Les familles yéménites d’enfants disparus intentent un recours collectif
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Les familles yéménites d’enfants disparus intentent un recours collectif

Le recours en justice vise à forcer l'État à reconnaître sa responsabilité pour au moins 69 enfants qui ont disparu des institutions publiques dans les années 1950

Enfants yéménites arrivés en Israël grâce à l'opération Tapis volant, devant un avion d'Alaska Airlines. (Crédit : AJM)
Enfants yéménites arrivés en Israël grâce à l'opération Tapis volant, devant un avion d'Alaska Airlines. (Crédit : AJM)

Des dizaines de familles de Juifs yéménites qui affirment que leurs enfants leur ont été enlevés par les autorités israéliennes dans les années 1950 intentent une action en justice pour réclamer des millions de shekels de réparations de l’État d’Israël et de l’Agence juive, a rapporté jeudi la Dixième chaîne.

La poursuite vise à forcer l’État à reconnaître sa responsabilité pour au moins 69 nourrissons dont on sait qu’ils ont disparu d’institutions publiques comme les hôpitaux et les centres de jour.

Quelque 49 000 Juifs yéménites ont été amenés vers l’État naissant d’Israël dans le cadre de l’Opération Tapis volant en 1949-50. Depuis les années 1950, plus d’un millier de familles – pour la plupart des immigrés du Yémen, mais aussi des dizaines de familles des Balkans, d’Afrique du Nord et d’autres pays du Moyen Orient – ont affirmé que leurs enfants avaient été enlevés dans des hôpitaux israéliens et placés en adoption, parfois à l’étranger, dans ce qui est connu comme l’affaire des enfants yéménites.

Contestée par les chercheurs et apparemment réfutée par trois commissions d’État qui ont examiné l’affaire et conclu que la plupart des enfants étaient morts, l’affaire a refait surface, notamment parce que la plupart des familles n’ont pas récupéré le corps des enfants ni été informées des lieux où leurs tombes se trouvent.

Ces revendications s’inscrivent également dans un contexte de négligence et de marginalisation dans lequel de nombreux immigrants juifs du monde musulman ont été accueillis lorsqu’ils sont arrivés dans un Israël contrôlé à l’époque par une élite juive ashkénaze.

Les familles ont également souligné que de nombreux certificats de décès des enfants étaient truffés d’erreurs et que la plupart des disparus avaient reçu des avis de convocation militaire adressés à leur famille initiale 18 ans après leur décès présumé. Il y a également eu des cas sporadiques d’enfants adoptés qui ont pu confirmer, grâce à des tests ADN, qu’ils appartenaient à des familles yéménites auxquelles on avait dit qu’ils étaient morts.

Juifs d’Aden (Yémen) attendant leur évacuation vers Israël, le 1er novembre 1949. Illustration (Crédit : GPO/domaine public)

Un rapport de 2001 de la commission d’État Cohen-Kedmi sur la question a conclu qu’il n’y avait aucune preuve d’une action systématique ou soutenue par l’État pour retirer les enfants à leur famille et que la grande majorité sont morts, selon ce qui leur avait été dit. Mais 69 enfants ont également disparu sans laisser la moindre trace dans les hôpitaux publics et autres institutions, dont les responsables avaient alors menti aux familles.

Le recours collectif inclut certaines des 69 familles dont les enfants ont disparu.

L’action fait valoir qu’aucune prescription ne s’applique malgré les six décennies qui se sont écoulées depuis les disparitions, car le fait que les institutions compétentes n’aient toujours pas expliqué la disparition des enfants, en partie en raison de l’absence de documentation disponible pour l’époque, constitue une complicité permanente.

« Vous ne pouvez pas parler de prescription, a dit l’avocat Evyatar Katzir à la Dixième chaîne, quand la partie défenderesse continue d’induire le plaignant en erreur. Quand les archives sont détruites, les dossiers médicaux sont détruits, les témoins ne se présentent pas, les enquêtes ne sont pas entreprises, on ne peut pas parler de prescription. »

Une famille juive yéménite se rend dans un camp de réfugiés établi par le Joint Distribution Committee, près d’Aden. (GPO/Domaine public)

« Notre argument central est qu’il s’agit d’une injustice permanente », a déclaré l’avocate Giora Even Tzur. « Tant que l’État ou l’Agence [juive] ne dit pas aux familles où est l’enfant, chaque jour renouvelle les motifs du procès. »

En août, la ministre de la Justice Ayelet Shaked a demandé aux Archives d’État d’Israël de divulguer quelque 300 000 dossiers non publiés concernant les enfants d’immigrants yéménites.

La Commission des archives de la Knesset, présidée par Mme Shaked, a appris le mois dernier lors d’une audition que les centaines de milliers de dossiers de la police israélienne n’avaient pas encore été publiés et que leur existence était en fait largement inconnue.

Les documents classifiés liés à l’affaire des enfants yéménites, aux Archives de l’Etat à Jérusalem, le 22 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mme Shaked a demandé aux archives de procéder à un examen des dossiers et de les rendre publics. Elle a également demandé à l’armée israélienne de publier toutes les statistiques pertinentes dont elle dispose sur les enfants yéménites, à condition qu’elles n’aient pas d’impact sur la vie privée des individus, a rapporté la radio de l’armée.

Le radiodiffuseur national Kan a rapporté que Mme Shaked a également demandé à la Women’s International Zionist Organization [Wizo] et à l’organisation Hadassah de publier les archives pertinentes dont elles disposent sur le sujet. Les organisations bénévoles de la WIZO et de Hadassah ont toutes deux joué un rôle majeur dans l’établissement de services sociaux et de soins de santé en Israël avant et après la création de l’Etat.

La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, lors d’une cérémonie à la résidence du président à Jérusalem, le 9 août 2018. (Hadas Parush/Flash90)

En juillet, la Knesset a adopté une loi pour permettre aux familles qui sont venues du Yémen en Israël aux débuts de l’État de savoir si les enfants dont elles affirment qu’ils ont été enlevés avaient effectivement été placés en vue de l’adoption.

Une loi de février autorise l’ouverture de tombes à des fins de tests génétiques, ce qui permet aux familles d’enfants disparus de demander une exhumation judiciaire des restes pour permettre des comparaisons d’ADN.

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