L’attaque brutale contre une Suédoise secoue la minuscule communauté juive
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L’attaque brutale contre une Suédoise secoue la minuscule communauté juive

L'agression d'Helsingborg pointe du doigt le sud de la Suède, où les incidents antisémites l'emportent sur les autres régions malgré le nombre relativement faible de Juifs

Vue du centre de Helsingborg, Suède. (CC BY Lars Lundqvist, Flickr)
Vue du centre de Helsingborg, Suède. (CC BY Lars Lundqvist, Flickr)

JTA – Tôt mardi, un homme armé d’un grand couteau s’est approché de la secrétaire de la communauté juive d’Helsingborg, en Suède, par derrière et lui a porté des coups de couteau presque mortels sur le haut du corps.

La victime, une femme d’une soixantaine d’années dont la famille a demandé à ne pas être citée dans les médias, a été agressée à deux pas de la petite synagogue de cette ville côtière située juste au nord de Malmö. Son agresseur a fui la scène, qui se trouvait près de la maison de la victime, alors qu’elle criait à l’aide aux passants. Elle a été emmenée à l’hôpital dans un état critique.

Le motif de l’agression de la femme alors qu’elle se rendait au travail ne semblait pas évident à première vue, a déclaré la police aux médias suédois.

Cela n’a pas empêché les spéculations et les informations contradictoires de circuler dans les médias.

Le Helsingborgs Dagblad, un grand journal local, a rapporté des informations non sourcées selon lesquelles l’incident « semble être un acte de folie qui a visé cette femme au hasard ».

Un suspect a été identifié et un mandat d’arrêt a été délivré, selon le rapport, mais il est recherché pour tentative de meurtre – ce qui suggère la reconnaissance de la responsabilité pénale de l’auteur.

La police recueille des indices sur les lieux d’une attaque au couteau dans la ville suédoise d’Helsingborg, où une femme juive aurait été gravement blessée, le 14 mai 2019. (Capture d’écran : Aftonbladet)

Le président d’Israël, Reuven Rivlin, a quant à lui lié l’agression à l’antisémitisme lorsqu’il a écrit dans un communiqué qu’il « nous rappelle que nous ne pouvons compter sur la disparition des souvenirs de la Shoah pour assurer la sécurité des communautés juives d’aujourd’hui. »

La victime, qui était consciente lorsqu’elle a été emmenée à l’hôpital, n’a pas immédiatement indiqué si son agresseur avait dit quoi que ce soit suggérant que l’incident était un crime haineux, a dit à la Jewish Telegraphic Agency une source qui s’est entretenue avec le mari de la femme.

Le sud de la Suède, où Helsingborg se situe, présente l’un des taux de criminalité violente les plus élevés du pays. Elle connaît également un problème d’antisémitisme disproportionné, dans lequel les 1 200 Juifs de la région sont confrontés chaque année à des dizaines de crimes haineux – des chiffres qui rivalisent avec les statistiques sur les crimes haineux anti-juifs enregistrées à Stockholm, où vivent la plupart des quelque 20 000 Juifs de Suède.

Des militants de l’organisation néonazie Mouvement de résistance nordique lors d’une manifestation sur la place Kungsholmstorg à Stockholm, en Suède, le 25 août 2018 (Crédit : AFP/ TT News Agency / Fredrik Persson)

Des Juifs suédois ont signalé des actes d’intimidation et de violence de la part de nationalistes d’extrême droite. Mais dans le sud du pays, de nombreux incidents violents – y compris le lancement d’une bombe incendiaire contre la synagogue de Göteborg en 2017 – sont le fait d’immigrants venus de pays arabes ou musulmans.

La communauté juive de Helsingborg, un noyau très soudé de moins de 100 personnes qui, au cours des deux dernières années, a de plus en plus opéré indépendamment de Malmö, a connu une partie de cette hostilité.

La semaine dernière, un imam d’Helsingborg, Samir El Rifai, a été inculpé devant un tribunal local pour avoir traité les Juifs de « descendants de singes et de cochons » lors d’un sermon prononcé le 17 juillet sur la place Gustav Adolf de la ville pendant une manifestation anti-Israël.

Le procès, qui a fait l’objet de reportages dans les médias nationaux, était le résultat d’une plainte déposée par l’ancien dirigeant de la communauté juive de Helsingborg.

En 2009, pendant la guerre d’Israël contre le Hamas à Gaza, la synagogue de Helsingborg a été la cible d’un incendie criminel. La police n’a pas arrêté les coupables.

« Colère. Pour éviter d’écrire quelque chose que je regretterai plus tard, je me retiens », a écrit un membre de la communauté juive de Helsingborg sur Facebook. « Notre amie est vivante. C’est la chose la plus importante », a-t-il ajouté avant de demander aux lecteurs de prier pour la victime. Comme plusieurs autres membres de sa congrégation, le membre qui a écrit le message a refusé d’être interviewé.

Vue du centre de Helsingborg, Suède. (CC BY-SA Susanne Nilsson, Flickr)

Le rabbin Shneur Kesselman, émissaire du Mouvement Habad Loubavitch dans la région de Malmö, a déclaré à la JTA : « La communauté juive d’Helsingborg est en état de choc, de confusion et de peur. »

À Malmö, le rabbin Kesselman a personnellement été témoin et victime de centaines d’incidents antisémites, la plupart verbaux et presque tous provenant de familles d’immigrants du Moyen Orient, dit-il. Environ un tiers des 350 000 habitants de Malmö sont des immigrants de première ou de deuxième génération originaires du Moyen Orient, avec d’importants contingents d’Irak et de Syrie, selon les statistiques du gouvernement suédois.

Des Juifs danois arrivent à Malmö, en Suède, en septembre 2012 pour montrer leur solidarité avec la communauté juive de la ville. (Crédit photo : Cnaan Liphshiz/JTA)

« La réalité à Helsingborg n’est pas si éloignée de celle de Malmö », a expliqué le rabbin Kesselman.

La police a renforcé sa présence autour de la synagogue de Helsingborg et des institutions juives de Malmö.

Amnon Tsubari, un citoyen à la double nationalité israélienne et suédoise basé à Malmö, qui parfois fait office de chantre à la synagogue, est allé plus loin en disant « c’est plus ou moins la même situation partout en Suède. Les attaques sont inquiétantes, choquantes, mais pas surprenantes. »

En Suède, en particulier, a-t-il ajouté, « il y a une tendance croissante, encouragée par certains dirigeants, à amalgamer les Juifs et Israël, puis à prétendre que l’opposition en Suède concerne Israël, le sionisme – pas les Juifs ».

A titre d’illustration : Sur cette photo du 3 mars 2010, un homme est assis derrière une réception vitrée du centre communautaire juif hautement sécurisé situé au centre de Malmö, en Suède. (AP Photo/Pamela Juhl)

Le 1er mai, Ilmar Reepalu, l’ancien maire de Malmö, a été filmé à la tête d’une marche de militants qui criaient « écraser le sionisme » tout en brandissant des drapeaux de la Swedish Social Democratic Youth League – une branche du Parti social-démocrate suédois des travailleurs du Premier ministre suédois Stefan Lofven.

Reepalu, qui a quitté son poste en 2013, avait imputé la montée de l’antisémitisme aux Juifs et leur avait conseillé de prendre leurs distances avec Israël pour rester en sécurité. Hannah Rosenthal, ancienne envoyée spéciale des États-Unis pour la lutte contre l’antisémitisme, a déclaré que les propos de M. Reepalu étaient un excellent exemple du « nouvel antisémitisme », où le sentiment anti-Israël sert de prétexte à la haine des Juifs.

Le successeur de Reepalu s’est prononcé contre l’antisémitisme, et le rabbin orthodoxe non Habad de la ville, Moshe David HaCohen, a contacté des chefs religieux musulmans, qui ont déclaré qu’ils allaient l’aider dans sa lutte contre l’antisémitisme.

M. Tsubari, père de sept enfants, a déclaré qu’indépendamment de ces développements et de ce qui est révélé dans l’enquête sur l’agression à Helsingborg, « je pense que l’avenir de mes enfants est en Israël ».

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