Le président du Conseil exécutif de l’Unesco espère un report du vote final
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Le président du Conseil exécutif de l’Unesco espère un report du vote final

Michael Worbs s'est excusé pour le vote de la résolution lors d'une interview à la télévision israélienne ; La directrice générale de l'Unesco a condamné la résolution

Michael Worbs (Crédit : capture d'écran Dixième chaîne)
Michael Worbs (Crédit : capture d'écran Dixième chaîne)

Israël a annoncé vendredi suspendre sa coopération avec l’Unesco au lendemain d’un vote d’une commission sur deux projets de résolution niant le lien historique millénaire entre les juifs et Jérusalem.

Deux projets de décision sur « la Palestine occupée », soumis par sept pays arabes, ont été adoptés jeudi en commission avec 24 voix pour, six contre (dont les Etats-Unis) et 28 abstentions (dont la France).

Ils doivent en principe être soumis mardi, pour une éventuelle adoption définitive, en séance plénière aux 58 Etats-membres du Conseil exécutif de l’Unesco, sorte de conseil d’administration de l’organisation des Nations unies pour la culture et l’éducation dont le siège est à Paris.

Mais face au tollé en Israël, le président du Conseil exécutif de l’Unesco, Michael Worbs, a espéré vendredi que le vote prévu mardi soit reporté pour « donner une chance au dialogue ».

« Ce qui est arrivé hier est tout à fait exceptionnel, et je suis désolé pour cela », a déclaré Worbs à la télévision israélienne.

Worbs a déclaré à la Dixième chaîne, qu’il ne nierait jamais les liens entre les juifs et les chrétiens et Jérusalem. Il a en outre invoqué la décision de l’organisme culturel vieille de plusieurs décennies de classer la capitale comme un site du patrimoine mondial. Cette désignation l’emporte sur toutes les récentes discussions, a-t-il affirmé.

S’exprimant depuis son bureau à Paris, Worbs a précisé qu’au moment où Jérusalem a été déclarée site du patrimoine mondial, son importance pour les trois religions monothéistes a été soulignée.

« Je suis très bien conscient de cela [cette importance] et personnellement je ne la nierai jamais, » a noté Worbs.

« Je tiens également à rappeler que Jérusalem, la Vieille Ville de Jérusalem et ses remparts ont été inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO par le Comité du patrimoine mondial en 1982, et à cette époque, il a été spécifiquement écrit qu’il s’agit d’un site ayant une signification pour les trois religions », a déclaré Worbs. Cette position, a-t-il dit, remplace tout le débat que le conseil d’administration a eu récemment.

Plus tôt dans la journée, le ministre israélien de l’Education Naftali Bennett avait accusé dans une lettre l’Unesco d’apporter un « soutien immédiat au terrorisme islamiste ».

Capture d’écran Irina Bokova (Crédit : wIKIMEDIA COMMONS)
Capture d’écran Irina Bokova (Crédit : wIKIMEDIA COMMONS)

Dans cette missive publiée sur Twitter et adressée à la directrice générale de l’Unesco Irina Bokova, il annonçait la suspension par Israël de sa coopération avec l’organisation.

Cette décision se traduit par le refus de rencontrer des représentants de l’Unesco ou de participer à des conférences internationales, a précisé le ministère.

Les projets de résolution qui ont suscité la colère d’Israël concernent Jérusalem-Est.

C’est là, au coeur du conflit israélien, que se trouve l’ultra-sensible mont du Temple, troisième lieu saint de l’islam et site le plus sacré pour les juifs qui le révèrent et où se dressait le second temple juif détruit par les Romains en 70.

Par un héritage historique, la Jordanie continue à administrer le site, mais Israël en contrôle tous les accès.

Indignation israélienne

Les textes approuvés jeudi par une commission de l’Unesco dénoncent les empiètements israéliens sur l’autorité de la Jordanie, les incursions israéliennes sur le site ou encore les restrictions d’accès imposées aux fidèles musulmans.

Les Palestiniens se sont félicités du vote de la commission de l’Unesco tandis que la Ligue arabe saluait une « décision historique » qui « invalide les allégations israéliennes (…) en ce qui concerne Jérusalem ».

Mais les textes ont provoqué une indignation quasiment unanime de la classe politique israélienne, scandalisée notamment par le fait qu’ils ne fassent jamais référence au site sous l’appellation de mont du Temple et désignent d’abord par son nom arabe (al-Buraq) le parvis du mur Occidental en mettant « mur Occidental » entre guillemets.

Le mont du temple et le mur Occidental à Jérusalem, depuis le survol annuel de l'armée de l'air israélienne pour Yom HaAtsmaout, le 12 mai 2016. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)
Le mont du temple et le mur Occidental à Jérusalem, depuis le survol annuel de l’armée de l’air israélienne pour Yom HaAtsmaout, le 12 mai 2016. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Pour les responsables politiques israéliens, cette terminologie revient à nier le lien entre les juifs et le mont du Temple.

« Dire qu’Israël n’a pas de lien avec le mont du Temple et le Kotel (mur Occidental) c’est comme dire que les Chinois n’ont pas de lien avec la muraille de Chine ou renier que les pyramides sont égyptiennes », avait dénoncé M. Netanyahu jeudi soir.

Une résolution similaire adoptée en avril avait déjà suscité la colère d’Israël.

« Ce ne sont pas des décisions de l’Unesco, mais des 58 membres du Conseil exécutif », a souligné à l’AFP le diplomate allemand Michael Worbs, qui préside cette institution.

« Pendant 40 ans, l’Unesco a toujours réussi à trouver des décisions consensuelles sur le Moyen-Orient, mais depuis l’automne 2010, c’est devenu de plus en plus difficile », a-t-il poursuivi.

Contrairement à cette dernière, les projets de résolution actuels « mentionnent l’importance de Jérusalem pour les trois religions monothéistes. C’est un progrès », a souligné le président du Conseil exécutif de l’Unesco tout en estimant qu’il « faut encore du temps et du dialogue pour arriver à un consensus ».

La directrice générale de l’Unesco a elle pris ses distances avec la résolution.

« Le patrimoine de Jérusalem est indivisible, et chacune de ses communautés a droit à la reconnaissance explicite de son histoire et de son lien avec la ville. Nier, occulter ou vouloir effacer l’une ou l’autre des traditions juive, chrétienne ou musulmane revient à mettre en péril l’intégrité du site », a-t-elle assuré dans un communiqué.

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