Le gaspillage alimentaire « aurait pu financer 20 % du budget COVID » – rapport
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Le gaspillage alimentaire « aurait pu financer 20 % du budget COVID » – rapport

Un tiers de la nourriture finit à la poubelle, selon l'ONG Leket Israël et le ministère de l'Environnement, le gaspillage contribue à 6 % des gaz à effet de serre

Illustration : un buffet. (Crédit : KatarzynaBialasiewicz, istockphoto, Getty Images)
Illustration : un buffet. (Crédit : KatarzynaBialasiewicz, istockphoto, Getty Images)

Israël a gaspillé un tiers de la nourriture produite dans le pays l’an dernier – près de la moitié était parfaitement comestible et aurait pu être donnée aux 465 000 foyers qui n’ont pas les moyens de se nourrir convenablement, selon un rapport publié mardi par l’organisation de secours alimentaire Leket Israël et le ministère de la Protection de l’environnement.

Les 70 000 tonnes de carburant utilisées pour produire, transporter et distribuer la nourriture qui n’a jamais été consommée auraient pu remplir les réservoirs d’essence de 160 000 voitures pendant an, et les 180 millions de mètres-cubes d’eau douce utilisés pour faire pousser cette nourriture auraient pu permettre à chaque Israélien de prendre une douche quotidienne pendant un an. À cela s’ajoutent 190 millions de mètres-cubes d’eau recyclés qui ont également été gaspillés.

Un millier de kilomètres-carrés, soit vingt fois la superficie de Tel Aviv, ont été utilisés pour faire pousser des aliments qui n’ont jamais été mangés, estiment les auteurs du rapport.

Chen Herzog, économiste en chef chez PDO Israël, l’agence de conseil qui a rédigé ce rapport, affirme que « le gaspillage alimentaire a coûté à l’économie israélienne 20,3 milliards de shekels en 2019 en plus de 3,2 milliards de shekels de coûts environnementaux. Cet argent aurait pu financer 20 % du budget d’aides gouvernementales pendant la pandémie de Covid-19 ».

Un bulldozer soulève des déchets à l’usine de recyclage de Greenet, dans la zone industrielle d’Atarot, au nord de Jérusalem, le 16 juin 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Les coûts financiers et environnementaux de la perte de denrées alimentaires tout au long de la chaîne de valeur finissent par être payés directement par les consommateurs et les contribuables israéliens, et affectent négativement le coût de la vie. Plus précisément, cette année, compte tenu de la pandémie de COVID-19, il est primordial de formuler un plan national de sauvetage alimentaire ».

Ce cinquième rapport de l’année, réalisé par Leket Israël – qui récupère les surplus de nourriture et les redistribue aux personnes dans le besoin par le biais de deux cents organisations caritatives – est le premier à être publié en collaboration avec le ministère de la Protection de l’environnement, dans le cadre d’un examen de la politique de l’État sur le gaspillage en général, et le gaspillage alimentaire en particulier.

C’est également le premier rapport à interpréter le gaspillage alimentaire en coût environnemental, lequel s’élève à 3,2 milliards de shekels.

Sur cette somme, 1,4 milliard de shekels porte sur les ressources naturelles gâchées comme l’eau et la terre. Depuis la production jusqu’à la décharge, les aliments non consommés sont à l’origine de 6 % des gaz à effet de serre du pays.

La décharge de Dudaim, la plus grande décharge d’Israël, près de la ville de Rahat, dans le sud d’Israël, le 10 août 2016 (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90)

La quantité totale de nourriture gaspillée – 2,5 millions de tonnes, évaluées à 20,3 milliards de shekels, correspond aux chiffres publiés par Leket pour 2018 et au gaspillage indiqué dans les autres pays développés. Cela se traduit, à l’échelle des revenus d’un foyer, à une perte d’environ 670 shekels. Les fruits, les légumes, les produits céréaliers tels que le pain et les pâtisseries – qui ont une durée de conservation relativement courte – correspondent à la moitié des denrées jetées.

Les coûts continuent même une fois ces produits jetés aux ordures. Un tiers des déchets urbains sont constitués de déchets alimentaires. Ils sont collectés, transportés, triés, traités et jetés dans une décharge. Il existe une taxe pour le traitement des ordures ménagères.

Une fois à la décharge, ces déchets se décomposent et génèrent du méthane, un gaz à effet de serre.

Le rapport détermine qu’un cinquième de la nourriture israélienne est consommée par de nombreuses institutions, qu’il s’agisse d’usines, de restaurants, d’hôtels, de salles de fêtes, d’école, d’hôpitaux, de prisons, de l’armée et de la police. Ici aussi, un tiers de la nourriture finit à la poubelle. Cela peut aller jusqu’à 43 % dans les lieux qui organisent des évènements.

Des bénévoles de Leket préparent des plateaux de nourriture pour les distribuer à des organisations gouvernementales et à but non lucratif qui livrent des repas aux personnes dans le besoin. (Autorisation de Leket Israël)

D’autres pays occidentaux sont en avance dans la législation concernant le gaspillage alimentaire et ont établi des plans à l’échelle nationale, avec des objectifs à long-terme pour la réduction des déchets, a fait savoir le rapport.

Ils recommandent notamment de fixer un objectif national pour réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2030, conformément aux Objectifs de développement durable des Nations unies ; de développer un plan national pour réduire le gaspillage tout au long de la chaîne alimentaire ; de prévoir des avantages quand la nourriture est économisée et des amendes quand elle est gaspillée, dans le secteur commercial, et de revoir les dates limites de consommation.

Ce rapport se base sur les chiffres de 2019. La firme BDO estime qu’à cause des effets de la crise sanitaire cette année, 145 000 personnes viendront s’ajouter aux 1,87 million d’Israéliens qui n’ont pas les moyens de s’alimenter convenablement.

L’an dernier, Leket Israël a récupéré l’équivalent de 2,2 millions de repas des bases militaires, des hôtels, des salles de fêtes, des traiteurs, restaurants et autres et près de 15 700 tonnes de produits agricoles. Évaluées à 209 millions de shekels, ces denrées ont permis de nourrir
175 000 personnes dans le besoin.

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