Des Israéliens fuient leur maison craignant la pollution du Leviathan
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Des Israéliens fuient leur maison craignant la pollution du Leviathan

Le dégazage et les tests du gisement offshore inquiètent les résidents de la côte, qui se méfient des garanties de sécurité des activités

Des écologistes israéliens protestent contre le test de purge de la plate-forme de gaz de Noble Energy, devant le bâtiment du ministère de la Défense à Tel Aviv, le 31 décembre 2019. La pancarte dit : "Ne nous empoisonnez pas, c'est le moment de vous réveiller". (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Des écologistes israéliens protestent contre le test de purge de la plate-forme de gaz de Noble Energy, devant le bâtiment du ministère de la Défense à Tel Aviv, le 31 décembre 2019. La pancarte dit : "Ne nous empoisonnez pas, c'est le moment de vous réveiller". (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

La toute nouvelle plateforme de gaz israélienne est entrée en action mardi matin, et ce faisant, des milliers d’Israéliens ont quitté leurs maisons, affirmant qu’ils étaient exposés à des niveaux dangereux de pollution.

Le gaz a commencé à jaillir du gigantesque champ offshore Léviathan à 2 heures du matin, selon Maya Speer, porte-parole du consortium en charge du forage, Leviathan Partners. Puis, à 8 heures, les équipes ont commencé le processus de « purge » de trois heures pour libérer l’azote qui se trouvait dans les tuyaux, tester la plateforme et la préparer pour le début de l’exploitation plus tard dans la journée.

Ce projet a marqué « un tournant historique » pour l’économie israélienne, a déclaré Yossi Abu, PDG de Delek Drilling, l’un des membres du consortium. « Pour la première fois depuis sa création, Israël est désormais une puissance énergétique, capable de fournir tous ses besoins en énergie et de gagner en indépendance énergétique », a-t-il déclaré.

Mais alors qu’Abu exprimait sa joie, de nombreux Israéliens qui vivent le long de la côte au sud de Haïfa restaient méfiants à l’égard des garanties de sécurité qu’ils avaient reçues du consortium et du gouvernement.

Ils ont fait part de leur inquiétude face à la procédure de test et sont partis pour la journée, certains se dirigeant vers une manifestation à Tel Aviv. Ils ont affirmé que juste après la purge des conduites de gaz, plus de polluants seraient rejetés dans l’atmosphère qu’en une ou deux années de production normale de gaz.

La plate-forme gazière Leviathan, au large d’Israël. (Albatross)

Les gens ont commencé à se réunir aux points de rassemblement près de la côte peu après le lever du soleil, déterminés à rouler en convoi vers Tel Aviv avant que les polluants ne soient rejetés.

« J’ai une petite fille, et je ne suis pas disposée à ce qu’elle respire cette pollution », a déclaré Osnat Revzner dans une station-service de Césarée, alors qu’elle installait sa fille dans la voiture et la préparait pour le voyage.

Elle a pris acte des garanties de l’État en matière de santé, mais indique, « Nous ne faisons pas confiance au gouvernement ». Revzner était très inquiète du test. « Peut-être que nous ne verrons pas les résultats maintenant, mais il s’agit de substances cancérigènes, et cela nous affectera à l’avenir », a-t-elle ajouté.

Chava Kelner, qui vit à Césarée, a dit qu’elle avait l’impression d’assister à une « crise de panique » collective, qui se produit parce que « personne ne sait ce qui va se passer ici ». Les dirigeants du groupe militant Shomrei Habayit, qui a coordonné l’évacuation, ont déclaré qu’ils connaissaient des milliers de personnes qui avaient quitté leur domicile, mais qu’ils n’avaient pas encore de chiffres précis.

Hadar Kahani à Césarée, Israël, le 31 décembre 2019. (Nathan Jeffay/Times of Israel)

Hadar Kahani, qui vit dans le village d’artistes d’Ein Hod, était accroupie sur le toit de sa voiture, fixant un panneau de protestation. « C’est comme si nous faisions partie d’une expérience pour laquelle nous n’avons pas signé », a-t-elle dénoncé, ajoutant : « Nous n’avons aucune confiance dans les régulateurs et les autorités. Nous pensons que nous ne pouvons faire confiance à personne. »

Ilana Reches, 79 ans, collait des affiches sur sa voiture, prête à prendre la route avec son frère Uri Philips, 75 ans. « Les produits libérés sont cancérigènes et toxiques », a-t-elle déclaré. « Nous sommes vieux, mais je suis vraiment inquiète pour les jeunes. »

Reches, qui vit au kibboutz Maayan Tzvi, a ajouté : « Dans quelques années, les gens seront malades et nous demanderons pourquoi nous n’avons pas fait plus ». Elle a dit que l’essai aurait dû être arrêté, et que la plate-forme aurait dû être construite loin de la côte, et non pas à son emplacement actuel, à 10 kilomètres du rivage.

La plupart des personnes évacuées ont expliqué qu’en plus d’éviter la pollution, elles espéraient que leurs actions attireraient l’attention nationale sur l’emplacement de la plate-forme, et ce qu’elles affirment être un niveau insuffisant de contrôle sur ses opérations. « Nous prenons soin de nous-mêmes et nous essayons aussi de dire au gouvernement qu’il doit mieux s’occuper de ses citoyens », a déclaré Alon Harel, qui a quitté son domicile de Pardes Hanna avec ses deux enfants.

Il estime que la bataille menée par les groupes environnementaux, les municipalités locales et les protestataires pour que la plate-forme soit installée plus loin en mer avait échoué, mais espère que les manifestations rendront le gouvernement réticent à autoriser l’installation d’autres plateformes près de la côte.

Ilana Reches, (à droite), et son frère Uri Philips à Césarée, Israël, le 31 décembre 2019. (Nathan Jeffay/Times of Israel)

Igal Oren était debout et regardait les cheminées de la centrale électrique au charbon de Hadera, qui se trouvent près du point de rassemblement de Césarée. Il a déclaré que la pollution qui en sortait représentait une « goutte d’eau dans l’océan » par rapport à ce qu’il attendait de la plateforme de forage – aujourd’hui, et en général.

« Israël ne sera plus jamais le même », a-t-il déploré.

Oren, un homme d’affaires de 63 ans, a déclaré qu’il était déterminé à quitter sa maison de Sdot Yam dès qu’il a entendu parler du test – et qu’il émigrera si ses craintes de pollution à long terme du site sont confirmées. « Je ne quitterais pas seulement Sdot Yam, je quitterais Israël », a-t-il précisé.

Oren a ajouté : « Je ne jouerai pas avec ma santé, et ce qui se passe ici est un coup de poker ».

Certaines personnes ont regardé l’évacuation avec stupéfaction. Yehuda Amar, un homme du coin d’une cinquantaine d’années, était assis dans un café avec vue sur le point de rencontre de Césarée, sirotant un café et jugeant, « C’est de l’hystérie, pure et simple. »

Igal Oren devant une cheminée de la centrale électrique de Hadera, à Césarée, le 31 décembre 2019. (Nathan Jeffay/Times of Israel)

Speer, la porte-parole du consortium de forage en charge de Léviathan, a refusé de commenter l’évacuation et la protestation de mardi. Le ministère de la Protection de l’environnement a assuré que les activités sur la plateforme ne présentaient aucun danger. Il a publié un communiqué disant : « Selon l’opinion de tous les experts, il ne devrait pas y avoir de danger pour le public pendant la purge des canalisations. »

En octobre, une revue scientifique a publié une étude académique qui révélait que les études d’impact environnemental réalisées par Noble Energy pour les opérations générales de la plateforme Léviathan sous-estimaient grossièrement la quantité d’émissions polluantes, contenaient « une série de défauts », s’appuyaient sur des modèles « trop simplistes » et devraient être refaites de façon plus professionnelle.

Les conclusions ont été rejetées par Noble Energy, qui a fait savoir qu’elle installait sur la plateforme une technologie qui permettrait de maintenir les émissions à un niveau proche de zéro.

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