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L’enquête se concentrerait sur des tirs à 150 m d’où la journaliste a été tuée

Mike Herzog dit avoir invité les USA à participer à l'enquête sur la mort de Shireen Abu Akleh et a fait savoir à Washington que les Palestiniens refusaient de coopérer

Un écran géant diffuse une photo de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, avec un texte arabe qui signifie : « Au revoir Shireen, la voix de la Palestine », au centre de la ville de Ramallah en Cisjordanie, le mercredi 11 mai 2022, quelques heures après sa mort à Jénine. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)
Un écran géant diffuse une photo de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, avec un texte arabe qui signifie : « Au revoir Shireen, la voix de la Palestine », au centre de la ville de Ramallah en Cisjordanie, le mercredi 11 mai 2022, quelques heures après sa mort à Jénine. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

Selon une information publiée jeudi, l’enquête militaire sur la mort de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh ne se focaliserait que sur un échange spécifique de coups de feu entre les troupes de Tsahal et des tireurs palestiniens mercredi à Jénine.

L’incident en question « a eu lieu à environ 150 mètres de l’endroit où se trouvait la journaliste qui a été touchée et tuée. L’incident a eu lieu au moment où [elle a été touchée] », a rapporté la Douzième chaîne.

« S’il est possible que la journaliste ait été touchée par des tirs de Tsahal, c’est à ce moment-là que cela se serait produit », a déclaré la chaîne, soulignant toutefois que l’enquête n’avait pas encore permis d’établir si les tirs palestiniens ou israéliens étaient à blâmer.

Abu Akleh, 51 ans, a été mortellement blessée par balle pendant des affrontements entre troupes israéliens et hommes armés palestiniens alors qu’elle couvrait une opération de l’armée israélienne à Jénine, en Cisjordanie, mercredi.

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a accusé Israël de l’avoir « exécutée », promettant de porter l’affaire devant la Cour pénale internationale. Les responsables israéliens ont déclaré qu’il était trop tôt pour déterminer qui avait tiré le coup fatal. Le ministre de la Défense, Benny Gantz, aurait déclaré mercredi soir à des journalistes étrangers qu’Abu Akleh aurait pu être tuée par des tirs palestiniens ou par des tirs provenant « de notre côté ».

Des voix internationales, dont celles des États-Unis, de l’Union européenne et des Nations unies, ont appelé à une enquête approfondie sur l’incident. L’AP a rejeté les demandes d’enquête conjointe avec les Israéliens et a refusé de remettre la balle qui l’a tuée.

Le Premier ministre Naftali Bennett a déclaré jeudi que l’Autorité palestinienne entravait les efforts visant à établir « la vérité ».

« Je m’attends à une coopération totale, ouverte et transparente », a-t-il déclaré, ajoutant : « J’espère également que l’Autorité palestinienne ne prendra aucune mesure visant à entraver l’enquête ou à compromettre sa régularité d’une manière qui nous empêcherait d’atteindre la vérité. »

Le site de Jénine où la journaliste Shireen Abu Akleh a été tuée le 11 mai 2022, sous le regard de l’un de ses collègues. (Capture d’écran de la Douzième chaîne ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Nir Dvori, de la Douzième chaîne, a enquêté sur l’échange spécifique de coups de feu, et a déclaré : « Il y avait des tireurs palestiniens et ils ont tiré sur les soldats israéliens, qui ont riposté. S’il y a une possibilité que la journaliste ait été touchée par un tir israélien, cela se serait passé à ce moment précis. »

Il a toutefois ajouté qu’il est « toujours impossible de savoir avec certitude si la journaliste a été touchée par un tir palestinien ou un tir israélien, malgré la proximité et le rapprochement entre l’échange de tirs dans cet incident et l’endroit où elle se tenait ».

La Douzième chaîne, qui n’a pas cité de sources, a également déclaré qu’Israël avait demandé à l’Autorité palestinienne le casque que portait Abu Akleh afin qu’il puisse être analysé, mais que cela avait été refusé. La chaîne a également rapporté que tous les soldats de Tsahal qui se trouvaient dans la zone au moment de l’incident avaient été invités à remettre leurs armes pour une analyse balistique.

« Jusqu’à présent, aucune conclusion ne permet de mettre définitivement un point final à cet incident complexe », indique la chaîne d’informations.

Le radiodiffuseur public Kan a rapporté jeudi qu’Israël avait mis la main sur un scanner du corps d’Abu Akleh, qu’il examine à la recherche de preuves. Mais la chaîne a déclaré que, malgré des consultations avec des experts, elle n’avait pas été en mesure de produire des constatations ou des conclusions à partir de la seule copie du scanner.

L’ambassadeur israélien aux États-Unis, Michael Herzog, a déclaré jeudi à Kan qu’il avait expliqué aux responsables américains qu’Israël cherchait à mener une enquête équitable sur cet « incident tragique », mais qu’il se heurtait aux réticences de l’AP.

« Nous nous sommes entretenus et nous continuons à communiquer avec l’administration américaine sur cet incident », a-t-il déclaré. « Nous leur avons demandé de soutenir notre position, à savoir qu’il devrait y avoir une enquête conjointe israélo-palestinienne ».

L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Mike Herzog. (Autorisation)

Mais Herzog a noté qu’il avait fait comprendre aux responsables américains que l’AP, entre autres, « se précipitent pour accuser Israël de facto, d’avoir délibérément assassiné » Abu Akleh, sans preuve.

Herzog a déclaré qu’il avait proposé aux États-Unis de participer également à l’enquête sur la mort d’Abu Akleh, qui était citoyenne américaine, une mesure qui est envisagée, « mais les Palestiniens ont rejeté tout effort de coopération jusqu’à présent ».

Le site d’information Ynet a rapporté que les responsables américains faisaient pression sur les dirigeants palestiniens pour qu’ils coopèrent à une enquête conjointe, mais qu’ils n’y étaient pas parvenus jusqu’à présent.

Israël aurait déployé des diplomates dans le monde entier pour entrer en contact avec les dirigeants mondiaux et leur faire comprendre la volonté d’Israël de participer à une enquête conjointe malgré le refus des Palestiniens.

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’une cérémonie en l’honneur de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh, tuée au cours d’affrontements entre les troupes israéliennes et des hommes armés palestiniens lors d’un raid de Tsahal, à Ramallah, le 12 mai 2022. (Crédit : Abbas MOMANI / AFP)

Selon Ynet et la Douzième chaîne, des responsables israéliens ont fait remarquer aux États-Unis que, même si les Palestiniens finissent par remettre la balle ou d’autres preuves, il n’y a désormais aucun moyen d’être certain qu’elles n’auront pas été trafiquées.

La Douzième chaîne a indiqué qu’Israël demandait également aux États-Unis de contrecarrer tout projet de l’Autorité palestinienne de porter l’affaire devant la Cour pénale internationale.

Le président de l’AP, Mahmoud Abbas, a déclaré dans la journée de jeudi, lors d’une cérémonie à la mémoire d’Abu Akleh à Ramallah, que l’affaire serait portée devant la CPI car Israël « ne peut rester impuni ».

Une source israélienne a déclaré à la Douzième chaîne qu’une telle enquête à la CPI « serait une conclusion inévitable » plutôt qu’une enquête équitable.

Abu Akleh a été enterrée à Jérusalem vendredi.

Aaron Boxerman a contribué à cet article. 

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