Israël en guerre - Jour 147

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La présidente des JFNA, « inspirée » par les manifestants en dépit des perturbations

Les anti-réforme ont dissuadé Netanyahu de participer et perturbé une des conférences phares, mais pour la dirigeante juive américaine, ils sont la preuve vivante de la démocratie

Julie Platt s’adresse aux participants de l’Assemblée générale des Fédérations juives d’Amérique du Nord, le 25 avril 2023. (Autorisation de la JFNA)
Julie Platt s’adresse aux participants de l’Assemblée générale des Fédérations juives d’Amérique du Nord, le 25 avril 2023. (Autorisation de la JFNA)

C’était le premier événement d’importance de Julie Platt en Israël en sa qualité de cheffe des Jewish Federations of North America (JFNA), mais il ne s’est pas déroulé comme prévu.

Venue du secteur bancaire, Platt a succédé l’an dernier à l’homme d’affaires Mark Wilf à la tête de l’organisme de coordination des centaines de communautés juives. Elle était cette année chargée de l’organisation de l’assemblée générale, qui se tient traditionnellement en Israël tous les cinq ans, qu’elle a fait coïncider avec le 75e anniversaire de l’Etat d’Israël, ce mois-ci.

« Nous n’imaginions pas qu’il y aurait autant de tensions politiques en choisissant cette date », a expliqué Platt, en faisant allusion à la crise politique et sociale causée par le projet de réforme judiciaire du gouvernement de droite de Benjamin Netanyahu, que les élections de novembre dernier ont ramené au poste de Premier ministre.

Les tensions se sont propagées – et ont parfois polarisé, voire éclipsé – cette Assemblée Générale, qui a rassemblé quelque 2 000 Juifs américains en Israël.

Cet événement, l’un des plus importants de la Diaspora organisés dans l’État juif, était supposé montrer l’unité avec Israël et entre les Juifs. Les manifestations ont en fait pris le pas sur ces intentions de départ dans la couverture qu’en ont fait les médias comme, par moments, sur le terrain.

Platt ne regrette rien, a-t-elle assurée au Times of Israel.

« C’est tout le contraire des regrets : non seulement nous avons vécu l’émotion de Yom HaZikaron et Yom HaAtsmaout en Israël, mais nous avons également été témoins de l’extraordinaire de la vitalité de la démocratie israélienne », a-t-elle assuréee.

Les manifestations devant le palais des congrès « Expo Tel Aviv », qui hébergeait l’assemblée Générale, ont probablement conduit à l’annulation du traditionnel discours du Premier ministre.

En dépit de cette annulation, dimanche, que Platt a qualifiée de « très décevante », les centaines d’anti-réforme ont continué à manifester et perturbé une des sessions de l’assemblée générale, qui a donné lieu à des échanges d’invectives et de nombreuses expulsions par le service de sécurité.

Julie et Marc Platt écoutent les intervenants lors d’une session de l’assemblée générale des Jewish Federations of North America, le 24 avril 2023. (Crédit : Jewish Federations of North America)

« Nous sommes déçus de ne pas avoir pu bénéficier de cette session comme nous l’avions espéré », a expliqué Platt à propos de cette session, qui s’est tenue lundi dernier.

Des perturbations répétées, bruyantes et passionnées ont rendu très difficile le déroulement de cette session de questions-réponses avec Simcha Rothman, député du parti d’extrême-droite HaTzionout HaDatit qui préside la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset et est un des principaux architectes de la réforme judiciaire.

Les manifestants ont, entre autres, accusé Rothman d’être un « ennemi du peuple juif » et un « fasciste », en raison de son soutien au projet de transfert de certains pouvoirs de l’ordre judiciaire aux pouvoirs législatif et exécutif.

Il a défendu le projet de réforme, que ses détracteurs accusent de vouloir transformer Israël en dictature, le présentant comme une tentative de rééquilibrer ce qu’il estime être un système judiciaire déraisonnablement puissant.

Mais les cris et les slogans ont empêché les orateurs de s’exprimer.

Ces gros titres et manifestations sans précédent lors de l’événement « ne donnent pas une image fidèle de ce qu’ont pu éprouver et apprendre les participants à l’assemblée générale », a assuré Platt.

Au-delà la séance de questions-réponses chahutée avec Rothman, une autre session a eu lieu, « une conversation menée par notre PDG, Eric Fingerhut, avec les dirigeants du mouvement anti-réforme, pour mieux comprendre et nous informer », a souligné Platt.

La session avec Rothman « a retenu l’attention des médias, mais elle ne représente en rien ce qu’ont vécu les participants », a-t-elle ajouté.

Les manifestations ont été omniprésentes durant les deux jours qu’a duré l’assemblée Générale. Les tambours et vuvuzelas, devant le centre des congrès, oscillaient entre bourdonnement et cacophonie, suivant la distance.

Par ailleurs, de nombreuses sessions consacrées à des sujets sans rapport avec la réforme judiciaire – comme celle de Rothman, axée sur la loi du retour – ont, dans les faits, donné lieu à de longs échanges sur la question.

Des manifestants perturbent une table ronde avec le député Simcha Rothman, au centre des congrès Expo Tel Aviv à Tel Aviv, en Israël, le 24 avril 2023. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Platt a été l’unique oratrice à s’adresser aux manifestants, lors du lancement de cette assemblée Générale, qui a donné lieu à un discours du président Isaac Herzog et aurait dû également accueillir Netanyahu.

« Je veux dire aux manifestants qui exercent leurs droits démocratiques, nous vous voyons, nous vous entendons et l’amour que vous avez pour Israël est pour nous une source d’inspiration », a déclaré Platt dans son discours, sous un tonnerre d’applaudissements.

Nombre de participants à l’assemblée Générale ont eux aussi éprouvé une forme de sympathie envers les manifestants et leur cause, mais regretté l’agressivité de certains modes d’action, comme l’infiltration et la perturbation.

Lors de la séance de questions-réponses avec Rothman, des participants ont ainsi demandé aux manifestants de cesser de perturber l’événement. Certains se sont, plus tard, dits déçus et attristés par le spectacle dont ils avaient été témoins.

Les perturbations ne sont pas venues des délégués nord-américains, mais des « membres de la communauté israélienne venus participer à l’assemblée Générale, non des participants nord-américains », a souligné Platt.

In fine, « les manifestations sont un signe d’attachement envers la démocratie », a estimé Platt.

« Je rends hommage aux manifestants parce que cet attachement est précieux et digne d’admiration. »

Le conflit autour de la réforme donne à voir de profondes divisions socio-économiques et ethniques qui inquiètent nombre d’Israéliens. Ils craignent en effet qu’elles ne soient révélatrices du caractère irréconciliable d’une société qui s’est jusqu’à présent appuyée sur l’unité entre les Juifs pour apporter des réponses efficaces aux graves menaces extérieures.

« Pourtant, l’animosité des débats en Israël n’a rien d’unique ni de fondamentalement surprenant », a affirmé Platt.

« Honnêtement, nous vivons une époque très polarisée, que ce soit aux États-Unis ou en Israël. Il y a des perturbations, des manifestations et des défilés, ici et ailleurs. »

Comme chaque année à la même période, les conducteurs s’immobilisent, à Tel Aviv, le 18 avril 2023, alors que les sirènes retentissent pendant deux minutes en cette Journée de commémoration de la Shoah, en hommage aux six millions de Juifs tués pendant la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : Jack Guez / AFP)

Platt, qui s’est rendue en Israël des dizaines de fois, ne partage pas les craintes d’une crise majeure.

Interrogée sur le fait de savoir si la société israélienne sortirait intacte de la crise actuelle, elle a répondu avec confiance : « bien sûr que oui ».

Après s’être entretenue avec Herzog, qui jour le rôle de médiateur entre les pro et anti-réforme dans l’espoir de dégager un compromis, elle a dit : « Je pense que presque tout le monde ici, quelle que soit son orientation politique, agit par « ahavat » pour Israël », expression en hébreu pour dire « l’amour pour Israël ».

« Je pense que la majorité des citoyens d’Israël veut le compromis. Je prie en ce sens. Et je prie Dieu pour que cela se réalise », a-t-elle ajouté.

Finalement, rien de ce que Platt a vécu comme des grands moments de cette assemblée Générale ne concerne la réforme judiciaire, a-t-elle dit.

« Je n’avais jamais été en Israël au moment où se déclenche la sirène [commémorative] », a confié Platt, allusion aux trois minutes de silence de Yom HaZikaron (une minute la veille et deux minutes le lendemain matin), au cours desquelles le pays tout entier se met à l’arrêt, routes, péages, trains, chantiers de construction et même hôpitaux.

Israël rend également hommage aux victimes de la Shoah, le jour de Yom HaShoah, une semaine avant Yom HaZikaron, par une sirène qui retentit durant une minute.

« Prendre part à cette commémoration collective et ô combien forte est une expérience incroyable », a conclu Platt.

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