Israël commence à exporter du gaz naturel vers l’Égypte
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Israël commence à exporter du gaz naturel vers l’Égypte

L'Egypte reçoit du gaz naturel d'Israël, qui sera liquéfié et exporté en Europe, dans le cadre d'un accord évalué à 13,3 milliards d'euros entre les deux pays

Vue de la plate-forme d'extraction du champ gazier israélien Leviathan près de la ville de Césarée, le 31 janvier 2019. (Marc Israel Sellem/POOL)
Vue de la plate-forme d'extraction du champ gazier israélien Leviathan près de la ville de Césarée, le 31 janvier 2019. (Marc Israel Sellem/POOL)

Israël a commencé à extraire du gaz naturel destiné à l’Égypte de deux immenses gisements offshore, marquant une étape majeure et une coopération historique entre les pays, selon un communiqué commun.

Cette mesure intervient peu après que le gaz naturel a commencé à jaillir du gigantesque champ gazier du Léviathan, et environ sept ans après qu’Israël a commencé à exploiter le gaz du champ voisin de Tamar.

Le mois dernier, le ministre de l’Énergie Yuval Steinitz a signé des permis pour l’exportation de gaz vers l’Égypte, décrivant un « tournant historique pour l’État d’Israël ».

Les ministères de l’Énergie de Jérusalem et du Caire ont publié mercredi matin une rare déclaration commune, qualifiant cette initiative de « développement important qui servira les intérêts économiques des deux parties ».

« Cette étape permettra à Israël d’exporter une partie de son gaz naturel vers la région via les usines de liquéfaction de gaz égyptiennes et de promouvoir le statut de l’Égypte en tant que plaque tournante régionale du gaz », indique le communiqué.

Une photo non datée du ministre de l’Energie Yuval Steinitz (à droite) et du ministre égyptien du Pétrole Tarek El-Molla s’exprimant lors d’une précédente réunion du Eastern Mediterranean Gas Forum, au Caire, en Egypte. (Ministère israélien de l’Energie/Autorisation)

Selon l’Israélien Delek, membre du consortium exploitant Leviathan, Israël fournira 64 milliards de mètres cubes sur 15 ans, notamment via un pipeline sous-marin reliant la ville israélienne d’Ashkelon à El-Arich, en Egypte.

« Aujourd’hui marque une nouvelle ère dans le secteur de l’énergie au Moyen-Orient », s’est félicité Yossi Abu, le PDG de Delek, dans un communiqué.

Yuval Steinitz et le ministre égyptien du Pétrole, Tarek El-Molla, annonceront officiellement la décision mercredi lors d’une réunion de l’Eastern Mediterranean Gas Forum (EMGF) [Forum du gaz de la Méditerranée orientale], précise le communiqué.

Au cours de la réunion, les ministres de l’Énergie d’Israël, d’Égypte, d’Italie, de Grèce, de Chypre, de Jordanie et de l’Autorité palestinienne devraient approuver la transformation de l’EMGF en une organisation régionale, selon le communiqué.

La délégation israélienne a travaillé avec les autres pays pour mettre au point le traité de l’EMGF, que les ministres signeront, selon le communiqué, « ce qui sera une autre étape importante sur la voie de la consolidation de l’organisation et de ses activités ».

Dans l’accord d’octobre, les partenaires des champs israéliens ont signé un contrat avec la société privée égyptienne Dolphinus Holdings pour le transfert de quelque 85 milliards de mètres-cubes, qui seront fournis par les champs de Tamar et Léviathan à partir de 2020.

En signant le permis d’exportation en décembre, Yuval Steinitz a déclaré : « L’exportation de gaz vers l’Égypte, produit par Léviathan et Tamar, est la plus importante coopération économique entre Israël et l’Égypte depuis la signature du traité de paix entre les deux pays ».

Une source dans l’industrie énergétique israélienne a estimé la valeur du gaz exporté vers l’Égypte dans le cadre du contrat à environ 19,5 milliards de dollars au total, a rapporté Reuters.

De droite à gauche : Au premier rang, le ministre israélien de l’Energie Yuval Steinitz, le ministre grec de l’Energie Kostis Hatzidakis et le ministre chypriote de l’Energie Yiorgos Lakkotrypis signent l’accord sur le pipeline EastMed dans la capitale grecque Athènes le 2 janvier 2020, tandis qu’au dernier rang, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et le Président chypriote Nicos Anastasiades les observent. (Haim Zach/GPO)

Le président Reuven Rivlin a envoyé une lettre au président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi pour saluer les relations entre les deux pays.

« Aujourd’hui est un jour à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire des relations entre nos deux pays. Au moment où je vous écris, le gaz naturel a commencé à affluer du champ gazier israélien Leviathan vers l’Égypte, rapprochant nos deux pays et nos deux peuples », a écrit M. Rivlin.

Il a ajouté : « Monsieur le Président, l’État d’Israël considère nos relations avec la République arabe d’Égypte comme un atout stratégique. C’est une composante essentielle de la stabilité régionale et un exemple de ce qui est possible dans les relations futures au Moyen-Orient.

« Notre coopération politique et sécuritaire est déjà une base solide qui apporte la stabilité et la sécurité à nos deux peuples, et je crois que nous pouvons élargir notre coopération à d’autres domaines civils ».

« En cherchant des moyens de rapprocher nos peuples, nous pouvons faire en sorte que les valeurs de paix que nos courageux dirigeants nous ont léguées dans le traité de paix historique fassent partie des relations actuelles entre les prochaines générations d’Israéliens et d’Égyptiens. Apporter les fruits de la paix à nos peuples serait le plus grand hommage à ses courageux dirigeants et la meilleure garantie d’un avenir meilleur et plus sûr pour nous tous ».

Le gaz a commencé à jaillir du gigantesque champ de gaz naturel offshore Léviathan – le plus grand projet énergétique de l’histoire d’Israël – le 31 décembre, après que le gouvernement a donné le feu vert final à Noble Energy et à ses partenaires pour aller de l’avant avec le projet malgré les protestations véhémentes des habitants de la région côtière d’Israël, inquiets de la pollution émise par les plates-formes.

Situé en mer Méditerranée à 125 kilomètres à l’ouest de Haïfa, le champ Leviathan contient quelque 623 trillions de mètres-cubes de gaz naturel récupérables et un potentiel d’un demi-million de barils de pétrole, selon les estimations fournies par les partenaires sur le terrain.

Le champ de Tamar – la deuxième plus grande découverte d’Israël – a commencé à produire du gaz en 2013 et approvisionne tout le pays. Il contient quelque 283 milliards de mètres-cubes de gaz naturel, soit la moitié de la quantité qui se trouve dans le Léviathan.

Ces deux champs, ainsi que les plus petits champs Karish et Tanin qui devraient entrer en production en 2021, sont considérés comme une aubaine pour un pays qui a toujours été privé de ressources naturelles. Ils fournissent également une source stable d’énergie produite localement à partir de quatre champs différents, ce qui permet d’assurer un approvisionnement plus sûr, suffisant pour répondre à tous les besoins en électricité d’Israël pendant des décennies.

Le début de la production de Léviathan a fait d’Israël un acteur régional dans l’industrie de l’énergie, a expliqué Yael Ravia-Zadok, la responsable de la division de la diplomatie économique du ministère des Affaires étrangères, lors d’une conférence sur l’énergie le mois dernier. Cette « diplomatie énergétique » signifie que le discours sur le gaz naturel est devenu une partie intégrante de l’agenda régional, a-t-elle ajouté.

Shoshanna Solomon et l’AFP ont contribué à cet article.

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