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La police enquête sur un détenu soupçonné d’agressions sexuelles sur des gardiennes

Mahmoud Atallah, en isolement pour son rôle dans le scandale des soldates de Tsahal "prostituées" à des détenus, a révélé d'autres abus au Shin Bet lors d'une réunion secrète

Un officier de police montant la garde depuis un mirador dans la prison de Gilboa, dans le nord d'Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Jalaa Marey/FP)
Un officier de police montant la garde depuis un mirador dans la prison de Gilboa, dans le nord d'Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Jalaa Marey/FP)

Mahmoud Atallah, un terroriste palestinien incarcéré, est soupçonné d’avoir agressé sexuellement des soldates qui travaillaient comme gardiennes à la prison de Gilboa, selon des informations publiées dans la presse israélienne cette semaine.

Le site d’information Ynet a révélé lundi que la police enquêtait sur des allégations d’agression sexuelle grave commise il y a plusieurs années sur une soldate, qui servait comme gardienne de prison, par un détenu sécuritaire ; plusieurs publications ont désigné le suspect comme étant Atallah.

Ynet a également rapporté mercredi qu’Atallah aurait eu récemment une rencontre secrète avec des membres du Shin Bet et de l’unité de renseignement des services pénitentiaires israéliens dans une tentative de lever son isolement, suscitant des critiques à l’encontre des services de sécurité.

Atallah est en isolement depuis 2018, suite au scandale au cours duquel un agent de renseignement aurait « prostitué » des gardiennes à Atallah et à d’autres détenus palestiniens, à sa demande.

La nouvelle enquête indique que selon la police, la portée de ses actions est plus large que ce que l’on pensait auparavant.

Lundi, le tribunal de district de Lod a annulé une décision de justice antérieure et a partiellement levé un embargo sur l’affaire, autorisant les médias à parler de l’enquête mais pas de la nature des infractions graves qui auraient été commises, l’enquête étant toujours en cours.

« Il s’agit d’une affaire horrifiante, l’une des pires qui n’aient jamais eu lieu dans l’État d’Israël, impliquant des soldates pendant leur service militaire », a déclaré l’avocate Keren Barak qui représente les victimes dans cette affaire.

« Des commandants israéliens ont mis des soldates et des gardiennes de Tsahal en contact avec un terroriste ayant du sang sur les mains afin de satisfaire ses besoins sexuels. L’État d’Israël ne peut plus ignorer ces femmes. Il doit les soutenir, les réhabiliter et les reconnaître comme des victimes du terrorisme. Toutes les personnes impliquées doivent être traduites en justice et l’enquête doit examiner jusqu’où cela a pu aller », a-t-elle ajouté.

Selon les informations publiées mercredi sur la rencontre d’Atallah avec les responsables du Shin Bet et de l’administration pénitentiaire israélienne (IPS), c’est le prisonnier qui avait demandé cette rencontre, qui a eu lieu il y a plusieurs mois.

Après que l’IPS a refusé de le renvoyer dans son ancien bloc, Atallah s’est tourné vers le Shin Bet, espérant que le fait de fournir de nouvelles informations sur ses actions présumées jouerait en sa faveur.

Mais le fait qu’une telle réunion ait eu lieu à sa demande a suscité des critiques.

« Rencontrer Atallah sans en informer toutes les parties concernées revient à faire obstruction à la justice », a déclaré à Ynet un membre anonyme de la commission d’enquête de l’État sur l’évasion de la prison de Gilboa.

« L’affaire a été rouverte, alors pourquoi organiser une telle réunion alors qu’il est clair qu’Atallah essaie d’obtenir la levée de son isolement ? » a ajouté le fonctionnaire.

Le Shin Bet a publié une déclaration disant qu’après « qu’Atallah a fait sa demande, le Shin Bet a décidé de ne plus le rencontrer ».

En 2018, les premières allégations de soldates selon lesquelles elles avaient été forcées d’avoir des contacts intimes avec des prisonniers pour servir de monnaie d’échange sexuelle, ce qui leur avait valu d’être harcelées et agressées, avaient été révélées, mais l’affaire avait été classée en raison d’un manque de preuves.

Ensuite, en novembre de l’année dernière, le directeur de la prison de Gilboa, Freddy Ben Shitrit, qui n’était pas en poste à la prison lorsque les incidents se sont produits, a fait des remarques qui ont fait l’effet d’une bombe au sujet des allégations. Cela a conduit la cheffe de l’IPS, Katy Perry, à entamer une procédure d’éviction de l’agent de renseignement de la prison, Rani Basha, impliqué dans l’affaire. Les procureurs de l’État ont également ordonné à la police de rouvrir l’enquête sur cette affaire.

Le commandant de la prison de Gilboa, Freddy Ben Shitrit, arrive pour son témoignage devant le comité d’inspection du gouvernement pour enquêter sur l’évasion des prisonniers de sécurité de la prison de Gilboa, à Modiin, le 24 novembre 2021. (Crédit : Flash90)

Et plus tôt ce mois-ci, le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev a approuvé le licenciement de Basha, citant la « violation grave de ses devoirs en tant que gardien de prison » et notant que la décision a été prise en partie « pour empêcher une atteinte grave à la confiance de la population » en l’administration pénitentiaire.

Dans ses remarques, Ben Shitrit a déclaré que les soldates qui étaient gardiennes de la prison avaient été contraintes de servir de divertissement pour certains détenus, afin d’éviter que les prisonniers ne deviennent incontrôlables.

Une soldate qui a témoigné a déclaré qu’elle avait reçu l’ordre de se promener avec Atallah dans l’établissement, lui donnant ainsi l’occasion de l’agresser, notamment en lui tripotant les fesses, tandis que ses supérieurs fermaient les yeux.

En échange, Atallah, une figure puissante au sein de la population carcérale, maintenait le calme dans l’établissement au profit du personnel de la prison, selon les informations de la Treizième chaîne.

Les gardiennes ont affirmé que la direction de la prison était au courant des abus et les a couverts jusqu’aux reportages de la chaîne 20 (aujourd’hui chaîne 14) qui ont révélée l’affaire en juin 2018.

Selon Ynet, Atallah aurait intimidé les gardiennes en mentionnant le nom du terroriste palestinien condamné Amjad Awad, qui a mené l’attaque terroriste dans l’implantation d’Itamar en 2011, au cours de laquelle cinq membres de la famille Fogel avaient été assassinés dans leur lit.

Selon les informations, l’officier de renseignement, Basha, aurait placé des gardiennes dans l’aile sécuritaire de l’établissement à la demande d’Atallah. La Douzième chaîne rapporte que trois soldates étaient concernées dans cette affaire.

Dans une interview accordée à la Douzième chaîne l’année dernière, Basha avait nié ces allégations, affirmant qu’elles « ne sont pas vraies » et que les soldates étaient en fait des « agentes » chargées – et ce, avec leur plein consentement – de soutirer des informations aux détenus.

L’enquête de police en cours pourrait permettre d’en savoir plus sur le rôle de Basha dans les abus en cours et sur la nature des sévices infligés aux soldates par Atallah.

Emanuel Fabian a contribué à cet article.

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