier avec précaution après plus de six mois d’attaques terroristes régulières.

Peu après 21h00, les deux hommes – cousins selon la police ; frères selon les médias palestiniens – étaient assis sur une table en terrasse chez Max Brenner’s, une chaîne internationale de restaurants à la mode connue pour ses desserts très chocolatées, dans le très chic marché Sarona de Tel Aviv.

Les jeunes hommes palestiniens portaient des costumes noirs, des chemises blanches et des cravates noires. Ils ressemblaient « à des avocats », a déclaré aux journalistes après l’attentat Yousef Jabbarin, barman au restaurant.

Certaines informations préliminaires annonçaient qu’ils étaient habillés en juifs ultra-orthodoxes, mais Jabbarin a démenti cette rumeur.

« L’une des serveuses est aussi arabe. Elle a dit ‘Ils sont arabes. Ils ont l’air séduisant. Je prends leur commande’ », a ajouté Jabbarin, qui est originaire de la ville arabe d’Umm al-Fahm.

« Je lui ai dit, ils sont de Cisjordanie. Tu peux le voir à leur manière de s’habiller », a-t-il dit aux journalistes.

A peine cinq minutes après qu’il ait fait cette déclaration, et quelques heures après l’attaque, la police a confirmé ce que Jabbarin savait dès l’instant où il avait vu les deux hommes. Ils sont originaires de Yatta, un petit village des collines proche de Hébron en Cisjordanie, a annoncé la police.

Une ambulance sur les lieux de l'attaque terroriste au Sarona, le 8 juin 2016 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)
Une ambulance sur les lieux de l’attaque terroriste au Sarona, le 8 juin 2016 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Les deux hommes, nommés dans les médias palestiniens comme Muhammad et Khalid Muhamra, ont commandé des « Milky Fudge Brownies », a déclaré le barman de Max Brenner. Le dessert décadent est composé de « crème de truffe au chocolat au lait, brownies au caramel, morceaux de chocolat blanc et crème fouettée, et il est servi avec une sauce au caramel chaude ».

Mais les terroristes n’ont jamais mangé leur gâteau, a déclaré Jabbarin. « Ils l’ont laissé sur la table pendant quelques minutes puis ont commencé à tirer. »

Environ 15 minutes après être entrés, les deux hommes ont sorti des armes semi-automatiques de type Carl-Gustav et ouvert le feu sur les clients du restaurant.

Dans la vidéo des caméras de sécurité, l’un des terroristes peut être vu en train de tire rà bout portant.

« Le restaurant était plein, a déclaré Jabbarin. Je ne sais pas combien de personnes, mais il était plein. »

La fusillade a duré environ une minute, a-t-il déclaré.

Mais cela a suffit. La panique s’est déclenchée, pas seulement au Max Brenner’s, mais dans les restaurants et magasins environnants aussi.

Judy Grund, qui est en visite en Israël depuis Los Angeles, mangeait chez Arais, juste à côté. Quand elle a entendu les tirs, « j’ai commencé à courir. Tout le monde trébuchait les uns sur les autres », a déclaré Grund au Times of Israël.

Grund, qui rend visite à des amis et de la famille en Israël, a été séparé de son groupe, ce qui a augmenté son angoisse. Elle a couru pour se cacher dans le bâtiment principal du marché Sarona.

« Je suis allée dans un magasin de téléphone. Nous leur avons font fermer le… comment ça s’appelle, le volet », a-t-elle dit, visiblement toujours secouée de son expérience.

Les forces de sécurité israéliennes sur les lieux d'un attentat terroriste au marché Sarona de Tel Aviv, le 8 juin 2016. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)
Les forces de sécurité israéliennes sur les lieux d’un attentat terroriste au marché Sarona de Tel Aviv, le 8 juin 2016. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Elle a finalement couru encore, du petit magasin de téléphones à un autre restaurant, Claro. « Il y avait plus de gens là-bas », a déclaré Grund, ce qui était rassurant. « Mais j’étais toujours terrifiée. »

Pendant ce temps, les policiers, les gardes de sécurité privés et les soldats du quartier général de l’armée israélienne, situé de l’autre côté de la rue, ont inondé le complexe du marché Sarona.

Quand les deux terroristes ont eu fini de tirer – il n’a pas été précisé sur cela a été causé par une défaillance de l’arme ou un manque de munitions – ils ont essayé de fuir les lieux, a annoncé la police.

En avril, la police israélienne avait voulu fermer Sarona en raison de craintes que le centre commercial n’était pas suffisamment sécurisé, mais les gestionnaires du site ont alors déclaré qu’il resterait ouvert.

A ce moment, la police avait demandé à la municipalité de Tel Aviv d’annuler la licence commerciale de Sarona, affirmant que la sécurité laxiste mettait le public en danger.

Max Brenner’s n’a pas de garde de sécurité, a déclaré Jabbarin, et les gardes de sécurité du marché Sarona et la police ont mis du temps à arriver.

Les deux hommes ont fui en direction de la rue Haarbaah, près de la Cinémathèque de la ville, où ils ont été arrêtés par des gardes de sécurité privés. L’un des tireurs a été emmené sans utilisation de force, et le second a été grièvement blessé par un tir pendant sa fuite.

Le chef de la police de Tel Aviv, Chico Edri, le chef de la police israélienne, Roni Alsheich, et le chef des renseignements militaires, Herzl Levy, sont tous arrivés sur les lieux pour parler aux enquêteurs et évaluer la situation, et ils ont été rejoints par le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan et le député du Likud Amir Ohana, qui vit dans les environs.

Dans la confusion initiale, la police pensait qu’un troisième homme avait aussi été impliqué dans l’attaque et avait lancé une vaste chasse à l’homme pour le retrouver.

Au moins deux hélicoptères étaient présents, et un grand nombre de policiers et de volontaires se sont précipités dans la zone pour participer aux recherches. Environ 45 minutes après, la police a annulé la recherche.

Au moins quatre personnes ont été tuées dans l’attentat, et beaucoup plus ont été blessées. Trois sont dans un état sérieux, et deux ont été légèrement blessées. Ils ont été transportés à l’hôpital Ichilov de Tel Aviv, avec le terroriste qui a été blessé.

Dans une vidéo de la scène prise avec un téléphone, les passants peuvent être entendus en train d’encourager les gardes de sécurité qui ont blessé et capturé le terroriste à « confirmer la mort » et à « lui tirer dans la tête ». Pendant ce temps, une photo circulant sur les réseaux sociaux montrait l’homme armé blessé entouré par une équipe de médecins et d’infirmières essayant de le sauver.

La fête du Ramadan, qui dure un mois et a commencé dimanche soir, a souvent été un moment de conflit accru entre Palestiniens musulmans et Israël.

Le Hamas s’est accroché à cette idée et a promis que l’attentat n’était que « la première des surprises qui attendent l’ennemi sioniste pendant le mois de Ramadan », a déclaré l’organisation dans un communiqué.

Cette attaque ne remet pas seulement en question la notion que les 10 mois de terreur précédents touchaient à leur fin, mais représente aussi le premier incident de sécurité sérieux depuis qu’Avigdor Liberman a repris le ministère de la Défense à Yaalon le mois dernier.

Nombre de questions sont toujours en suspens à propos de l’attentat. Puisque les terroristes n’avaient pas de permis de travail, comment sont-ils entrés en Israël depuis la Cisjordanie ? L’attentat a-t-il été dirigé par un groupe terroriste ?

Et plus important : est-ce le début d’un Ramadan sanglant ?

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